Ados: « Harceleurs et harcelés souffrent d’un mal commun»

Par Pascale Senk le 07/03/2014
Par Pascale Senk le 07/03/2014

 

INTERVIEW – Nicole Catheline, pédopsychiatre et auteur de «Harcèlements à l’école» (Éditions Albin Michel), explique comment une éducation «néfaste» peut façonner de jeunes harceleurs.

LE FIGARO. – Comment avez-vous connu ces jeunes harceleurs qui semblent se multiplier aujourd’hui?

Nicole CATHELINE. – Dans ma pratique quotidienne. Je découvrais au bout d’un certain nombre de séances que quelques patients venus consulter pour de l’anxiété ou des troubles du sommeil avouaient peu à peu s’en prendre de manière répétitive à des élèves de leur classe. J’ai ainsi compris que ces harceleurs en herbe, tout comme ceux qui me consultaient parce qu’ils étaient victimes de violences répétées, souffraient d’un mal commun. D’ailleurs, quelques études longitudinales confirment que harcelés et harceleurs connaissent le même destin psychosocial. Simplement, ils n’ont pas une manière identique de survivre aux mêmes difficultés: les victimes s’en sortent en rasant les murs et en se taisant, tandis que leurs «bourreaux», pour supporter le mal-être, clament «même pas peur» et tentent de soumettre un autre pour se sentir plus forts. Mais eux aussi, qui sont souvent laissés aux mains de l’école ou de la justice, ont besoin d’une prise en charge psychologique.

Leurs difficultés naissent-elles d’un contexte social particulier?

C’est essentiellement l’éducation qu’ils ont reçue qui semble déterminante, pas leur milieu socio-culturel. Celle-ci peut avoir revêtu trois formes s’étant révélées néfastes pour l’enfant. La première, c’est d’avoir été élevé dans un monde de «bisounours» où des parents trop anxieux ne vous ont pas appris à vous positionner face à l’autre ; autre cas de figure, une éducation trop rigide qui a développé chez l’enfant la vision d’un monde en «noir et blanc», où la différence n’est absolument pas tolérée, et où ce sont les forts qui en imposent aux faibles. De nombreux harceleurs ont ainsi été exposés à des relations violentes entre frères et sœurs, ou bien ont vu leur père dominer leur mère. Enfin, dernier cas, c’est une éducation trop laxiste qui les a empêchés de savoir comment traiter avec la différence de l’autre, si ce n’est avec des railleries ou moqueries.

Vous revenez sans cesse sur cette impossibilité, chez le jeune harceleur, de savoir vivre avec la différence… La sienne, comme celle de l’autre. Serait-ce là le cœur de son problème?

Oui, au moment de la construction de la personnalité, on sait que ce qui le différencie de son groupe de pairs gêne l’adolescent. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ces harcèlements sont très fréquents pendant les «années collège», âge où les autres deviennent des références incontournables…

Et que disent-ils de notre société?

Avec ces harceleurs, nous voyons surgir le «retour du refoulé». En avançant en démocratie, en effet, nous avons fait sauter certains marqueurs établis de la différence, comme les catégories sociales, les classes d’âge… Et c’était heureux, car cela faisait avancer la notion d’égalité. Malheureusement, cela a induit l’idée que nous étions tous pareils. Et cela n’est pas vrai. Nous avons même besoin de notre différence pour nous situer par rapport aux autres. Le rôle des adultes (profs, parents…) aujourd’hui devrait donc être d’enseigner aux enfants à accepter ces différences inhérentes à notre humanité.

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Source : http://sante.lefigaro.fr

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

4 thoughts to “Ados: « Harceleurs et harcelés souffrent d’un mal commun»”

  1. J’ai surtout connu ça, pour ce qui me concerne, à l’armée. J’en ai été victime car à 17 ans, j’étais un peu (beaucoup) chétif par rapport aux autres engagés. Par la suite, en prenant du grade et de l’ancienneté, j’ai toujours combattu cette violence morale et physique. Désormais, je surveille tout particulièrement mon dernier fils afin qu’il ne soit pas dans un camp ou dans l’autre. Mais ça se passe bien.

  2. Oui merci, mais c’est une question grave, de nombreux enfants sont victimes de harcélement, mais aussi de moqueries qui deviennent du harcélement, les conduisant à l’échec scolaire, l’isolement social. Parfois les causes étant le handicap (celui qui se voit, mais aussi celui qui ne se voit pas) les enseignants ne sont pas forcément vigilants… Et puis le profil du harceleur n’est pas aussi simple que çà, c’est complexe. Il n’est pas seul non plus… Encouragé, qui ne dit mot consent, il se sent tout puissant…
    Merci d’avoir posté cet article, c’est important et il faut en parler. Les enfants souffrent à leur manière, et cette souffrance est violente souvent.

  3. Je l’ai posté un peu pour vous et pour mon ami Pierre Duriot. Et pour les nombreux parents concernés par ces actes qui peuvent très mal se terminer. Amitiés. Régis

  4. Pas convaincue… ! Harceleurs et harcelés, agresseurs et victimes. Une certaine mode veut que la rencontre après le trauma, la blessure infligée par l’un à l’autre soit thérapeutique… !

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