Beyrouth 23 Octobre 1983, 6 heures 30 du matin : Le poste DRAKKAR 58 Parachutistes périssent dans une puissante explosion.

Par Francis  Guiraudou

Le 23 octobre 2017

Le Colonel

 

 

Un grand merci à Francis Guiraudou pour ce texte en exclusivité pour Le Colonel. //RO

 

 

© Pierre Duriot

 

 

Dimanche 23 Octobre 1983

Dimanche 23 Octobre 1983, 6 heures 30 du matin

Beyrouth 23 Octobre 1983, 6 heures 30 du matin : Le poste DRAKKAR

58 Parachutistes périssent dans une puissante explosion.

6 Heures 30 du matin, les oiseaux chantent dans les arbres, le soleil se lève à peine et déjà nous réchauffe de la froidure de la nuit.

6 Heures 25 : une énorme explosion.

6 Heures 30, une seconde plus proche et plus puissance. Aussitôt nos postes radios crépitent, se crispent nos visages qui expriment colère et impuissance, nous nous trouvions dans un poste à proximité

Beyrouth dimanche 23 octobre 1983 : le poste de DRAKKAR vient de sauter tout juste après celui des Américains, enfouissant dans ses entrailles maudites plus de cinquante parachutistes français,.

Mes camarades, votre mort a-t-elle servi à quelque chose ?

Nous étions venus « faire la paix ».

Vous protégiez et sécurisiez la ville aux (côtés) de soldats américains et des anglais qui, eux, vivaient en reclus dans leurs abris.

A chaque coin de rues on ne voyait que vos bérets rouges.

Toujours : souriants, prévenants, parfois menaçants.

Faisant un clin d’œil à de jolies jeunes filles libanaises, qui vous répondez par de très agréables sourires et des yeux malicieux.

Toi : mon copain, mon ami, mon frère, mon pote : Marie-Madelaine, toi que j’ai sorti en mille morceaux de ton piège de béton et d’acier.

Toi qui a enfin pu être opéré sur le porte-avion « CLEMENCEAU » qui se trouvait au large.

Toi qui ne dois ton salut qu’à nos recherches à mains nues, dans, la sueur, le sang et nos larmes (de colères, de rages et de désespoir).

Loin étaient nos stages de ski dans les Pyrénées.

Toi le parachutiste que j’ai découvert « par hasard » sous une dalle bétonnée où tu as survécu par miracle, jusqu’au petit matin du lendemain. Jamais je n’aurai pensé trouver un survivant à cet endroit.

Si j’ai planté ma barre à mine dans le béton à cet endroit précis ce n’était que par pure colère et le seul coin que nous n’avions pas encore fouillé..

Quelle surprise d’entendre un souffle de vie par ce petit trou creusé avec toute l’énergie du désespoir.

Lorsque ton dos nous est enfin apparu, se mouvant au faible rythme de ta respiration, nous aurions soulevé des montagnes pour te sortir de cet enfer dans l’antre de la terre.

Toi aussi : toi le miraculé de DRAKKAR qui a effectué toute la chute de l’immeuble sur le « bon côté du toit », celui-ci s’écroulant plus lentement, ton camarade ayant réussi à te récupérer par tes équipement lors de ta « descente aux enfers ».

Toi dont la vie était tout de même comptée, car tu l’as laissée peu de temps après sur les quais du Métro parisien à la station « châtelet-les-halles », assassiné à coups de couteaux par un minable drogué.

Vous : qui au premier étage avez été transformé en « chaleur et lumière ».Vous, dont les cercueils sont vides à jamais, vous n’aviez que 18 ou 20 ans.

Toi : le parachutiste, ce 25 décembre 1983 (à l’heure ou d’autres en France allaient se mettre à table pour réveillonner ou recevoir des cadeaux de Noël), toi le parachutiste que j’ai assisté dans tes derniers moments, affalé au pied de ton arbre, rongé par la balle qui t’a transpercé de part en part.

Je n’ai pu retenir cette lueur de vie qui se trouvait encore dans tes yeux. Pardonne -moi.

Mes frères parachutistes, il n’y a pas un seul jour où je ne pense à vous et surtout aujourd’hui 23 octobre en ce 34° anniversaire de votre disparition :

Vous ceux de DRAKKAR, FREGATE, et autres postes.

Toi : « colonel », mon patron qui m’a fait faire les « 400 coups avec ton laisser- passer valable de jour comme de nuit » dans cette ville mystérieuse que j’ai appris à aimer comme une maitresse infidèle.

Cette ville aux mille facettes, aux mille intrigues.

Toi : l’Aumônier militaire, le père LALLEMAND, toi qui a été mis à dure épreuve par la vision de toutes ces jeunes dépouilles. Toi qui un jour m’a dis en parlant d’un para que tu mettais en bière et dont j’avais ramassé la cervelle dans un sac en plastique : « elle fait parti de son corps ». Alors tout penaud j’ai placé le sachet dans le cercueil entre les jambes de ce martyr.

Toi le père LALLEMAND, qui cachait si mal ton chagrin et tes pleurs, je pense encore à nos discussions.

Vous, les vieilles dames libanaises qui nous disaient « soldats Français nous avons confiance en vous, ne nous abandonnez pas aux mains de nos ennemis »

Toi le maire de Burj Hammoud : Monsieur T…… , que l’on considérait comme le président de la communauté arménienne de Beyrouth, dans ma bibliothèque règne en première place les trois livres relatant la douleur de ton peuple. Ceux que tu m’as offert lors d’une de mes visites en ta mairie et que tu as eu la sympathie de me dédicacer.

Tu te doutais très bien que l’objectif premier de mes visites était de me « documenter » sur certains de tes compatriotes.

Toi aussi : toi le vieux libanais, patriarche de quartier, je sais que je te dois la vie.

Car si tu n’étais pas apparu au bon endroit au bon moment, moi je me trouvais au mauvais endroit, au mauvais moment, je te dois encore un merci très sincère.

Je ne sais pas ce que tu leur a dis (ne comprenant pas ton dialecte). Mais s’ils m’ont laissé partir, toute la haine se lisait au fond de leurs regards, leurs yeux m’ont exécuté mille fois et leurs mains tremblaient sur la détente de leurs armes.

Toi : JESSIE, jolie jeune fille chrétienne d’Achrafieh, toi qui m’a ouvert ta porte, me permettant ainsi de me mettre à l’abri des bombardements druzes de Joumblatt tirant de toute la puissance de son artillerie sur ce quartier chrétien.

Continues-tu à écrire des poèmes, j’ai toujours gardé ton recueil de poèmes celui que tu as eu « l’amour » de me dédicacer.

Le marque page est toujours en bonne place, à la page du poème que tu avais choisie.

Aujourd’hui 23 octobre, seul jour de toutes ces années passées. Ce 23 octobre, comme chaques années, je retournerais dans une église pour prier en votre mémoire.

Pour vous mes frères parachutistes de toutes confessions, de toutes couleurs de peau, de toutes origines : laïcs, chrétiens, musulmans, juifs ; blancs, noirs, jaunes ; métis ; européens, africains, arabes, asiatiques.

Nous étions tous frères d’arme.

Nous n’avions qu’un seul drapeau : le drapeau français Bleu blanc rouge et un seul hymne : la marseillaise.

Une seule prière :

La prière des parachutistes

Je m’adresse à vous mon Dieu

Car vous donnez ce qu’on ne peut obtenir que de soi

Donnez -moi mon dieu, ce qui vous reste,

Donnez-moi ce que l’on ne vous demande jamais

Je ne vous demande pas le repos,

Ni le succès ,ni même la santé,

Tout ça, mon Dieu, on vous le demande tellement,

Que vous ne devez plus en avoir,

Donnez moi mon dieu ce qui vous reste,

Donnez-moi ce que l’on vous refuse.

Je veux l’insécurité et l’inquiétude.

Je veux la tourmente et la bagarre,

Et que vous me les donniez, mon Dieu

Définitivement,

Que je sois sûr de les avoir toujours

Car je n’aurai pas toujours le courage

De vous les demander.

Donnez-moi ce dont les autres ne veulent pas.

Mais donnez-moi aussi le courage,

Et la force et la foi.

Car vous êtes seul à donner

Ce que l’on ne peut obtenir que de soi.

………………………………………

Votre sacrifice a-t-il servi à quelque chose ?????

J’en doute fort, les fanatismes, tous les fanatismes, la guerre des « DIEUX » de tous les DIEUX fait encore rage dans cette partie du monde.

Et ce n’est pas près de s’arrêter.

F. GUIRAUDOU

 

avec ces trois vidéos

https://www.youtube.com/watch?v=ClROSUQlSKA : ils étaient 58 parachutistes Français

https://youtu.be/WBMPlvWvsFk : la prière du Para

https://youtu.be/yPaRRHL5LX8 : hommage aux rapaces du RCP

 

 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

7 thoughts to “Beyrouth 23 Octobre 1983, 6 heures 30 du matin : Le poste DRAKKAR 58 Parachutistes périssent dans une puissante explosion.”

  1. Un de mes copains de promotion, St Cyr Cne Danjou, le capitaine Jacky Thomas, est mort dans cet attentat. Impossible de l’oublier et encore moins de pardonner cet acte lâche. Il avait foi en son métier. Depuis des années, nous essayons de convaincre les autorités de donner son nom a une promotion de St Cyr, sans succès malheureusement. Il a donné sa vie pour son métier qui était bien plus que cela.

  2. Ne pas oublier que la majorité de ces paras étaient des Volontaires pour le Service Long et qu’ils avaient une vingtaine d’années. Croyants ou non croyants, que « La Prière » les honore et donne à leurs familles la force de comprendre leur engagement.

  3. Bien d’accord avec vous il ne faut pas oublier, c’est justement pour ça qu’il faut enseigner l’Histoire aux enfants, surtout dans l’ordre chronologique, sinon que sauront-ils de leur Pays, de leurs racines ?

  4. Nous étions au Tchad (Manta 1) quand c’est arrivé… Plus exactement dans l’avant poste de Salal. Isolés de tout ! Quand le message est arrivé dans la journée, personne ne voulait y croire…Deux attentats quasi simultanés! Les US Marines puis nos Paras. D’abord figé par la stupeur où chacun allait de son exclamation de dépit, les visages sont devenus graves et la nuit, sous la voûte étoilée du désert, a très été longue. Nous avons pris la mesure du drame avec les photos dans un « Paris-Match » arrivé quelques semaines plus tard.
    Paix à leurs âmes au côté de St Michel.

  5. Texte poignant et émouvant, du « vecu » tout à la gloire des parachutistes.A lire, calmement, comme une prière, car même si ils sont morts pour rien, on ne peut pas, on ne doit pas les oublier, surtout à l’heure actuelle où vous êtes engagés sur tous les fronts, loin de vos familles, au nom de la Patrie.

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