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Anne Nivat : « Dans la France ‘d’en bas’, les gens n’ont pas envie de se mélanger »

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Par Eugénie Bastié, le 14/04/2017 

Le Figaro


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FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN- Reporter de guerre, prix Albert Londres, la journaliste Anne Nivat est parti sillonner six villes moyennes de la France périphérique, d’où elle a tiré un livre reportage édifiant sur les angoisses françaises.


Anne Nivat est reporter de guerre indépendante. Elle est l’auteur d’une dizaine de livres, dont Chienne de guerre, prix Albert Londres en 2000. Elle publie Dans quelle France on vit (Fayard) un récit d’immersion dans six villes de tailles moyennes.

FIGAROVOX.- Reporter de guerre, vous avez sillonné la «France périphérique», parcourant six petites villes de moins de 50.000 habitants. Pourquoi cette démarche? La France est-elle devenue selon vous un «pays en guerre»?

Anne NIVAT.- Non la France n’est évidemment pas un théâtre de guerre. Il y a des thèmes de préoccupation, d’angoisse, qui provoquent de la violence verbale et sous-jacente. Ce qui m’intéresse, c’est le terrain, que ce soit, la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan ou Laon et Montluçon. Je me suis intéressée à ces petites villes, qui ne passionnent pas les journalistes, qui parlent plutôt des grandes métropoles, des banlieues ou de la campagne. J’ai précisément choisi ces villes parce qu’il ne s’y passait rien, qu’elles ne sont pas l’objet de scoops, pour montrer qu’on peut faire du journalisme sans chercher le sensationnel. C’est le type de villes où vit la majorité de la population française. Je ne travaille pas pour l’INSEE, mon livre n’est pas un sondage, c’est une enquête subjective. Prétendre que le journalisme dit la vérité, c’est de la fausse objectivité. J’assume ma subjectivité, tout en respectant une stricte déontologie: je ne décris que ce que j’ai vu et entendu.

Vous vous permettez des jugements, comme lorsque vous qualifiez un habitant de «raciste»…

Je ne qualifie un individu de raciste qu’une seule fois, sur 480 pages, dont une cinquantaine au moins est consacrée au vote FN. De cette personne, qui ne m’a d’ailleurs pas dit qu’elle votait FN, je retranscris en verbatim le discours raciste. Les lecteurs jugeront. Quand certaines personnes tiennent ce genre de propos, pourquoi nier cette réalité?

Aujourd’hui, il y a un discours journalistique très critique à l’égard des médias… L’avez-vous retrouvé dans vos rencontres?

Oui, partout les gens m’ont sans cesse parlé des médias. C’était un sujet qui revenait tout le temps, avec celui de la politique. Décrédibilisation des médias et délégitimation du politique, voilà les deux rengaines les plus fréquentes que j’ai entendu sur le terrain.

Quel est le point commun des habitants de ces petites villes de la France, comme dirait Guilluy «périphérique»?

Pour la lisibilité du livre, j’avais prédéfini cinq grands thèmes, à aborder dans des villes différentes: l’emploi (à Montluçon avec l’angle du demandeur d’emploi, et à Laval avec l’angle de l’employeur), le malaise des jeunes (Évreux), le sentiment de déclassement (Laon) , le sentiment d’insécurité (Lons-le-Saunier) et le débat sur l’identité (Ajaccio) . Mais tous les thèmes se mélangent dans toutes les villes. L’emploi reste la problématique majeure, c’est une angoisse phénoménale pour tout le monde, même pour ceux qui ont un travail, et qui ont peur de le perdre, même en CDI.


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About the author / 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

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