Accident ou attentat ? J’ai enquêté sur la vie et la mort de Christophe de Margerie

 

Par Muriel Boselli, publié le 22 avril 2016

L’Obs – Le Plus


 

 

Voilà un article, une enquête extrêmement intéressants. La mort accidentelle de Christophe de Margerie, Le Colonel 2.0 n’y a jamais cru (cf. lien infra). Mais comme beaucoup, j’ai préféré, à l’époque, ne pas chercher plus avant. Une chape de plomb s’est d’emblée abattu sur cette étrange affaire. C’est la loi du silence qui prévalait. Surtout ne pas remuer la merde. On ne compte plus le nombre de suicides autour des affaires sulfureuses ou dites « affaires d’Etat ». Merci, LC2.0 a déjà donné. Néanmoins, un excellent travail d’investigation qu’il conviendrait de lire dans son intégralité. //RO 

Mort accidentelle de Christophe de Margerie : Je n’y ai jamais cru…

 

Tout cela montre bien une chose : la vérité, certains ne veulent pas forcément la connaître.

LE PLUS. Que s’est-il vraiment passé, le soir de la mort de l’ancien patron de Total, Christophe de Margerie, le 20 octobre 2014 ? Pourquoi l’enquête avance-t-elle si peu ? Journaliste spécialisée dans le secteur de l’énergie, Muriel Boselli a publié le 21 avril « L’énigme Margerie », le fruit d’une enquête de 18 mois, où elle tente d’élucider les mystères qui entourent la mort de Christophe de Margerie – mais aussi sa vie.

Édité et parrainé par Julia Mourri

Lorsque j’ai appris la mort de Christophe de Margerie, digne d’un roman de John Le Carré, je me suis dit que sa vie avait été hors-norme du début jusqu’à la fin, et pourrait être le point de départ d’un roman. Mais c’est aux funérailles que je me suis rendue compte que la réalité l’emportait largement sur la fiction.

Toute la planète politico-financière était rassemblée dans l’église Saint-Sulpice, des dignitaires du monde entier avaient fait le déplacement pour pleurer la disparition de ce patron si influent. Puis, soudain cette phrase au milieu de la cérémonie :

« Pourquoi Christophe est-il mort, pourquoi ? Parce qu’il a été victime d’un accident. Ne cherchez pas d’autres raisons. »

Les paroles au coeur de l’homélie du curé Antoine de Romanet font encore écho dans ma tête. Nous n’en étions qu’au tout début de l’enquête. Comment pouvait-il donc se permettre de faire une pareille injonction, quelques jours seulement après le drame ? Cette question a été l’amorce de quelque chose pour moi. J’ai eu envie de gratter, d’en savoir plus. Et c’est à ce moment-là que j’ai démarré mon enquête journalistique.

Pendant un an, j’ai interviewé une centaine de personnes, en commençant par les collaborateurs de Total. J’ai également rencontré ses détracteurs, des proches du principal suspect Vladimir Martynenko, ainsi que son avocat, des spécialistes du milieu judiciaire et d’autres de l’aviation. Je suis aussi allée au Moyen-Orient, où tout avait commencé pour Christophe de Margerie : c’est là qu’il s’était mis à exister au sein de Total, qu’il avait fait ses premiers gros coups et s’était, peu à peu, profilé comme le futur PDG de la major.

Incohérences et zones d’ombre

Après le crash, les autorités russes ont d’emblée officialisé la thèse de l’accident, en pointant la responsabilité de Vladimir Martynenko, le conducteur de la déneigeuse qui a percuté le jet de Christophe de Margerie. En retraçant le déroulé de la nuit du 20 octobre 2014, j’ai trouvé nombre d’incohérences et de zones d’ombre dans la version présentée par les autorités.

Contrairement à ce qui a été déclaré, il ne neigeait pas, ce soir-là : il pleuvait. La neige était effectivement tombée la veille, mais le lendemain, elle avait fondu. Alors, pourquoi envoyer un convoi de déneigeuses à proximité de la piste de décollage ? C’est l’une des nombreuses contradictions que je développe dans mon livre.

Le Comité d’enquête russe a affirmé que Vladimir Martynenko était ivre la nuit du drame. Son taux d’alcoolémie était de 0,6 grammes dans le sang. N’importe quel médecin pourra vous dire qu’il s’agit de l’équivalent de deux verres de vin. Est-ce suffisant pour perdre complètement ses repères ? D’autant que le conducteur de la déneigeuse avait 10 années d’expérience à son actif dans l’aéroport de Vnoukovo, oùil était considéré comme un employé modèle.

Par ailleurs, le chef du convoi est censé garder un œil constant sur ses déneigeuses. Or ce soir-là, pendant près deux heures, personne n’a su où était la déneigeuse de Martynenko. L’engin a tout bonnement disparu, et personne ne s’en est inquiété.

La loi du silence

Je ne suis pas en train de dire qu’il s’agit d’un attentat. Je suis journaliste, pas magistrate. Durant la durée de l’enquête j’ai constamment oscillé entre les deux thèses. Face à des personnes qui qualifiaient d’emblée le drame d’accident – sans forcément avoir beaucoup de détails – le doute m’envahissait. Et face à des défenseurs du complot, je me faisais l’avocat du diable, argumentant que la collision s’était jouée à 50 centimètres.

En réalité, je n’ai pas d’avis définitif. Mais ce qui est insupportable, c’est de constater que l’on enterre le dossier. Le procès de Vladimir Martynenko se tiendra à Moscou au mois de mai. Ce serait bien que, d’ici-là, ces éléments soient éclaircis. Car l’enquête française n’enquête pas vraiment, l’homologue du BEA en Russie n’a jamais publié son rapport sur l’accident. C’est la loi du silence qui domine autour de ce dossier sulfureux.

À ce sujet, ma rencontre avec Patrick Vervelle, le veuf de l’hôtesse de l’air qui a été tuée dans l’avion, a été un véritable tournant dans mes recherches. Tout d’un coup, je sortais du cercle du pouvoir, pour croiser le regard de quelqu’un qui ne travaille pas dans le pétrole, qui n’est pas un puissant. Simplement quelqu’un de meurtri à la recherche de réponses – qu’il n’a toujours pas.


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Illustration : L’ancien patron de Total, Christophe de Margerie, est mort le 20 octobre 2014 à l’aéroport de Vnoukovo (Russie). (Meigneux/Sipa) 



6 réflexions au sujet de “Accident ou attentat ? J’ai enquêté sur la vie et la mort de Christophe de Margerie”

  1. M. Margerie était-il un de ces vilains Poutinophiles favorables à Southstream, Turkishstream et autres. Tous ces projets diaboliques visant à déstabiliser les états unis et leur meute de beagles européens ‘fin de race’ ?

  2. Tout comme Nigel FARAGE peu après avoir « descendu » la merkel et le hollande au parlement européen.

    Est passé près de la mort sur l’autoroute parce qu’il a eu le temps de sauter de sa voiture ! Les flics ont constaté que l’une des roues de son véhicule avait été déboulonnée !!!

  3. Surprise mais heureuse qu’enfin on puisse revenir sur cette affaire plus que scabreuse quant aux informations reçues dès l’annonce de ce décès, expliquant ce fameux « accident ».

    1/ il n’y avait pas de neige ce soir là sur la piste. Il pleuvait !
    2/ Le conducteur du chasse-neige n’était pas « bourré »
    3/ Pourquoi l’image du chasse-neige heurté par l’avion n’a-t-elle jamais été diffusée ?

    Et enfin Monsieur Christophe de Margerie, Ami de Poutine, envisageait avec ce dernier de ne plus payer le pétrole en dollars mais en euros.

    A qui profite ce crime ? Aux salopards qui mènent le monde avec des dollars !

    Hé OH ! faut arrêter de nous prendre pour des kozels.

    Merci à l’auteur de ce billet.

  4. @GUIRAUD ! Effectivement et vu sous cet angle, les amis américains n’ont pas du apprécier ! Mais les faits se sont passés en Russie. Je veux bien penser qu’avec l’argent TOUT s’achète surtout en Russie ! Mais de là a penser que « l’accident » a été volontaire ? Je ne possède pas pas tous les éléments déjà que beaucoup ne doivent en posséder aucun !
    Toutefois affaire a suivre !

  5. Il est en effet difficile de s’accorder sur la thèse de l’accident compte tenu de ces invraisemblables coup du hasard. Mais à qui profite réellement le décès de monsieur Christophe-de-Margerie ?. Là est toute la question qui doit avoir une réponse teintée d’affaire de « grosses finances ». Je n’ai jamais vu un membre du gouvernement français s’inquiéter du déroulement de l’enquête.

  6. des medias russes parles depuis longtemps d’un  » accident provoqué ». Mais ce ne sont que des « médias russes »
    Christophe de Margeire voulait savoir si l’on pouvait indexer l’euro au rouble, au lieu du dollar

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