Armées, Défense

La Défense remporte une bataille, pas encore la guerre

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La Défense remporte une bataille, pas encore la guerre
Par Alain Ruello | 29/03 | 17:24 | mis à jour à 19:02
En apparence, le chef de l’Etat a arbitré en faveur du maintien du format des armées en indiquant à la télévision que les dépenses de 2014 et au delà seront identiques à celles de cette année. En réalité, tout dépendra du chiffre retenu pour 2013, sachant que le budget, voté, a déjà été amputé.

En déclarant jeudi soir que la Défense dépensera en 2014 « le même montant qu’en 2013 » et qu’il en sera de même jusqu’à la fin de la loi de programmation militaire, en 2019, François Hollande a incontestablement arbitré en faveur de la communauté militaire dans le débat qui l’oppose à Bercy. Le risque de sabordage de l’armée française est écarté, de même que celui d’un déclassement de la Nation sur la scène internationale. Tous ceux -parlementaires PS ou UMP, officiers généraux en retraite, industriels ou experts -qui ont déclenché ces dernières semaines une campagne de lobbying comme on en a rarement vu en France ne vont pas manquer de claironner victoire, fiers d’avoir rendu gorge aux affreux « budgétaires » du ministère des Finances.
Les réactions de satisfactions n’ont d’ailleurs par tardé. « Face à une logique purement comptable, le Président de la République a su faire prévaloir l’intérêt supérieur de la Nation. Cette décision de bon sens permet de maintenir ce qui constitue les fondations de notre sécurité, de notre indépendance et donc de notre prospérité », a par exemple déclaré la commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat, très en pointe dans le combat.
Pour autant, le triomphalisme ne saurait être de mise. Même s’il a évité le pire, et même s’il sera en position de force dans les arbitrages à venir vis-à-vis de Bercy, le ministère de la Défense sait parfaitement qu’il n’échappera pas à un nouveau serrage de ceinturon. Pour comprendre pourquoi, il faut se plonger dans les chiffres. Loin de belles analyses géostratégiques que va nous servir le prochain livre blanc de la Défense nationale, c’est d’eux seuls que dépendront la capacité de l’armée française à tenir son rang et de son industrie à surnager.
Camouflet pour Bercy
Quand il a été voté, le budget 2013 hors pensions de la Défense prévoyait 31,4 milliards d’euros de crédits. A la lecture au mot près des propos du Président de la République, on peut en déduire qu’il en sera de même l’année prochaine. C’est un camouflet pour Bercy qui ne voulait lâcher que 29 milliards. A confirmer. Pourquoi ? Parce qu’à peine voté, le budget 2013 a subi une encoche de quelques centaines de millions, gelés sur ordre de Matignon pour réduire les dépenses de l’Etat. Cette année, la Défense ne dépensera donc pas la totalité des crédits qui lui ont été alloués.
Mais l’essentiel n’est pas là. Toujours sur les 31,4 milliards prévus en 2013, 1,2 milliard proviennent de recettes exceptionnelles, tirées essentiellement du reliquat de la vente de fréquences hertziennes. Les « vrais » crédits budgétaires sont donc de 30,2 milliards. François Hollande n’est sans doute pas au fait de ce niveau de détail, et lui en faire le reproche relèverait d’un mauvais procès. N’empêche, la précision est importante : en 2014, les militaires seront-ils autorisés à dépenser 31,4 milliards ou 30,2 milliards d’euros ?
Au ministère de la Défense, on veut croire que c’est le premier chiffre qui l’emportera. C’est probable. Restera alors à préciser d’où viendra cet argent. Autrement dit, comme en 2013, quelle sera la part des « vrais » crédits budgétaires et celle des recettes exceptionnelles, car il en faudra, cela ne fait aucun doute, pour boucler les fins de mois. D’aucuns pourraient croire que la question relève du sexe des anges. A tort car elle est fondamentale.
« Continuer le combat »
Le niveau des crédits budgétaires pour 2014, c’est la « vraie » base de départ pour la suite de la loi de programmation militaire. C’est à partir de ce chiffre que seront déduits les budgets des années suivantes par application du principe imposé par Matignon à tous les ministères du « zéro valeur », c’est-à-dire de la non prise en compte de la hausse des prix. C’est mathématique : en 2015, les crédits budgétaires seront égaux à ceux de 2014 moins l’inflation ; en 2016, ils seront égaux à ceux de 2015 moins l’inflation ; et ainsi de suite d’une année à l’autre jusqu’en 2019.
Autrement dit, plus on fixe la barre haut en 2014, et plus les militaires auront d’argent sur la durée de la loi de programmation. Moins on part de haut, et moins ils en auront au total. Quelques centaines de millions en plus ou en moins au départ, quand on ne compense pas l’inflation, font une grosse différence à l’arrivée.
Pour Bernard Cazeneuve, le ministre du Budget, tout l’enjeu maintenant va donc être de lâcher le moins de crédits possible pour 2014, quitte à obliger Jean-Yves Le Drian, son homologue de la Défense, à trouver des recettes exceptionnelles pour tenir l’objectif fixé par François Hollande. Vu du ministère des Finances en effet, l’armée « DOIT », d’une manière ou d’une autre, prendre sa part l’année prochaine à l’objectif de réductions des dépenses de l’Etat de 5 milliards.
La bataille est donc loin d’être achevée. Christian Mons, le président du Cidef, le conseil des Industries de défense, ne s’y est pas trompé. « Il faut continuer le combat », affirme-t-il. Sous-entendu vis à vis de Bercy qui ne va sans doute pas rendre les armes comme cela. Verdict à l’été quand la loi de programmation sera déposée devant le Parlement. Même si François Hollande leur a donné du baume au coeur, militaires et industriels savent que ce sera dur. Compte tenu des besoins de trésorerie, on n’évitera pas des milliers de suppressions de postes supplémentaires dans les rangs. Les programmes d’armement vont encore être rognés. Et les nouvelles commandes réduites à la portion congrue.
ALAIN RUELLO, CHEF ADJOINT DU SERVICE INDUSTRIE, EN CHARGE DE LA DÉFENSE

Écrit par Alain RUELLO
Chef de service adjoint
aruello@lesechos.fr

About the author / 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

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