Armée française en Centrafrique : ma réponse à Antoine L.

Par Régis Ollivier, le 07 novembre 2015

Le Colonel 2.0

 

 

Il y a quelques jours, j’ai fait le choix, en toute connaissance de cause, de publier sur Le Colonel 2.0 l’article suivant :

CENTRAFRIQUE : UNE AFFAIRE DE DIAMANTS AVEC LA SANGARIS AU CŒUR DE L’ASSASSINAT DES ÉLÉMENTS DE L’UPC LE 26 OCTOBRE DERNIER

 

En introduction, sous forme de mise en garde, j’écrivais ce bref commentaire :

« Nouvelles accusations contre les militaires français. De qui se moque-t-on en effet. La France n’est plus en odeur de sainteté en Centrafrique. Afrique News Info nous a habitué à ce genre de révélations … fracassantes. À vous de vous faire votre propre opinion. //RO »

 

Un lecteur, sans doute occasionnel, que nous appellerons Antoine L. (il se reconnaitra) s’est fendu d’un commentaire qui a eu pour effet de me hérisser fortement le poil. Je le cite :

“Comment un ancien militaire peut-il participer au colportage d’un tel ramassis de médisances pour lesquelles il n’y a pas le moindre élément probant ! Un peu de vergogne et d’estime, si ce n’est de respect, monsieur Ollivier, pour ces soldats qui servent leur pays et la RCA dans des conditions difficiles, ce n’est pas avec ce genre de papier que l’on peut se faire une idée de la réalité. La RCA va mal et l’armée française y mène une mission difficle ; si vous voulez en parler, il y a bien d’autres choses plus sérieuses à en dire.”

Après réflexion, j’adresse ce commentaire en retour, qui sera hélas tronqué suite à un dysfonctionnement informatique :

« Antoine L., votre commentaire m’a fait sourire. J’avais fait le choix de l’ignorer mais un mot de ce commentaire m’a interpelé. Il s’agit du mot « colportage ». Je ne colporte pas une rumeur ou « un ramassis de médisances » comme vous l’écrivez mais en tant que directeur de la publication du site lecolonel.net, je partage un article (et partager n’est pas approuver) en plaçant en introduction de mon post cette mise en garde que vous semblez ignorer à dessein, ne vous arrêtant qu’au titre volontairement agressif, accrocheur. Je cite : « Nouvelles accusations contre les militaires français. De qui se moque-t-on en effet. La France n’est plus en odeur de sainteté en Centrafrique. Afrique News Info nous a habitué à ce genre de révélations … fracassantes. À vous de vous faire votre propre opinion. //RO ». Vous vous êtes fait la votre, c’est parfait. J’en prends note. Ceci étant dit, je vous trouve bien naïf et/ou de bien mauvaise foi. Un vilain défaut même si, dans ce cas précis, il vous honore. En effet, c’est tout à votre honneur de vouloir protéger l’Institution et ses membres. Pour ce qui me concerne, je ne fais que ça à longueur de blog, depuis plus de deux ans. Vous vous couvrez néanmoins du voile de la pudibonderie exagérée. »

Nouvelle réponse d’Antoine L. :

“Je peux sourire de beaucoup de choses et je n’ai pas pour habitude de réagir aux blogs et aux partages que je peux lire ici et là, mais cet article, précisément ne m’a pas fait sourire… je ne vous reproche pas d’approuver ce qui y est écrit – j’ai bien lu votre mise en garde – je vous reproche de participer à la diffusion de faits infondés, ce que j’appelle à juste titre  » colporter des rumeurs « , et ce faisant, de porter atteinte au bon renom de notre armée. En tant que directeur de publication, vous êtes responsable de ce que vous diffusez et vous ne pouvez pas vous retrancher derrière un simple  » je ne sais qu’en penser « . Je suis l’actualité africaine au quotidien et je partage au même rythme un grand nombre d’articles sur cette région, or je vois que le ‘french bashing’ en RCA est de plus en plus fort, et cela ne facilite pas la tâche de nos soldats sur le terrain. De même que pour l’affaire des viols, je ne sais pas si nos soldats sont coupables de quoi que ce soit mais en l’absence de preuve je m’interdis de relayer ou de commenter le moindre article sur ce type d’affaire.”

Et votre serviteur de conclure :

« Suite à un dysfonctionnement de Linkedin, mon commentaire est parti de manière incomplète. Ce n’est pas grave et je ne vais pas en remettre une louche. Vos propos sont excessifs et me désolent. Je ne vous suis pas sur le terrain du « porter atteinte au bon renom de notre armée. » Bien à vous. »

Antoine L. est, sauf erreur de ma part, Saint-Cyrien, général 2S, issu des Troupes de Marine. Je suis également issu des Troupes de marine mais de recrutement semi-tardif OAEA. Le général Antoine L. a servi en Afrique, moi aussi. Il a servi en ambassade, moi aussi.

Alors mon général, j’ai un avantage indéniable sur vous : celui d’avoir été, avant d’être officier, sous-officier mais aussi et surtout militaire du rang. Troupier en quelque sorte.

Je ne pense pas qu’au sortir de Saint-Cyr et de votre école d’application, jeune lieutenant, voire ultérieurement capitaine, vous vous soyez, à un moment donné de votre carrière, mélangé à la troupe, avec toutes ses turpitudes, dérives, et autres actions inconsidérées toutes aussi répréhensibles les unes, les autres. Mais aussi je le précise, sa très grande générosité.

Qui mieux que moi peut en parler ?

Tous les militaires ne sont pas des salopards, tous ne sont pas des parangons de vertu.

Je ne dis pas que les faits relatés dans l’article sus-cité sont avérés ou pas. A l’instar des accusations de viols portées à l’encontre de nos militaires dans ce même pays. Je suggère simplement de ne pas se voiler la face, de ne pas se draper du voile de la pudibonderie. Tout ces dérapages sont bien du domaine du réel, du possible.

Lorsque, à peine âgé de 18 ans, je suis arrivé à Djibouti (alors Territoire Français des Afars et des Issas – TFAI) pour y effectuer mon premier séjour, avec mes camarades nous avons écumé tous les bars, tous les bordels et tous les bouges infâmes de la capitale. On buvait beaucoup, on couchait beaucoup, on tirait notre coup quoi! Et n’allez pas croire que nous demandions systématiquement une carte d’identité à la prostituée sur laquelle nous avions jeté notre dévolu. N’allez pas renier les « dures réalités » de la vie africaine en général et de la vie djiboutienne en particulier des soldats français. Il est probable que parfois, dans certaines circonstances, nous ayons pris le risque de porter gravement atteinte au renom et à la dignité des armées. Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt. Pas vu, pas pris.

Mais mes observations ne s’arrêtent pas à ma propre expérience ou à celle de mes camarades de chambrée.

Ce que j’ai vu à Djibouti, encore appelé « le bac à sable de l’armée française » dépasse l’entendement. 

Trafics en tout genre, malversations financières, corruption, détournement de fonds, sexe et mensonge… j’en passe et des meilleures et ce, jusqu’au plus haut niveau de l’Etat-Major des FFDj. Je n’invente rien, les faits ont été judiciarisés. Au final, ce sont des sommes astronomiques qui ont été détournées, corrompues. 

Toujours à vous voiler la face mon général ? 

Et que dire de la pédophilie endémique au plus niveau de la représentation française sur place. Avez-vous également oublié, mon Général, la douloureuse affaire d’un ex-CEMAT français dans ce domaine. N’était-ce pas en Centrafrique justement ?

Toujours là mon général ?

Djibouti était une véritable pétaudière. Et j’y ai effectué huit années dont quatre en ambassade. Et ce n’était guère mieux.

Alors oui mon général, des dérapages sont possibles ici ou là. A Djibouti comme en Centrafrique ou ailleurs dans le monde.

C’est tout à votre honneur de vouloir défendre l’Institution, et je m’y emploie également. 

Partager n’est pas approuver. 

Nous avons eu les diamants de Giscard d’Estaing. Pour pourrions bien avoir les diamants de Sangaris. Je reste néanmoins persuadé que cet article tient plus de la médisance que de la réalité. C’est pourquoi, il est nécessaire de le porter à la connaissance de nos frères d’armes et des autres afin qu’ils puissent murir leur propre réflexion.

Loin de moi l’idée de jeter l’opprobre sur une armée admirable mais rien ne me fera changer de ligne éditoriale. 

Le Colonel vous salue bien

 

Illustration Le Colonel 2.0 :  http://monbricabrac.centerblog.net/rub-citations-et-belles-phrases-2.html?ii=1

 

 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

6 thoughts to “Armée française en Centrafrique : ma réponse à Antoine L.”

  1. Si il y a bien une personne qui aime cette institution autant que son pays ,c’ est Régis ! » la perte de la mémoire du passé est sans doute la pire infortune qui puisse frapper un peuple ainsi qu’un individu  » Sur le blog de Régis la réflexion ,est libre ,ouverte non orienté,c’ est un outil phénoménal amenant à mûrir votre opinion.
    Les propos du général sont blessants (je le déplore ), pourtant je ne doute pas ni de l’intelligence ni de la volonté de ce général de préserver la dignité et l’honneur de cette belle institution .
    Je regrette qu’ il ne se soit pas donné la peine de lire un peu plus profondément le blog du colonel ,il aurait su quel homme engagé ,courageux ,honnête est Régis .
    Il aurait su que la discussion y est ouverte et courtoise ,il aurait su que Régis fut parmi les premiers à s’opposer à des discours diffamatoires à l’encontre de l’armée Française notamment sur les viols en RCA .
    il y a une poignée de cafards dans l’institution ,comme dans toute société ,population ou civilisation ,ne pas le reconnaître ,c’est les protéger ,mais c’est surtout mépriser ,insulter l’honneur de milliers de valeureux qui sont ce que notre pays à de plus noble .!
    Régis prend des risques en refusant de se voiler la face ,oui il publie des sujet qui dérangent ,mais toujours avec respect et pudeur ..
    C’est un grand merci qu’il mérite et non pas une réflexion dédaigneuse …Il est issue du rang ..Son mérite n’en est que plus grand ,il en a chier pour obtenir ses barrettes ,elles ne lui ont pas été servi sur la pointe d’un sabre pointant un plan de carrière …Elles ont la valeur de la sueur

  2. Merci Paul. Je suis du genre consensuel mais il ne faut pas pousser pépé dans les orties. C’est du spontané et je ne reviens jamais en arrière de mes écrits.

  3. Chapeau, l’artiste ! Voilà qui est envoyé comme il se doit. Je me suis retrouvé, mettant en scène l’Aiglon de Jean Rostand, face à Jean-Séraphin Flambeau, dit le flambard:
    « Et nous, les petits, les obscurs, les sans-grade…  »
    Allez, je mets deux étoiles au képi noir du marsouin pour sa liberté de penser, et pour l’envoi des couleurs.

  4. Il y a trop de soldats incriminés dans cette affaire pour que cela puisse être réelle. Et c’est bien connu on achete tout et n’importe quoi avec de l’argent ou autre surtout dans les pays où la pauvreté règne.

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