Affaire Benalla : vol au dessus d’un nid de coucou

Par Régis Ollivier

Le 19 septembre 2018

Le Colonel 3.0

 

© Régis Ollivier

 

 

#AffaireBenalla : point n’est besoin de visionner l’intégralité de l’audition de Monsieur Benalla pour en tirer mes premières impressions. Ce que j’ai vu et entendu, le temps assez court que j’ai assisté à cette audition a suffi à me convaincre d’une chose : Alexandre Benalla n’est pas « une petite frappe » comme a tenté de l’accréditer avec force l’Élysée et certains médias. Alexandre Benalla n’est pas monsieur tout-le-monde. Loin s’en faut.

Tiré à quatre épingles, gominé, cet homme au centre d’une gigantesque affaire d’État est apparu étonnement calme et détendu. Homme du monde, il a commencé par présenter ses excuses au président de la commission d’enquête du Sénat, afin de montrer sa bonne volonté à coopérer. « Je jure de dire toute la vérité, etc… ». Bon là, rien n’est moins sûr.

A aucun moment, il n’a fait preuve d’une quelconque fébrilité. Aucun signe d’énervement, d’impatience. Pas de tics ou de doigts qui frappent le bureau. Juste un stylo qui aura souffert de toutes ses manipulations.

Au cours de ce « débriefing », Alexandre Benalla s’est comporté en véritable professionnel. Il m’a fait pensé à un agent secret parfaitement formaté à cet exercice millimétré. Le débit de parole était bon, mais on voyait qu’il réfléchissait en même temps qu’il s’exprimait. Il répondait aux questions posées, même si parfois il fallait de l’insistance aux grands inquisiteurs du Sénat pour qu’il veuille bien recentrer sa réponse sur le sujet. A aucun moment, il ne s’est hasardé à suggérer, par ses propos, d’autres questions. Il s’en est tenu aux questions posées. A tel point que je me suis posé la question la question : « Benalla est-il membre ou ancien membre des services secrets français ». Ma réponse est « peut-être ». Mais alors, eu égard à son âge, il n’y aurait fait qu’un bref passage. N’a t-il pas été placé à proximité immédiate du chef de l’État, comme conseiller pour les Affaires dites Spéciales, un peu comme on plaçait jadis un Conseiller auprès des chefs d’État africains. Je suis dubitatif. Mais alors, pourquoi a t-on aperçu Alexandre Benalla récemment à Londres avec un fiché S ? Mystère.

Autre question : « Benalla serait-il un agent infiltré d’un État étranger comme le suggère la rumeur ? ». Là, je ne le pense pas. On s’égare très nettement.

Bien entendu, Alexandre Benalla a eu tout le temps de se préparer à cette audition. Mais on ne m’enlèvera pas de l’idée que l’homme est brillant, et surtout très fort. Avant de porter la critique à ma démonstration, je vous pose une question question : « Avez-vous déjà été confronté à pareille situation ? Probablement pas. Moi oui. Dans le cadre de mes fonctions et également pour une affaire qui s’est transformée en « affaire d’État ». Trois heures d’audition face à Cinq grands inquisiteurs, dont l’un qui avait tout du pittbull confondait témoin et accusé. Vous sortez de là lessivé. Sans parler de la pression psychologique les jours précédant ce grand oral. 

Alors oui, et je me répète, Benalla, s’en est remarquablement sorti. Comme un véritable professionnel. 

Benalla n’a pas tout dit, mais lui a t-on posé les bonnes questions ? Je n’ai pas eu le sentiment d’une réelle volonté des membres de la commission d’enquête de faire du « rentre dedans ». C’était plutôt bon enfant. On n’a pas vraiment voulu remuer la merde. C’est mon opinion.

Sommes nous passés à coté de l’essentiel ? Très certainement. Mais il reste le volet judiciaire. Donc, selon la phrase consacrée lorsqu’on ne veut pas se mouiller « laissons la Justice suivre son cours ».

L’habit ne fait pas le moine et nous sommes bien en présence d’une affaire de barbouzes. Les barbouzes de l’Élysée.

La dernière question est la suivante : Benalla sera t-il le sauveur du soldat Macron ? C’est fort possible.

Et alors ? Alors, je pense que l’affaire Benalla sera déclarée prochainement « Cold Case ». Circulez! Y a rien à voir… ! C’est ma réflexion. Je l’assume.

 

Le Colonel vous salue bien.

 

 

 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

3 thoughts to “Affaire Benalla : vol au dessus d’un nid de coucou”

  1. Pour moi, une affaire « bidon » afin de nous occuper ailleurs – Cet homme est tout à fait inintéressant –

  2. Pas mal de documents attestant ses dires n’ont jamais été transmis. « Manque de temps » a rétorqué Benalla. Sa demande d’autorisation de port d’armes s’est finalement faite non par écrit mais par un simple petit coup de fil… Son « Je le jure » convient à ne pas dire la vérité. C’est en étant « clair et précis » comme il l’a martelé à mainte reprises qu’il n’a eu cesse de nous saouler tout au long de cette audition qui reste pour moi une superbe mascarade sur le thème de j’t’enfume. Merci de votre analyse Colonel elle reflète ce que je pense sauf sur un point : ce type ne sera pas le sauveur du dingue sis à l’Elysée mais tout le contraire. Quant à l’audition de Vincent Crasse, qui s’autorise à ne pas répondre sur des questions concernant son pote Benalla, son regard fuyant et torve m’a glacée. Drôle de personnage … Ma conclusion : Benalla et Macron sont identiques et probablement deux psychopathes inséparables.

  3. Benalla donne l’impression d’être un pittbull dressé et auquel on a filé du bromure pour qu’il réponde gentiment sans s’énerver. Macron l’a bien préparé pour la commission d’enquête… Benalla :  » je suis bien élevé « . Ben voyons… lors de cette manif il va tabasser deux manifestants, dont un qui est déjà par terre.

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