A partir de quel montant accepte-t-on l’échec ? En finir avec l’opération Sentinelle

Par Michel Goya, le 07 juin 2016

La voie de l’épée


 

 

La France a cette particularité, lorsqu’elle est attaquée sur son sol d’envoyer ses soldats dans ses propres cités et non celles de l’ennemi. Cela ne sert généralement pas à grand-chose sinon à rassurer la population, ce qui n’est pas rien, et surtout à se donner à peu de frais une posture d’homme d’Etat énergique, ce qui est plus minable. Je garde ainsi toujours un souvenir ému de la mission Garde aux frontières lancée avec force effet de menton en 1986 par le Premier ministre de l’époque, à la suite d’une série d’attentats à Paris. Le même Premier ministre qui regardait vers l’horizon, c’est-à-dire l’élection présidentielle de 1988, savait pertinemment que ces attentats étaient liés à notre contentieux avec l’Iran. Je me suis donc retrouvé logiquement à aider douaniers et policiers de l’air et des frontières à surveiller la frontière luxembourgeoise tandis que d’autres camarades barraient de leurs corps le Rhin ou les Pyrénées.

La mission fut un succès total puisqu’aucun terroriste ne pénétra sur notre territoire durant le temps de cette mission. Bien évidemment avec nos chargeurs enveloppés de plastique dur thermosoudé et nos règles d’engagement nous n’étions pas prêts à faire face à une attaque rapide un peu sérieuse, mais cela importait visiblement peu, l’essentiel étant que nous soyons visibles. Que pendant ce temps-là nous ne entraînions pas ou ne puissions être engagés sur quelque chose qui correspondait plus à nos compétences et notre mission première comptait encore moins. On eut au moins la sagesse à l’époque de démonter discrètement le dispositif, avant de le réactiver cinq ans plus tard sous la forme de Vigipirate.

Lorsque débute l’année 2015, on attend toujours le bilan officiel de presque vingt-cinq ans années de Vigipirate. Combien cette dizaine de millions de journées de présence/homme (à peu près l’équivalent de l’engagement français en Afghanistan) a-t-elle permis d’appréhender ou d’aider d’appréhender de terroristes ? Combien d’attaques et d’attentats ont-ils été évités grâce à ce dispositif ? Pour avoir travaillé dans le retour d’expérience dans l’armée de terre, je ne me souviens pas être jamais tombé sur un bilan de ce genre. On pourra rétorquer que, par principe, on ne voit pas forcément les résultats d’une dissuasion mais lorsqu’un dispositif est aussi visible et facilement contournable peut-on vraiment parler de dissuasion ? Des poteaux empêchent-ils une inondation ?

Ce qui est certain c’est que Vigipirate n’a en rien empêché ou entraver les attentats de 1995 ni les attaques de janvier 2015. Qu’à cela ne tienne, cela ne sert à rien donc il faut augmenter les doses. C’est de toute façon tout ce que l’on peut montrer de visible sans prendre de risques. Voici donc, alors que la France a été attaquée par seulement trois salopards que l’on engage maintenant 10 000 hommes. C’était effectivement ce qui était prévu pour une intervention des armées sur le territoire national métropolitain mais pour une situation d’urgence, comme une catastrophe naturelles, et limitée dans le temps comme la protection d’événements particuliers (où contrairement à des attaques visant toute la population il est possible de savoir quoi protéger).


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6 réflexions au sujet de “A partir de quel montant accepte-t-on l’échec ? En finir avec l’opération Sentinelle”

  1. pour être honnête, je suis ravi d’être à la retraite. Et pourtant j’ai trainé les pieds pour la prendre.

  2. Belle mission que la vôtre Colonel ! car avec Vigipirate, c’est fou comme on s’éclate ! doivent penser les terroristes,
    Pour notre sécurité les dirigeants Français ont trouvé judicieux de fermer et vendre des bâtiments Militaires, de supprimer les R.G, diminuer les effectifs de Policiers, Gendarmes, mal équiper nos soldats, enfin bref ils ont tous fait et font encore TOUT pour que notre sécurité laisse de plus en plus à désirer !

    Et comment ont réagi les Français à Paris après la tuerie du Bataclan ? Ben ils sont venus mollement verser quelques larmes, poser des bougies, des Fleurs, puis ils ont même chanté peu après. Ils n’ont pas l’esprit guerrier puisque le gouvernement ne l’a pas.

    Pas de haine ! ai-je trop souvent entendu…

    Comment ne pas avoir la Haine et un profond dégoût face à une mise à mort BARBARE ! avec la complicité de ceux qui dirigent la FRANCE.

  3. La logique de l’efficacité des actions militaires ou la logique d’un désengagement, ne correspond pas souvent aux intentions politiques masquées par des arrières pensées à saveur électorale. Comment des dirigeants politiques responsables peuvent toujours faire passer leurs désirs dirigés avant l’intérêt général !. Il convient bien de préciser même sans être un grand spécialiste des questions militaires , que l’opération « sentinelle », n’offre aucune garantie de sécurité, qu’elle fatigue des milliers de militaires et qu’elle ne sert à rien. les forces armées ont d’autres missions plus sérieuses à assumer mais encore une fois , le militaire est subordonné au pouvoir politique même si les décisions prises paraissent contre nature. Est-ce à imaginer le peu d’impact des avis émis par les conseillers militaires auprès du pouvoir ?, ou le peu d’engouement des autorités militaires proches du gouvernement pour désavouer les décisions politiques qui n’offrent pourtant peu d’intérêt au niveau au plan sécuritaire ?.

  4. « Des poteaux empêchent-ils une inondation ?… »
    Merveilleux pour qualifier l’INUTILITÉ risible du Plan Vigipirate, où, même dans les fins fonds de Commana, il est impossible de stocker son chariot des courses dans un box grillagé du magasin…
    République aux pieds d’argile où quelques petits voyous psycho-irresponsables font finalement la Loi profitant de toutes les couardises du peuple de moutons, se révélant, vu de derrière, comme des trous du cul entourés de laine confortable.
    Ces soldats de Vigie Pirate sont commandés par des Généraux obéissant sottement aux politiques qui osent, une fois dégagés de leurs obligations, manifester ou pire, se présenter à des élections présidentielles.
    Le jour où les profils de carrière se regarderont de face, il pourra être changé quelque-chose à ces inaptitudes de commandement. La solution est pourtant simple : que les militaires de haut rang restent des soldats et ne soient plus à la merci de leur avancement aux étoiles, par décisions actées par les Conseils des Ministres, à la note de gueule.

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