Affaire Cahuzac: ce que Manuel Valls savait

Par Pascal Ceaux, publié le 

Que savait le ministre de l’Intérieur sur le compte en Suisse de son collègue du Budget? Manuel Valls assure n’avoir pas prêté attention aux rumeurs tout au long de l’affaire Cahuzac.

Affaire Cahuzac: ce que Manuel Valls savaitLe ministre de l’Intérieur Manuel Valls assure n’avoir pas prêté attention aux rumeurs sur le compte en Suisse de Jérôme Cahuzac. Jusqu’aux aveux…

afp.com/Bertrand Langlois

L’onde de choc Cahuzac n’a pas fini de produire ses effets. PourManuel Valls, elle ne rend que plus impérative la nécessité d’un « rebond politique ». Le ministre de l’Intérieur en décrète d’autant plus l’urgence qu’il a vécu de près, fonction oblige, le tourbillon ayant emporté Jérôme Cahuzac.

Place Beauvau, l’histoire commence par un moment d’incrédulité, le 4 décembre 2012, quand le site Mediapart évoque l’existence d’un compte en Suisse appartenant au ministre du Budget. A cette date, d’après Valls, « on ne sait rien de rien ». Pour lui, l’ancien chirurgien capillaire est une vieille connaissance, croisée quand il était en poste au cabinet du ministre de la Santé Claude Evin(1988-1991). Quelques rumeurs ont bien couru à son sujet – peut-être la faute à un milieu où l’argent noir a la réputation de couler à flots -, mais il assure ne pas y avoir prêté attention. Malgré des antécédents rocardiens communs, il n’entretient pas de relations personnelles avec le ministre délégué au Budget, jusqu’à l’été 2012. Un lieu de vacances partagé, la Corse, leur donne alors l’occasion de se côtoyer pendant quelques jours.

Le 4 décembre, Valls est « rassuré » par les dénégations de Cahuzac, qui l’assure en personne de son innocence. Le ministre de l’Intérieur convoque cependant le directeur du renseignement intérieur, Patrick Calvar, qui lui confie ne disposer d’aucune information sur Cahuzac. Une précision communiquée ensuite à l’Elysée.

Après l’ouverture de l’enquête préliminaire du parquet de Paris, le 8 janvier, Manuel Valls est renseigné sur les perquisitions de la police, les auditions des témoins, au total une dizaine. « Je me tenais au courant, mais je n’ai pas lu les procès-verbaux », explique-t-il, justifiant sa prudence par la volonté de laisser la justice agir. Quand Jérôme Cahuzac démissionne, le 19 mars, il avoue être « pris d’un doute ». Le sort de son ex-collègue est déjà scellé.

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.