AYMERIC CHAUPRADE : « J’ÉTAIS LE CHEF DE L’ÉQUIPE 1 »

Par François de Labarre, le 29 octobre 2015 

Paris Match

Exclusif

 

 

Le député européen Aymeric Chauprade (FN) révèle les dessous de l’opération d’exfiltration des pilotes du Falcon 50 qui transportait 680 kilos de cocaïne, arrêtés en mars 2013.

Avant notre rencontre, il tient à nous dire qu’il ne voulait pas donner cette interview. Les circonstances l’y ont poussées. Dans son bureau de député européen à Strasbourg, il évoque son «code d’honneur». Ne pas révéler les modes opératoires et ne pas reconnaître sa participation s’est révélé un exercice d’équilibriste sur les plateaux de télévision. Ce code, il l’a respecté jusqu’aux révélations de Christophe Naudin. Au micro de RTL, l’expert en sécurité aérienne laissait entendre hier qu’il aurait préféré travailler avec d’autres personnes. Des tensions au sein de l’équipe qui a exfiltré Pascal Fauret et Bruno Odos ? Chauprade s’explique et révèle les détails de l’opération.

Paris Match. Quel est votre rapport avec Christophe Naudin ?

Aymeric Chauprade. Nous nous connaissons bien et depuis longtemps. J’ai édité son «Histoire de l’identité individuelle» aux éditions Ellipses et je l’ai fait inviter en République Dominicaine, en 2010, lorsque j’étais conseiller du président Leonel Fernandez. Nous avons été amenés à nous intéresser à cette affaire «Air Cocaïne» par des biais différents: lui en tant qu’expert en aviation, moi en tant qu’élu des français de l’étranger. Nous partageons la même conviction : ces deux pilotes sont innocents.

Une conviction, ce n’est pas une preuve…
Pour nous, cela ne fait aucun doute. Ce sont d’anciens militaires, ils ont servi la France avec des états de services excellents. Ils gagnent bien leur vie, n’ont aucune raison de mettre leur famille en danger en participant à un trafic de drogue. Nous avons mille raisons de croire en leur innocence.

Quid des deux autres Français restés en République Dominicaine ?
Ils n’ont pas bénéficié d’une justice réelle. Il y a eu des tas de renvois, aucune procédure. C’est injuste, mais jamais je n’aurais pu m’engager sur leur innocence avec la même détermination que pour les deux pilotes ! Je souhaite néanmoins qu’Alain Castany, affaibli et malade, puisse être rapatrié en France. Que le gouvernement français fasse enfin son travail !

Selon Naudin, c’est vous qui lui avez demandé de mettre à exécution un plan d’exfiltration de Pascal Fauret et Bruno Odos, est-ce vrai ?
Je dirais les choses autrement. Le jour de leur condamnation, en août dernier, tous ceux qui se sont mobilisés pour eux ont compris qu’ils ne s’en sortiraient pas par un jugement en appel. J’ai évoqué l’idée de les exfiltrer lors d’une discussion avec des personnes du comité de soutien. Ils en ont parlé à Christophe Naudin, lequel est venu me voir. Il m’a dit que l’idée lui était venue à l’esprit à lui aussi. «On va réfléchir à la manière de le faire», m’a-t-il dit.

UN PREMIER VOYAGE EN SEPTEMBRE POUR PROPOSER LE PLAN AUX PILOTES

Les pilotes vous avaient-ils fait part de leur souhait de s’échapper ?
Non. C’est pour ça que Christophe Naudin et moi-même avons voyagé mi-septembre à Saint-Domingue. Il n’était pas question de parler de ce projet au téléphone. Nous les avons vus. Ils étaient chauds bouillants pour partir.

Comment vous êtes-vous répartis les tâches ?
Nous avons travaillé en binôme. L’idée était de monter deux équipes distinctes: l’une en République Dominicaine pour l’exfiltration Terre-Mer et l’autre pour le retour en métropole. J’étais le chef de l’équipe 1 -Dans l’ordre chronologique de réalisation- et Christophe celui de l’équipe 2. Nous avons formé nos équipes séparément, en évitant de se donner les détails parce que plus il y a d’étanchéité plus l’opération est préservée.

Qui s’occupait de produire et fournir les papiers d’identité de Fauret et Odos ?
L’équipe 2 puisque ce n’était pas la mienne !

L’aspect financier ?
Egalement. Christophe Naudin a lui-même budgété l’opération. Nous avons reçu l’argent ensemble. Tout était transparent pour les familles. D’après ce qui a été dit par les familles, l’opération était financée par de généreux donateurs.

Les avez-vous rencontrés ces donateurs ?
Non, mais je sais que l’opération n’a produit aucun bénéfice. Personne dans mon équipe n’a gagné d’argent. Nous n’avons pas fait appel à des mercenaires, c’est important que les Français le sachent. Les hommes de mon équipe et moi-même avons choisi de le faire gratuitement, comme Christophe d’ailleurs.

Pourquoi des gens risqueraient la prison gratuitement pour des inconnus ?
Je peux vous répondre en tout cas pour ce qui concerne mon équipe. Ce sont des amis très proches qui avaient autant d’enthousiasme que moi à venir en aide à des compatriotes en danger. L’une de mes conditions dans l’organisation de cette opération était cependant qu’aucun protagoniste ne vive sur le territoire dominicain.

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Illustration : Aymeric Chauprade © DR

 

 

 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.