Au Yémen, la famine au bout de deux ans de guerre

Pierre Cochez, le 23/03/2017

La Croix


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« Reste l’appel à la diplomatie, pour faire taire des armes dont les ONG rappellent qu’elles sont aussi fournies à l’Arabie saoudite par la France. « Il y a un soutien inconditionnel de la France au royaume saoudien responsable de cette crise humanitaire », affirme Hélène Quéau. Pour l’instant, personne ne se presse à la table de négociations éventuelles voulues par l’ONU. » //PC

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Une guerre sans nom dont quasiment personne ne parle. Une guerre à l’autre bout du monde. Une ignominie pour moi qui a eu cette chance de me rendre dans ce pays à titre professionnel. Cette guerre me donne la nausée. //RO


 

La guerre au Yémen entre dans sa troisième année. La population, au nord comme au sud du pays, est prise au piège, sans que les ONG ne parviennent à l’atteindre. Des poches de famine sont déjà redoutées.

Distribution de riz dans un centre alimentaire à Sanaa.

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Distribution de riz dans un centre alimentaire à Sanaa. / © Khaled Abdullah / Reuters

Fin mars 2015, une coalition menée par l’Arabie saoudite déclenchait une vaste offensive pour aider les autorités yéménites à stopper l’avancée des rebelles houthis. Deux ans plus tard, des Yéménites n’ont plus de quoi se nourrir et se soigner, les rebelles sont toujours les maîtres de la majorité du pays et les humanitaires n’ont pas accès aux populations qu’ils voudraient aider. Tel était le 22 mars le constat commun de six ONG françaises présentes dans le pays le plus pauvre de la péninsule arabique, où 14 millions de personnes se trouvent en insécurité alimentaire.

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Action contre la Faim (ACF) compte 260 salariés dans cinq régions du Yémen. Serge Breysse, de l’ONG, estime « que certaines zones sont en situation de préfamine, voire de famine. La situation se dégrade de manière accélérée. Mais les données précises sont impossibles à obtenir. » Même constat pour Marina Bénédik, de Médecins du monde, qui revient d’une mission à Saana. « Plus personne ne peut vérifier les chiffres des personnes touchées par la faim. C’est pour cela que l’on ne peut pas déclarer la famine. Mais, il y a clairement des poches de famine. »

Embargo et pluie de bombes

La zone tenue par les rebelles houthis, avec comme capitale Sanaa, fait l’objet d’un embargo international et essuie une pluie de bombes de la coalition. En deux ans, lUnicef a recensé 212 attaques sur des écoles, 95 sur des hôpitaux. « Il y a une destruction délibérée de ces infrastructures » souligne Jean-François Corty, de Médecins du monde.

L’aéroport de Saana est fermé depuis août 2016, et seules les Nations unies peuvent faire atterrir leurs appareils. Les autorisations d’entrée et de sortie pour les étrangers sont concédées au compte-gouttes par l’administration houthiste.

La Banque Centrale s’est repliée à Aden, au sud, en zone gouvernementale. Depuis, les fonctionnaires de Saana « monnayent auprès des ONG leurs accords et tampons contre des liquidités », confie un humanitaire qui a vu un de ses salariés rester deux mois à Sanaa dans l’attente d’une autorisation de sortie. « L’obtention d’un visa demande entre un et trois mois. Nous avons besoin de multiples autorisations avant tout mouvement à l’intérieur du pays. Notre accès aux populations est complexe, fluctuant », complète Hélène Quéau, de Première Urgence Internationale.

Seule voie d’accès maritime, le port d’Hodeida est soumis à un blocus. « Des bateaux pleins de médicaments, de nourriture et d’intrants nutritionnels n’ont pu être déchargés », déplore Hélène Quéau.


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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.