Accident provoqué par un ex-«para» du 17e RGP : «Vous êtes la honte de l’armée française»

Par Max Lagarrigue

Le 14 décembre 2017

La Dépêche

 

© Tosque Jean-Louis

 

Jetons un autre regard sur cette affaire. Un accident. Un homme alcoolisé. Une affaire somme toute classique. Des exemples comme celui-ci, c’est combien par jour ? Toujours trop. Mais il n’y a pas eu mort d’homme. Le coupable : un ancien «para» du 17e RGP de Montauban. Le responsable : un gendarme qui prononce les mots de trop : «Vous êtes la honte de l’armée française!». C’en était trop pour notre ex-para quadragénaire qui se rebelle. Pourtant, au tribunal, la clémence est de rigueur. La procureure de la République ne masquait pas son émotion. «Je ne peux faire état de tout, mais cet ancien soldat qui a participé à de nombreuses OPEX (opération extérieure) a été le témoin de douloureux événements. Il a quitté depuis 2012 l’armée avec un syndrome de stress post-traumatique (SPT). »

Notre gendarme n’a sans doute pas mesuré la portée de ses propos. Il n’en est pas de pire. Je me souviens que dans des circonstances aggravantes, totalement alcoolisé, j’ai entièrement détruit un bar restaurant, connu comme Centre d’estivage d’Arta, une localité de la République de Djibouti. Il ne restait plus rien. Lorsque je suis passé devant mon chef de corps, celui-ci m’a dit « vous êtes indigne de porter l’uniforme!« . J’ai pris 30 jours d’arrêts de rigueur. Et là, j’étais, moi-aussi, « la honte de l’Armée française« . Mais la sentence venait de mon chef… . J’avais 20 ans. Jeune sergent, j’aurais pu être cassé voire viré de l’armée. Mais j’étais habituellement « un excellent élément« . Le Chef de corps en a tenu compte. Tout comme la procureure. 

Personne n’est à l’abri d’une dérive, d’une pulsion, surtout avec les états de service de ce parachutiste victime, comme bon nombre de nos camarades, de syndrome de stress post-traumatique (SPT).

Alors, la conclusion s’imposait à la cour : «On ne peut juger ces soldats qui se battent pour nous comme les autres».

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«Vous êtes la honte de l’armée française!». Les mots prononcés par un gendarme à un ancien «para» du 17e RGP de Montauban sur les lieux d’un accident de la route, le 29 janvier dernier à Négrepelisse, «ont fait dégoupiller mon client», certifiait Me Laure Bergès, à la défense.

Poursuivi à la fois pour rébellion et refus d’un contrôle éthylotest, le prévenu avait contre toute attente un traitement de «faveur» malgré son comportement ce soir-là. «Vous refusiez de monter dans l’ambulance des pompiers, les gendarmes essaient de vous calmer», indiquait le président Philippe Colson. En vain. Le quadra, au physique d’athlète et aguerri au close-combat, menace et porte des coups de pied aux gendarmes. «Avant votre placement en dégrisement, vous vous débattez entraînant un gendarme au sol», poursuivait le juge. «Je n’étais pas blessé, je n’avais pas besoin de me rendre à l’hôpital», lâchait le mis en cause vêtu d’une veste de costume grise et d’une cravate. «Vous aviez bu?», insistait le magistrat. «Je n’étais pas alcoolisé au moment de l’accident, j’ai bu après en attendant», assurait l’ex para montalbanais. Une réponse qui faisait sourire l’assistance.

Un héros de guerre de l’armée française en Afghanistan

La suite du récit de vie de ce héros de guerre émouvait le tribunal. Ayant reçu sur audience les pièces du dossier médical et les états de service du prévenu, la procureure de la République ne masquait pas son émotion. «Je ne peux faire état de tout, mais cet ancien soldat qui a participé à de nombreuses OPEX (opération extérieure) a été le témoin de douloureux événements. Il a quitté depuis 2012 l’armée avec un syndrome de stress post-traumatique (SPT) . Cela explique son trouble du comportement et son alcoolisation massive, garantissait Alix Cabot-Chaumeton. Je peux comprendre qu’il ait été blessé par les propos de ce gendarme.» Et la magistrate de poursuivre par un commentaire personnel : «On ne peut juger ces soldats qui se battent pour nous comme les autres».

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

11 thoughts to “Accident provoqué par un ex-«para» du 17e RGP : «Vous êtes la honte de l’armée française»”

  1. Et si au lieu de parler des gendarmes , on levait plutôt le voile sur le non suivi des post traumatisés .

    Tous les cas ne sont pas pris en compte , mal évalués quant ils ne sont pas directement omis par les hiérarchies aussi diverses que variées .

    Bien que depuis quelques années un sérieux effort est entrepris dans le bon sens .
    Mais combien de nos soldats sont partis dans le civil sans pouvoir continuer l’évaluation devant des psy ???

    Imaginez un ex-militaire se rendant chez un futur employeur et lui dire tout de go .
    tout va bien mais je suis un post-traumatisé .

    Non il y a encore énormément à faire dans le suivi et la reconversion des anciens militaires et surtout les blessés de l’âme .

    Nos institutions ne sont pas à la hauteur de la tache .

  2. En ce qui concerne LC3.0, j’ai veillé bien sûr, à ne pas écorcher nos camarades gendarmes plus que de mesure. M’étant retrouvé à de multiples reprises dans cette situation (sans accident), dans ma jeunesse désordonnée, j’ai toujours eu face à moi des représentants de l’ordre fort « compréhensifs ». Heureusement…

  3. L’adage est bien connu :Toute honte bue… Cela étant, un gendarme est un soldat comme un autre, et qui exécutait sa mission, tout comme l’autre l’avait fait. Je suis surpris de ce mépris affiché par les commentateurs sur cette Arme, montrant le niveau beauf de leur ego s’exposer sans cette humilité digne qu’on leur voudrait. Les temps changent, et les Armes ne sont plus ce qu’elles étaient. Le civil bête et méchant y survit, sans même l’éducation reçue, aussi présomptueux qu’il est pitoyable, ainsi que la juge l’a dit.

  4. La réflexion stupide d’un gendarme ne doit pas jeter l’opprobe sur cette arme,quant à la référence à VICHY c’est aussi stupide que d’attribuer la défaite de 40 à nos généraux actuels.

  5. A mont-de MARSAN en fin d’année 1970 , au petit matin , en provenance de Bordeaux et circulant sur la route qui borde la base aérienne, j’arrives à un stop , je regarde à droite et gauche sans m’arrêter car il n’y avait pas âme qui vive.

    enfin je le croyais car OH malheur , je n’avais pas vu la fourgonnette de gendarmerie qui se trouvait (déjà à cette heure matinale planquée sur le bord de la route .

    Il s’agissait de gendarmes de la compagnie de parachutistes de mont de Marsan .
    Etant moi même en uniforme avec le béret rouge sur le siège , je pensais que cela pouvais s’arranger ( une remarque aurait suffit).

    que nenni j’ai eu droit à une leçon de morale et un PV pour non respect de signalisation ( retrait de permis durant 6 moi l’appui .)

    Mais il y a toujours une morale car

    Quelques mis après alors que je me trouvais en stage de reconditionnement à l’Ecole des Troupes Aéroportées de Pau , un jour au mess, parmi des stagiaires d’un autre cycle j’ai reconnu mes deux principaux ( tourmenteurs ) .

    très discrètement je suis allé trouvé des copains moniteurs et leur ai demandé de faire des faveurs à ces deux stagiaires .

    Je puis vous assurer que tout en respectant le règlement , ils en ont ( bavés) .

    Et à leur fin de stage lors d’un largage en zone libre suite à une ( erreur de largage) pour rejoindre le point de ralliement ils ont du effectuer quelques km supplémentaires à pied avec un sac à dos et parachute bien sur .

    Au fait Colonel en parlant de Djibouti , vous ne vous êtes vous jamais ( cassé la figure ) dans l’escalier glissant de la boite bien nommée  » l’escalier en bois  »
    endroit assez sombre mais combien accueillant ?????
    de très bons souvenirs

  6. Je vous laisse lire la perspicacité d’analyse des gendarmes de Saône et Loire.
    ARTICLE DU JOURNAL DE SAONE ET LOIRE DU 16 DECEMBRE 2017
    Drôle de surprise dans la nuit de vendredi à samedi, vers 2 heures du matin, pour les habitants du lotissement Beauregard à Pierre-de-Bresse. Un minibus (camionnette aménagée) prend feu ainsi que les deux voitures garée juste à côté.
    Rapidement sur les lieux les sapeurs pompiers du Centre de secours de Pierre-de-Bresse, ont fait le maximum pour que le feu ne se propage pas plus loin.
    Ce qui n’empêchera pas une quatrième voiture d’être en flamme quelques rues plus loin, Rue des Potiers, dans le dépôt d’un garagiste.
    Pour la Gendarmerie pas trop de doute : « Ces incendies sont apparemment volontaires ».
    En revanche, les causes ne sont pas encore déterminées. Surtout, le mobile pose question car les véhicules incendiés appartiennent à des « gens sans histoire », selon les gendarmes.
    Egalement sur place la brigade d’identification criminelle de la gendarmerie afin de relever le maximum d’indices. Serait-ce une blague qui a mal tourné ? Ou un acte irréfléchi ? L’enquête est en cours et va s’attacher à le découvrir. Quant aux quatre véhicules, ils sont entièrement détruits.
    C’était l’article en sa totalité.

    Voilà mon cher Régis toute la différence entre un béret rouge qui fait honte à l’armée française et notre brave gendarmerie. Le QI de ces derniers fait vraiment honneur à la langue française et à ses dérives !!!

  7. Venant d’un gendarme il n’y a rien de surprenant; jusqu’à preuve du contraire et surtout dan le contexte annuel ils ne brillent pas par leurs exploits de défense du drapeau tricolore. C’est tellement facile d’accabler un para ou un légionnaire lorsqu’il y a une dérive; en revanche dans les cas inverses on ne fait pas autant de plat.
    Commencez messieurs les gendarmes à faire votre travail et ensuite vous pourrez juger des hommes qui vous valent mille fois.

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