Au Mali, pire que les enfants soldats, les enfants terroristes

Dans le nord du Mali, les habitants décrivent de tristes combattants parmi les djihadistes : des gamins, âgés parfois de 11 ou 12 ans. Avec la montée en puissance des combats, ces enfants ne sont plus cantonnés à des tâches de supplétifs, mais directement armés de fusils d’assaut et de ceintures d’explosifs.

Les enfants restent, quelle que soit la situation, des victimes lors de ce type de conflit. Ici, des écoliers rencontrés par des militaires français lors d'une action civilo-militaire. ©EMA / ECPAD

Les enfants restent, quelle que soit la situation, des victimes lors de ce type de conflit. Ici, des écoliers rencontrés par des militaires français lors d’une action civilo-militaire. ©EMA / ECPAD

Au fur et à mesure de leur progression, les troupes françaises et africaines qui sécurisent toute la moitié nord du Mali sont systématiquement confrontés à la problématique des enfants combattants. Des soldats tricolores en ont ainsi arrêté plusieurs, au cours decombats contre les djihadistes dans les Ifoghas. Une fois capturés, ces enfants sont surveillés, en attendant de trouver une solution à leur proposer pour rejoindre leurs familles sans risquer un retour aux armes.

La question des enfants soldats, au nord Mali, n’est pas nouvelle puisque dès le mois de janvier, l’ONG Human Rights Watch (HWR) tirait la sonnette d’alarme. Les humanitaires, après de nombreux entretiens, avaient identifié la présence de mineurs dans les rangs djihadistes sur toute la région. Tous les groupes, du MUJAO à AQMI en passant par Ansar Dine auraient eu recours à cette main d’oeuvre docile, serviable et peu onéreuse.

Les témoins décrivent parfois des pick-up entiers remplis d’enfants. Des adolescents, souvent, mais aussi parfois des plus jeunes âgées d’à peine douze ans. Armés de kalachnikov, ils sont alors utilisés comme supplétifs pour surveiller les barrages routiers, effectuer des contrôles ou s’assurer que la population n’enfreigne pas les lois de la charia, comme pour la consommation d’alcool, par exemple.

Les témoins interrogés par HWR racontent. L’un a vu « environ 20 enfants soldats armés âgés de moins de 16 ans gérer les points de contrôle situés à l’entrée et la sortie des villes de Bourem et Ansongo, également dans la région de Gao ». Un autre : « À Boré, ce sont les enfants qui sont entrés dans notre autobus pour nous demander nos papiers et contrôler nos bagages ». Et même : « à Douentza, il devait y avoir 10 garçons de moins de 18 ans, le plus jeune devait avoir seulement 11 ans ».

Plus inquiétant, depuis le début des combats dans les zones arides de l’extrême nord du pays, les enfants ne sont plus cantonnés à des rôles de supplétifs. Ils participent directement aux combats. Plusieurs d’entre eux sont mêmes destinés à devenir des kamikazes. Armés de ceintures d’explosif, les djihadistes attendent d’eux qu’ils aillent se faire sauter sur les check-point de l’armée malienne ou sur différents points stratégiques dans les principales villes du nord. Le premier attentat suicide, mené à Gao le 8 février dernier, a été commis par un enfant qui n’aura réussit qu’à blesser un militaire malien. Il avait été revendiqué par le MUJAO.

Ces jeunes sont en général motivés par le besoin d’argent. Ils rejoignent les rangs des djihadistes, séduits par la stature des hommes et leurs discours, en espérant ainsi pouvoir apporter un peu de sécurité et quelques subsides à leurs familles. Comme les djihadistes, ils ne sont pas tous maliens d’origine et ont parfois été importés par les mouvements des combattants venus de l’étranger. Comme dans les autres conflits où des enfants sont armés, ils est souvent difficile pour eux d’échapper à l’autorité de ceux, beaucoup plus âgés, qui les commandent. Comme dans les autres conflits où des enfants sont armés, leur réintégration est une question complexe, tant la plupart sortent marqués par les évènements qu’ils ont traversé.

Posté par:  Posté le: 01 avril 2013 |

A propos de l’auteur

Journaliste indépendant, Romain Mielcarek s’est spécialisé sur les thématiques liées à la défense et à la diplomatie. Il travaille régulièrement pour Atlantico, Slate, Défense et Sécurité Internationale et Pays Emergents. Doctorant en sciences sociales, il mène une thèse sur l’influence de l’armée française sur le récit médiatique de la guerre en Afghanistan. Membre de l’Alliance Géostratégique, il a participé à la rédaction des ouvrages « Les guerres low-cost » (Esprit du Livre / 2011) et « Stratégies dans le cyberespace » (Esprit du Livre / 2011).

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.