Bernard Bajolet à la tête de la DGSE: le poids des diplomates dans les services

Par Georges Malbrunot le 10 avril 2013 18h01

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C’est un diplomate rompu aux arcanes du renseignement et aux missions difficiles qui prend la tête de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), le plus important service de renseignements français.

Bernard Bajolet, actuel ambassadeur de France en Afghanistan, a été nommé ce mercredi en Conseil des ministres patron de la DGSE, succédant à Erard Corbin de Mangoux à direction de la « Piscine ».

Cette nomination était attendue. A 63 ans, Bernard Bajolet est un arabisant, fin connaisseur du monde arabo-musulman, où il a été successivement ambassadeur en Jordanie, en Bosnie-Herzégovine, en Irak et en Algérie, avant d’être nommé à Kaboul. Il avait été auparavant en Syrie, où il faisait du polo avec Bassel, le frère aîné de Bachar el-Assad, qu’un accident mortel en 1994 écarta de la succession de son père Hafez el-Assad.

C’est lui qui a rouvert l’ambassade de France à Bagdad à l’été 2003, après la chute de Saddam Hussein. Bernard Bajolet fut alors aux premières loges pour observer les erreurs commises par les occupants américains de l’Irak. Et les dénoncer face aux nouveaux maitres de la Mésopotamie. Mais à Bagdad ou ailleurs, ses interlocuteurs finissaient souvent par rendre hommage à l’acuité de son jugement.

Avec l’équipe de la DGSE sur place à Bagdad, Bernard Bajolet se dépensa sans compter pour négocier notre libération à l’hiver 2004. Sa nomination ensuite à la tête du Conseil national du renseignement, voulu par Nicolas Sarkozy, lui ouvrit les portes de la communauté du renseignement, mais il ne lui fut pas facile d’exister entre les patrons de la DST et de la DGSE.

Il succède à Erard Corbin de Mangoux, proche de Nicolas Sarkozy, mais dont le professionnalisme fut reconnu par François Hollande qui le garda à la tête de la « centrale », après sa victoire à l’Elysée, l’an dernier.

Cette nomination, après celle d’un autre diplomate à la tête de la direction du renseignement – François Sénémaud – confirme le poids grandissant des agents du Quai d’Orsay au sein de la hiérarchie de la DGSE. Au point où certains « espions » se posent la question du maintien du service dans le giron du ministère de la Défense ? Voire de son passage sous la coupe des Affaires étrangères, comme en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis par exemple ? Affaire à suivre.

(Crédit photo:AFP)

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A propos de ce blog

Parce qu’au Moyen-Orient, la réalité ne correspond pas toujours aux déclarations officielles ou aux clichés véhiculés çà et là en Occident, je vous propose de découvrir la part d’ombre dissimulée sous le flot des nouvelles qui nous parviennent de cette poudrière. Pour mieux comprendre les enjeux qui secouent cette région, si importante pour la stabilité du monde, et qui a fini par se soulever contre des autocrates vieillissants.

L’auteur

 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.