19 mars 1962 : une fin de la guerre qui n’en finit pas

Par , le 27 mars 2017

The Conversation


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Les membres de la délégation algérienne quittent l’Hôtel du Parc et se dirigent vers les hélicoptères pour regagner la Suisse, le 19 mars 1962 à Evian, au lendemain de la signature des Accords d’Evian qui mettent fin à sept années de guerre en Algérie. AFP

Plus d’un demi-siècle après, opposants et partisans d’une célébration du 19 mars comme « fin de la guerre d’Algérie » continuent de s’affronter suscitant chez tous ceux qui n’ont pas connue cette guerre indifférence ou incompréhension attendant que le combat cesse faute d’anciens combattants. Pourtant, il s’agit bien plus que d’une querelle sémantique entre d’un côté les adhérents de la Fnaca, association d’anciens combattants d’Algérie, à l’origine d’obédience communiste, et de l’autre côté les associations de rapatriés et d’anciens Harkis. Il s’agit en fait d’une opposition entre vision politique et réalité historique, les uns voulant tourner la page d’un passé colonial culpabilisant, les autres refusant de célébrer un cessez-le-feu qui ne cessa que dans un camp. Les faits leur donnent hélas raison si on veut bien les regarder objectivement.

La signature des Accords d’Evian

Le 18 mars 1962, Louis Joxe, Robert Buron, Jean de Broglie au nom de la France signent à Evian avec Krim Belkacem, représentant le GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne), le document qui deviendra pour l’histoire « les Accords d’Evian ». Ces accords prévoient notamment à partir du 19 mars un cessez-le- feu en Algérie et sont censés mettre fin à une guerre qui longtemps cacha son nom derrière les termes plus rassurants « d’événements » ou « d’opération de maintien de l’ordre ». Il est vrai qu’au début, les premières actions revendiquées par le FLN s’apparentent plus à des actes terroristes d’un groupuscule inconnu qu’à une guerre entre deux États. Du reste, d’État, il n’y en a juridiquement qu’un d’où le refus du terme guerre.

Pour François Mitterrand, ministre de l’Intérieur en 1954 :

« L’Algérie c’est la France et la France ne reconnaîtra pas chez elle d’autre autorité que la sienne ».

Mais quelques années plus tard, avec l’engagement de centaines de milliers de Français, militaires, appelés du contingents et forces supplétives, c’est bien d’une guerre dont il s’agit, même si elle est à bien des égards fratricide.

Après son arrivée au pouvoir en 1958, Le Général de Gaulle a donné l’impression comme François Mitterrand que l’hypothèse de la perte de l’Algérie, conquise depuis 1830 et formant depuis 1848 trois départements français, confirmés par le statut de 1947, ne pouvait être discutée. De son célèbre « Je vous ai compris » lancé à Alger en juin 1958 à sa proclamation en 1969 d’être « le garant de l’intégrité de la France » allant de « Dunkerque à Tamanrasset », tout le laisse croire. Pourtant, peu à peu des commentaires laissent percevoir un revirement. En 1961, la question est davantage de savoir avec qui négocier. Le 18 février 1962, il ordonne à ses mandataires de conclure rapidement et à tout prix. Le prix sera lourd ; la victoire politique et diplomatique du FLN est totale alors même qu’il avait perdu sur le terrain militaire.

Les Accords d’Evian reconnaissent le FLN comme représentant exclusif de la population algérienne, actent un cessez-le-feu et l’organisation le 1er juillet d’un référendum pour l’accession à l’indépendance. Le reste des Accords ressemble à une loi d’amnistie garantissant la sécurité des personnes et des biens ainsi que la liberté de circuler entre la France et l’Algérie.

Hélas, ces Accords ne furent pas respectés par les Algériens. Si le feu cessa, ce ne fut que d’un côté. Des exactions contre des pieds-noirs ou des musulmans jugés pro-français commencèrent, souvent le fait d’ailleurs des « marsiens », ces Algériens engagés après le 19 mars pour voler au secours de la victoire. ces Algériens qui ont rejoint le FLN après le 19 mars, dans le contexte d’une indépendance naissante où le pouvoir n’était pas en mesure de faire régner l’ordre partout.

 

 


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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

2 thoughts to “19 mars 1962 : une fin de la guerre qui n’en finit pas”

  1. Il y a tellement à dire sur cette guerre qui a vu tant de victimes . Les paroles de monsieur MACRON prononcées récemment en Algérie ne sont pas admissibles. Je ne suis pas pied noir mais j’imagine la détresse de ces gens qui par dizaines de milliers ont été trompés, délaissés et oubliés. L’accueil de ces pieds noirs en métropole a été en dessous de tout et surtout en dessous de celui des migrants actuels, pourtant ils étaient français. Notre devoir est de lutter pour conserver notre culture et nos valeurs envers et contre tout.

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