Alain Chouet : lettre ouverte au Directeur Général de la DGSE

Par Alain Chouet, publié le 29/04/16

Afrique Asie


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Les relations entre la DGSE et ses anciens membres sont, hélas, parfois conflictuelles. Comme le pointe Alain Chouet, qui fut mon Directeur de stage, ces liens sont en principe totalement coupés lorsqu’un agent quitte le service. Du moins officiellement. Dans la réalité, c’est différent. Des réseaux parfois très puissants se sont créés contre lesquels il est impossible de lutter. Les fuites existent. Je ne pousserai pas le trait en suggérant que Alain Chouet a bénéficié de ces réseaux. D’ailleurs, en a t-il réellement besoin. La situation du terrorisme en Belgique était connue de tous les initiés. La chaine du renseignement belge a effectivement failli. Comme le dénonçait dans son billet pamphlet intitulé « J’accuse ! »  le 22 mars 2016 M. Bernard Snoeck, ancien responsable du contre-espionnage et du contre-terrorisme au SGRS (Service Général du Renseignement et de la Sécurité) belge. Un billet que je vous avais partagé sur LC2.0. //RO


Cette lettre ouverte de l’ancien Chef du service de renseignements de sécurité à la DGSE Alain Chouet, adressée le 18 avril dernier à l’actuel Directeur Général, rappelle que les attentats perpétrés en Belgique sont loin d’être tombés du ciel, mais ont des causes profondes, notamment politiques. Des affirmations qu’on ne veut toujours pas entendre.


Monsieur le Directeur Général,

Suite aux attentats de Paris du 13 novembre 2015 et à l’implication de certains citoyens belges dans ces attaques, j’ai été sollicité par l’AFP le 15 novembre et la chaîne de télévision Arte le 17 novembre pour fournir une évaluation personnelle sur cette implication.
Au cours des interviews ainsi accordées, j’ai relevé que :
1/ la gestion électoraliste et communautariste de certaines communes de la périphérie de Bruxelles – en particulier Molenbeek ( que je connais bien pour y séjourner régulièrement et y donner des conférences au Cercle local de la Morale Laïque ) – avait conduit depuis 30 ans à la constitution de dangereux foyers de radicalisation islamique.
2/ un certain nombre de responsables politiques belges, en particulier les bourgmestres de ces communes problématiques, avaient multiplié depuis longtemps les obstacles de tous ordres à l’action des services de sécurité destinée à endiguer les conséquences violentes de ces phénomènes de radicalisation.
3/ l’organisation et la sécurité des aéroports internationaux de Belgique, en particulier ceux de Zaventem et de Charleroi que je connais bien, laissait à désirer. J’ai conclu de ces différentes constatations que la Belgique me paraissait vulnérable aux attaques djihadistes et constituait un point faible pour la sécurité européenne en général et française en particulier malgré l’inlassable dévouement et l’engagement des services de sécurité belges que j’ai pu mesurer lors de mon affectation à Bruxelles et que je n’ai jamais remis en cause.
Ces affirmations m’ont valu dès le lendemain la colère du Premier Ministre belge qui s’en est pris personnellement et violemment à moi dans différents médias. Vous avez répondu à cette colère en faisant adresser à l’Administrateur Général de la Sûreté belge une lettre qu’il a rendue publique ainsi libellée selon le quotidien flamand « De Standaard » du 21/11/2015 :


Monsieur l’Administrateur Général,
Depuis sa retraite, M. Alain Chouet a jugé utile de donner son opinion sur les attentats du 13 novembre.
– M. Chouet a quitté la DGSE en 2001.
– Depuis 14 ans, il n’entretient aucune relation avec notre service et ses personnels.
– Notre administration n’est pas en mesure d’interdire aux médias de recueillir les opinions de M. Chouet : ce dernier ne divulgue aucune information classifiée, puisqu’il n’en détient aucune.
– Sur le fond, les opinions de M. Chouet ne sont pas seulement fausses et injurieuses: elles sont aussi indécentes.
En vous exprimant toute notre gratitude pour l’aide indispensable de votre service.


Je n’ai jamais prétendu parler au nom de la DGSE que j’ai quittée définitivement il y a 9 ans (et non 14) après avoir quitté mes fonctions de Chef du Service de Renseignement de Sécurité en octobre 2002 (et non 2001).
Mes « dernières relations avec votre administration et ses personnels » datent de 2011. J’ai toujours scrupuleusement rendu compte de mes activités, propos et écrits, à vos prédécesseurs, même après avoir pris ma retraite en 2007, et j’ai reversé en 2011 les droits d’auteur d’un de mes livres à l’Association du personnel du Service. Il m’est revenu, peu après votre prise de commandement en 2013, que vous ne souhaitiez pas que ces liens soient maintenus. J’ai bien sûr respecté ce choix.
Je n’ai évidemment pas accès à des informations classifiées mais il n’en est nul besoin pour constater des évidences flagrantes. En effet, depuis que j’ai tenu les propos que vous incriminez en les qualifiant de « faux, injurieux et indécents », il est apparu de façon claire que :
1/ Le nom de Molenbeek est devenu le terme générique (utilisé même par des ministres français) et la marque déposée des localités de Belgique et de France devenues zones de non-doit livrées à l’activisme des bandes salafistes et réservoirs de djihadistes.
2/ Différents responsables des services de sécurité belges ont dénoncé en termes parfois très durs les obstacles permanents mis à leur action par certains responsables politiques fédéraux et locaux des communes concernées et de l’ensemble du pays. Je joins ci-dessous à ce courrier le pamphlet intitulé « J’accuse ! » rédigé le 22 mars 2016 par M. Bernard Snoeck, ancien responsable du contre-espionnage et du contre-terrorisme au SGRS (Service Général du Renseignement et de la Sécurité) belge où il dénonce avec violence les faits que je n’avais fait qu’évoquer. D’autres policiers, fonctionnaires et militaires des services de sécurité belges avec qui je suis resté en contact, et dont je salue encore une fois l’engagement, m’ont transmis les mêmes doléances.
3/ Il apparaît le 15 avril 2016 dans la presse belge que « Les manquements en personnel et en organisation à l’aéroport de Zaventem avaient été soulignés dans deux rapports confidentiels (datant de 2011 et 2015) de la Commission européenne. » et que « Madame Jacqueline Galant, Ministre belge des transports, a dû présenter sa démission après avoir été accusée par son administration d’avoir refusé à plusieurs reprises d’octroyer les moyens nécessaires au renforcement de la sécurité dans ces lieux sensibles. »


À la lueur de ces constatations, il semble que les opinions que j’ai livrées à l’AFP et à Arte au lendemain des attentats du 13 novembre n’étaient ni fausses ni, donc, injurieuses. Quant à leur « indécence », il s’agit d’une appréciation subjective que je ne discuterai pas.


Je vous prie de recevoir, Monsieur le Directeur Général, les assurances de ma haute considération.


Alain Chouet, le 18 avril 2016.


 

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

3 thoughts to “Alain Chouet : lettre ouverte au Directeur Général de la DGSE”

  1. On ne peut pas en même temps lutter contre le terrorisme internationnal
    et demander à ses agents de renseignements politiques de se rendre au parlement européen afin de perquisitionner les ordinateurs de certains parlementaires , n’est-ce pas VALLS et CASENEUVE .

  2. Un état qui est capable de se faire(enfler) de 1,5 milliard de tva sur la taxe Carbonne est un état défaillant,et un état défaillant dans tous les domaines,justice ,défense ,sécurité,
    renseignement,économie,éducation,la démocratie dévoyée est l’antichambre de la guerre civilie

  3. Bonjour Colonel. Merci Mr. Chouet. Tout ce que relate cet Homme est à savoir. Et il en découle que, Face aux nombreux réseaux terroristes présents dans chaque pays d’Europe le LAXISME est ROI ! particulièrement en Belgique et en France.

    Qu’attend la SUEDE pour mettre hors service un important réseau islamiste qui existe chez elle et qui est connu ? Ce pays a reçu des menaces pour l’Eurovision 2016.

    Il est à préciser que la France sera représentée à l’Eurovision par Amir ADDAD. Sa chanson ? « J’ai cherché »…Son texte prône sur l’égalité des sexes.
    Ouah !
    Moi je cherche à retrouver un Pays qui s’appelait la FRANCE et où il sera impossible à nos petits enfants de chanter « Douce France, Cher Pays de mon Enfance »,

    Et si j’ai des larmes dans les yeux, c’est qu’il me pleut sur le visage !

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