Brexit: « il ne faut pas faire de cadeau aux Britanniques »

Challenges

INTERVIEW Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne, prône la plus grande fermeté vis-à-vis des Britanniques. Et la mise en réserve immédiate des députés et fonctionnaires du Royaume-uni.

Après le Brexit, vous exigez la mise en réserve immédiate de tous les eurodéputés et fonctionnaires européens britanniques. Pourquoi ?

Il faut être ferme et clair. Les Britanniques ont choisi de sortir de l’Union Européenne, qui va être amputée d’un pays qui a apporté des choses très positives, l’innovation, la recherche… Mais désormais les britanniques ont les deux pieds en dehors. Et ils ne peuvent pas avoir autant d’avantages en sortant qu’en restant. Il faut des mesures rapides qui évitent les conflits d’intérêt : les commissaires européens, fonctionnaires et eurodéputés britanniques doivent être mis en réserve car ils ne peuvent plus exercer leurs fonctions. Il serait insupportable que des élus ou fonctionnaires britanniques s’expriment ou prennent des décisions sur des sujets qui ne les concernent plus. Par ailleurs, le Royaume Uni ne doit pas présider l’Union, comme cela est prévu, au deuxième semestre 2017. Cela peut paraître évident. Mais comme rien n’est prévu précisément pour organiser la sortie d’un Etat membre de l’Union, autant le rappeler.

Faut-il permettre aux britanniques de continuer à avoir accès au marché unique ?  

S’ils veulent accéder au marché unique, ils doivent en payer le prix et contribuer au budget européen qui garantit le bon fonctionnement de ce marché. C’est le cas de la Norvège, qui ne fait pas partie de l’Union mais accède à son marché en contribuant au budget. Mais sans avoir son mot à dire sur son utilisation. En sortant, les Britanniques se privent de participer aux décisions de l’Europe. Et s’ils veulent bénéficier de ses avantages, ils doivent en payer le prix.

Face à la finance britannique, comment l’Union Européenne doit-elle réagir ?

Elle doit remettre en cause le « passeport européen » dont bénéficient les banques d’outre-manche, qui leur permet d’avoir une activité dans tous les pays de l’Union à partir de leur siège. Les britanniques ne doivent pas pouvoir jouer au passager clandestin, en intervenant dans le marché des services financiers sans être obligé de respecter toutes les régulations que les Européens s’imposent. Par ailleurs, les membres de la zone euro doivent absolument récupérer les chambres de compensation, ces organismes traitant les transactions financières en euros et basés à Londres. A la clé, il y a des dizaines de milliards d’euros à récupérer.

Vous incitez la France et l’Allemagne à relancer la construction de la zone euro. Peut-on y croire ?

Il faut espérer que cet épisode renforce le couple franco-allemand, qui en a bien besoin, en renouant la confiance entre les deux pays. Les Allemands reprochent aux Français de ne pas faire les réformes et les Français reprochent aux Allemands de ne pas être solidaires pour relancer l’économie de la zone euro. Les deux pays doivent absolument prendre des initiatives, qui renforcent la zone euro, par exemple en allant au bout de l’Union Bancaire, et profitent aux populations, comme l’assurance chômage européenne, préconisée par Jean Tirole, le prix Nobel d’Economie. C’est la seule façon de sortir de cette crise par le haut et de relancer le projet européen.


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Photo de Une : AFP PHOTO / POOL / ROB STOTHARD

 

 

 


 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

7 thoughts to “Brexit: « il ne faut pas faire de cadeau aux Britanniques »”

  1. Je trouve proprement ahurissant ces spécialistes de la leçon de démocratie qui vomissent leur fiel et leur soif de vengeance à l’encontre du peuple britannique qui n’a pas voté dans le « bon sens »…. les mêmes qui si le résultat avait été inversé nous auraient bassiné avec la leçon de démocratie donnée par l’UK…etc !

  2. Ce Bigorgne ignore-t-il que la décision politique du Brexit appartient à la Chambre, et que tant qu’elle ne s’est pas prononcée, les choses demeurent en l’état sans possibilité d’y rien changer, à quelque niveau que ce soit. Ainsi de la marche de l’histoire telle que les Commissaires l’ont ordonnée, cul par dessus tête, et pied de nez compris, puisqu’il faut découvrir cette désastreuse anatomie européenne dans l’accident de parcours, juste avant la table d’opération…ou le marbre propre à son autopsie ! La glose va bon train, et l’Europe se gangrène avant d’agoniser. Enfin !

  3. l faut déterrer Jean Monnet.
    Que gagne la France à être dans l’ue : elle devient le philanthrope attitré du Portugal, de L’Espagne, des roms d’Europe et du tiers monde, Dans quel(s) but() ?
    Elle gagne une place et est devenue le deuxième contributeur net de l’ue à son tour. Plus près de toi mon Dieu.

  4. Je m’apprêtais à « mettre mon grain de sel » mais face aux arguments de certains je constate que je suis un piètre analyste et politologue.
    Néanmoins j’aurais tendance à dire ou écrire ceci: Commençons par balayer devant notre porte avant de donner des consignes aux autres: »il faut!!!!y’a qu’à » en cela oui les français sont exemplaires.
    Chacun a son point de vue sur cet IMMENSE AVANTAGE que nous apporte l’Europe; oui on voit b ien à quoi cela nous a conduit. Et comme l’écrit très justement notre ami Suricate, regardons la lorgnette telle qu’il le faut.
    Moi également je dis vive le Brexit.

  5. Bonjour: Appelons un chat, un chat .Alors parlons bien Français. C’est le BORDEL et ça ne fait que commencer .
    Néanmoins, Tâchons de rester positifs

  6. Pas d’accord sur ces mises en garde ! Surtout lorsque l’on sait que la compagne du « brillant » Laurent Bigorgne n’est autre que Véronique Bolhuis. Le mouvement de Macron « EN MARCHE !  » est intimement lié à l’Institut Montaigne …mais oui puisqu’il est domicilié chez le Directeur de l’Institut Montaigne, soit chez Mme Véronique Bolhuis et Mr. Bigorgne qui vivent ensemble…

    Alors rien de bien surprenant à ce que l’on dresse un tel profil sur la sortie de l’U.E. du Royaume Uni et des conséquences qu’elle risque d’ engendrer !

    Macron ami proche de Bigorgne et de Bolhuis était CONTRE le BREXIT !

    Bon Dimanche à tous et ? et VIVE le BREXIT !

  7. Les britanniques qui, à leur demande, ont toujours bénéficié de réductions financières invoquant leur particularité insulaire, seront intraitables dans la négociations de leur sortie et vous le constaterez, les technocrates européens céderont à leur chantage comme c’était le cas d’habitude. On observe déjà des déclarations modérées du côté de Bruxelles comme pour apaiser la situation et rendre presque victimes ces « déserteurs » pragmatiques. Et je suis persuadé que nos amis américains jubilent en voyant cette Europe qui petit-à-petit , perd de superbe au plan du respect international. C’est le moment de rebondir et justement de ne pas hésiter à se débarrasser des pays qui veulent suivre l’exemple anglais.

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