5 juillet 1962 à Oran

Par Régis Ollivier, le 05 juillet 2016

Le Colonel



 

En ce jour d’un anniversaire tristement célèbre pour certains, totalement inconnu pour d’autres, j’ai souhaité revenir en arrière en consultant les publications sur Google. J’en ai finalement retenu deux, que je vous livre infra. Mais ces événements dramatiques m’interpellent au plus haut point. Comment peut-on admettre qu’il subsiste aujourd’hui encore, autant de zones d’ombre, autant d’interprétations des faits et surtout autant de différences quant aux nombres des victimes. La relecture de ces massacres me donne encore la nausée. En 1962, j’avais 10 ans. En 1969 je m’engageais dans la Coloniale, les Troupes de Marine. Je me souviens, on en parlait encore… //RO


5 juillet 1962 à Oran, un massacre oublié
Par Léon Mazzella, journaliste et écrivain

Le Monde.fr |


L’impossible lumière sur un épisode étrangement négligé et donc méconnu de l’histoire d’une guerre qui ne s’acheva pas en mars avec les accords d’Evian.

Comment peut-on être pied-noir ? Né à Oran le 7 novembre 1958, j’appartiens à la « génération couffin » qui vécut le grand départ de l’été 1962 dans les bras d’une mère. Soit plus d’un siècle après l’arrivée des membres de mon « olivier généalogique » sur une jolie côte méditerranéenne. Je ne suis pas encore retourné là-bas, pour savoir.

Mes aïeux mélangés sur place ? Un Lorrain anarchiste qui voulait rester Français, une Andalouse venue élever des chevaux, un armateur Napolitain de l’île de Procida et une Juive de Tétouan douée pour les affaires. Devient-on pied-noir (c’est un sentiment) comme on se choisit juif ? Le devient-on lorsque, enfant sur la Côte basque – j’ai quitté Oran le 25 juillet 1962 pour grandir à Bayonne – des copains d’école élémentaire à la cruauté touchante vous déchaussent de force dans les vestiaires pour vérifier la couleur de vos pieds ? Ou bien lorsque votre première amoureuse, Miren, neuf ans, vous reprend vertement : « On dit pas : A voir ? Mais : Voyons ! Ou : Montre-moi !.. ». Cela conduit, des années après, àécrire un livre sur le parler pied-noir. Histoire de fixer l’évanescente tchatche du soleil. Par amour des mots et goût du paradoxe : écrire l’oral. Avant l’oubli. En souvenir de Miren…

18 mars 1962 : Signature des accords d’Evian. 19 mars : cessez-le-feu sur tout le territoire. La fin des « événements », a priori. Il n’en sera rien. La semaine suivante, massacre rue d’Isly, à Alger. Si loin, si près d’Oran (mon père ne boira plus jamais d’eau d’Evian). 8 avril : référendum sur l’autodétermination, en métropole. 1er juillet : second volet du référendum en Algérie. Total : 99,72% « oui » en faveur de l’indépendance ; reconnue le 3 par le général de Gaulle. 4 juillet : jour de liesse en Algérie. 5 juillet : anniversaire de la chute d’Alger en 1830, qui marqua le début de la conquête du pays par les Français. C’est la date choisie pour fêter une Indépendance flambant neuve. Manifestations pacifiques et circonscrites dans tout le pays. La guerre d’Algérie est vraiment finie.

Or ce jeudi-là à Oran, ville algérienne depuis deux jours, ces manifestations tournent au massacre, aux enlèvements massifs. Au dégoût que nous savons. Ou que nous ne saurons jamais avec précision : 365, 700, 3 000 morts et disparus entre 11 heures et 17 heures ? Il fait beau, évidemment. Mon père se trouve sur le port avec un cargo en partance pour Carthagène, qu’il aide à charger de nombreux pieds-noirs qui préfèrent la valise au cercueil. Vers onze heures moins le quart, mes grands parents maternels nous cueillent, ma sœur Muriel, deux ans, et moi, pour aller passer l’après-midi à la plage, dans leur cabanon de Bouisseville. Ma mère reste seule chez nous, au centre-ville. La Dauphine a pris la route. Nous échapperons aux barrages et aux rapts routiers pourtant nombreux ce jour-là. À quelques minutes près, nous étions pris dans un tourbillon de folie meurtrière… 11 heures. Une foule en délire venue des faubourgs, notamment du Village-Nègre, surgit en plusieurs points de la ville. Civils armés et soldats Algériens mêlés. Les couteaux sont tirés. Et utilisés. Les armes à feu aussi. La suite ? – des Français désarmés, fusillés comme des lapins, poignardés comme des thons, enlevés comme des pucelles par des Huns, brûlés vifs comme des hérétiques, pendus à des crochets de bouchers, torturés de façon atroce… Tout cela en temps de « paix ».

Qui a mis le feu à une foule « à cran » (chacun peut comprendre cela, au bout de 130 ans de brimades, dont 8 de guerre) en tirant les premiers coups ?  Des fellaghas enragés ? L’ALN, Armée de libération nationale ? Des infiltrés du FLN ? Des ATO, Auxiliaires temporaires occasionnels ? Les derniers activistes de l’OAS n’ayant pas encore fui en Espagne ? Fut-ce spontané ou bien fomenté ?


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5 juillet 1962 à Oran : un crime d’État

Manuel Gomez, le 03 juillet 2015

Boulevard Voltaire


3000 Européens massacrés sous les yeux du général Katz et sur ordre du chef de l’État français de l’époque, de Gaulle. Ce chiffre de plus de 3.000 morts et disparus a été enregistré par Mme Sallaberry, militaire de carrière en poste au bureau des exactions. Le colonel Fourcade a témoigné sous la foi du serment, déclarant avoir assisté en début de matinée, ce 5 juillet, à l’entretien téléphonique entre le général Katz, qui informait le chef de l’État que dans toute la ville se perpétrait un massacre au « faciès blanc », et de Gaulle, qui lui a donné l’ordre criminel le plus formel : « Surtout, ne bougez pas ! »

Le général Katz a décidé dans la matinée de survoler la ville en hélicoptère. Voici le témoignage du pilote : « Nous survolons la ville, partout des gens qui fuyaient et des cortèges de bras en l’air, escortés par des ATO (auxiliaires de l’armée nationale populaire) ou des civils en armes. Nous avons survolé le Petit Lac, là aussi une foule compacte bras en l’air, des gens qu’on faisait entrer dans l’eau et qu’on abattait froidement. J’ai hurlé : “Mon général, on abat des gens, je vois l’eau qui devient rouge de sang”. Le général m’a répondu : “Retour à la base”. »

Les Européens étaient escortés jusqu’au commissariat central, où ils étaient torturés et tués mais également vers le Petit Lac et la ville nouvelle. Ce massacre s’est poursuivi jusque vers 17 heures.

Ce 5 juillet, un jeune appelé qui montait la garde dans une guérite d’une caserne oranaise vit venir à lui un groupe de Français affolés, hommes, femmes et enfants, tous terrorisés, qui le suppliaient d’ouvrir les grilles fermées. Il n’avait pas les clés. Il a appelé, supplié qu’on ouvre les grilles d’urgence… Mais déjà les tueurs avaient rejoint le groupe. Ces gens, hommes, femmes, enfants, ont été égorgés sous ses yeux, alors qu’ils s’agrippaient aux grilles fermées à double tour. Il n’a pas pu utiliser son fusil non chargé pour leur porter secours. Cet homme a témoigné et fait ce récit horrible en pleurant… « Depuis, je ne peux plus passer une nuit sans me réveiller en tremblant, avec les cris et les râles de ces pauvres gens dans les oreilles… »

Le père de Laparre de Saint Sernin a témoigné dans un livre remarquable, Journal d’un prêtre en Algérie, dans lequel il relate plusieurs épisodes de l’agonie sans nom qui fut imposée aux Français d’Oran. Dans ce livre, cet homme d’Église relate avoir recueilli et soigné un malheureux Algérien frappé de terreur depuis qu’il avait, involontairement, assisté, au Petit Lac, à la décapitation à la hache d’un couple et de leur petit garçon d’environ cinq ans. Les appels au secours, les supplications et les prières à la Vierge de Santa Cruz de ce couple résonnaient encore aux oreilles de ce témoin. On est pris de frissons en lisant de telles monstruosités.

Et surtout, ce dernier souvenir, ce père qui a raconté avoir retrouvé son fils de 18 ans pendu à un crochet de boucher aux abattoires d’Oran, après avoir été torturé et égorgé.


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Photo de Une : les massacres d’Oran en juillet 1962
etudescoloniales.canalblog.com

 

 


 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

5 thoughts to “5 juillet 1962 à Oran”

  1. Ces faits sont connus, mais passés sous silence par la « tendance ».
    A même titre que le « massacre » du Métro « Charonne » est célébré annuellement, pourquoi les Pieds-Noirs ne font-ils pas des commémorations de ces évènements jusqu’à ce qu’ils soient reconnus officiellement ??
    De nombreux « métropolitains » d’origine (comme moi) ne manqueraient pas d’y participer …

  2. A vérifierquand même …mais je viens de lire que le grand, le bon, le dévoué, l’inoubliable ROCARD, tant encensé par VALLS, ben « il se vantait d’avoir porté des valises de billets qui servaient au FLN à acheter des armes pour TUER des Français » !

    Que son âme rejoigne toutes celles de sa trempe en ENFER !

  3. IL n’y a pas l’ombre d’un doute sur la non-culpabilité de l’O.A.S dans cet ignoble massacre.

    IL était important de laisser courir l’information contraire pour se dégager de toute responsabilité après de tels actes barbares commis par le FLN avec la complicité du chef des armées Françaises.

    Cette indépendance n’a pas porté chance à la FRANCE. Elle n’a pas porté chance à l’Algérie.

    Il suffit de voir ce qu’est devenue l’ Algérie après le départ des Français, et la France après l’arrivée des algériens sur son territoire.

    Le pire reste à venir pour notre France vendue et occupée depuis des décennies par ces hordes de barbares capables des pires atrocités comme celles commises ce 5 Juillet 1962 ! Merci Sarkozy, merci Hollande !

    Vivement notre INDEPENDANCE !

  4. Merci Colonel pour ce rappel historique qui salue la mémoire de ces français trahis.Mon père (né en 1935) envoyé à Sidi Bel Abbès en 1957 m’avait raconté le dégoût, le désarroi, et la honte des soldats qui avaient comme ordre de ne pas laisser monter les harkis (entre autres) s’accrochant aux GMC …

  5. A ce titre le général Katz à peut être approuvé vu que c’est lui qui a été chargé de démanteler l’OAS ! Je ne dis pas que les agissements de l’OAS étaient bien, mais je ne désapprouve pas TOUT ! Voyez maintenant ou nous en sommes !

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