Brexit nucléaire ?

Paul Quilès, le 26 juin 2016

Le blog de Paul Quilès


De nombreuses questions restent et resteront en suspens. A moins que… //RO


 


Beaucoup a été dit, écrit, commenté à propos de la décision de la majorité du peuple britannique de quitter l’Union Européenne. Il est par contre étrange que l’impact de cet évènement sur la force nucléaire de la Grande Bretagne n’ait pas encore été évoqué.

 

J’ai de la peine à imaginer que le Premier ministre David Cameron, instigateur imprudent du référendum, n’ait pas réfléchi à toutes les conséquences en série de ce vote négatif. C’est ainsi que l’indépendance de l’Ecosse, clairement revendiquée par la première ministre de l’Ecosse, Nicola Sturgeon (« le peuple écossais voit son avenir dans le cadre de l’Union européenne »), ne semble pas une hypothèse fantaisiste. En effet, dans le nouveau contexte, tout porte à croire que les Ecossais, qui ont voté non en septembre 2014 lors du premier référendum par peur d’une récession économique en cas d’indépendance, feront le choix contraire pour intégrer le marché économique européen.

 

Les Britanniques seraient alors dans l’obligation, dans les années qui suivront, derapatrier leur arsenal nucléaire, actuellement basé à Faslane, à 40 Km de Glasgow. Le problème pour eux  est qu’ils ne disposent d’aucune base sous-marine nucléaire « de rechange ». Pour construire une telle base, il leur faudrait investir plusieurs dizaines de milliards de livres dans des travaux d’infrastructure. Le poids de ces dépenses, qui s’ajouteraient au programme de modernisation des armements nucléaires, estimé à 41 milliards de livres, serait insupportable pour le budget britannique.

 

Il n’est pas impossible, dans ces conditions, que se dégage une majorité politique en Grande Bretagne choisissant l’abandon progressif de l’arsenal nucléaire. Cette voie, qui ferait disparaître le pays de la scène des puissances nucléaires, lui permettrait de retrouver un certain prestige international.

 

Mais cet évènement pourrait également avoir une influence sur la posture nucléaire de la France, une France qui s’accroche au concept de dissuasion et envisage une modernisation coûteuse de ses forces nucléaires. De très nombreuses décisions doivent être prises en ce sens dans les prochaines années. Il est certain qu’une diminution – voire un arrêt – de la dissuasion nucléaire britannique aurait un triple impact sur la force de frappe française :

 

– impact budgétaire : la remise en cause du traité de coopération sur le programme de simulation des essais nucléaires (projet Epure, Traité de Lancaster House) entraînerait une nouvelle augmentation du coût et un net ralentissement de ce programme, qui a pour but de moderniser les futures ogives nucléaires.


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Paul Quilès
Ancien ministre de la défense
Président d’IDN

 

 


 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

6 thoughts to “Brexit nucléaire ?”

  1. C’est marrant, lors de sa première tentative d’indépendance (avortée) l’Union Européenne avait prévenu l’Ecosse qu’il lui serait difficile voir impossible de rallier l’Union. Aujourd’hui, pour emm..der l’Angleterre, on lui fait miroiter le contraire ptétextant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Quid de la Catalogne, du Pays Basque, d’une scission de la Belgique ? Attention danger !

  2. Bonjour,

    Moktar, je crois qu’il faut comprendre que beaucoup d’hommes et de femmes politiques acceptent l’élection au suffrage universel comme moyen de légitimer certaines actions opérées par le(ur) gouvernement.
    En revanche, il arrive souvent, soit pour des raisons de politique extérieur ( géopolitique & diplomatie ) soit pour des raisons de politique intérieur ( gestion des courants au sein de leur propre partie ou des alliances avec d’autres ou des batons dans les roues qu’ils cherchent à mettre dans les parties opposés aux leurs ), il arrive souvent qu’ils aient envie de faire des choses pour lesquelles ils n’ont pas été élu; en générale, le référundum vient naturellement pour remédier à ça: demander au peuple de dire s’il est d’accord ou non.
    Et c’est là que l’abus de pouvoir commence à poindre son nez: parce que le président se dit élu au suffrage universel, alors il se dit, ou se pense ( souvent les deux ), en osmose avec son peuple et donc il peut se dispenser d’un référundum quant à un sujet non discuter lors de la campagne d’élection.
    Référundum dans ce cas est à double trachant car en plus de potentiellement voir le peuple refuser ce que le président veut, cela peut aussi signifier que le président n’est plus suivi par le peuple.

    Voilà, c’est ce dernier point qui fait du référundum un truc jolie mais dangeureux, du moins pour un gouvernement mais pas que; lorsque le peuple est bien divisé, comme en France, un référundum signifie également montrer les divisions du peuple à lui même, donc potentiellement renforcer ses divisions. Mais là ce sont les psychologues de l’état qui croassent en coeur … ça justifie leur utilité … bref.

    Je crois, et cela n’engage que moi, que le référundum est un outil qui doit s’inscrire dans le rythme de gestion d’une « mendature ». Je crois qu’à la différence de presque tous, et comme vous, je crois qu’il est utile et devrait être plus souvent utilisé. Celui qui a peur des désaccords, avec son peuple, n’a pas l’étoffe d’un Homme d’état, car respecter son peuple c’est aussi être sur certains sujets en désaccord, c’est donc vouloir pendant toute la durée du mandat vouloir expliquer convaincre et guider.
    Je ne connais aucun marin qui n’ai jamais eu des vents contraires lors d’une traversée, c’est normal, c’est naturel, c’est humain, d’autant lorsque l’on gouverne 70M de personnes ce qui signifie une myriade de courants de pensée différents et donc une myriade de solutions potentiellment souhaitées et parfois souhaitable.


    Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé
    et
    le courage de changer ce qui peut l’être
    mais aussi
    la sagesse de distinguer l’un de l’autre.

    Marc Aurèle.

    Cordialement,
    Aldo M.

  3. Le president d’IDN a la légitimité pour evoquer cet aspect du brexit,cependant l’efficacité de la defense nucléaire de la GB depend des etats unis qui auront sans doute d’autres solutions
    La suppression de l’arme nucléaire au moment ou beaucoup de pays la convoitent?
    Ce n’est pas tres responsable venant d’un ancien ministre de la defense français.
    La supposée paix en Europe est elle venue de l’Europe ou de la dissuasion nucléaire?

  4. Je ne retiens qu’une phrase de P.Q. » j’a peine à imaginer que le 1er Ministre instigateur IMPRUDENT du référendum….etc…etc..
    Est-ce à dire que les peuples ne puissent disposer d’eux-mêmes et que seule une poignée d’hommes, souvent irresponsables, doivent faire leur salade entre eux????
    Le référendum est la seule vraie expression du Peuple. Pourquoi la museler?

  5. Mis à part le prêt aux britanniques des installations de mise au point des têtes nucléaires pour éviter les essais, nous n’avons à ma connaissance aucun accord avec eux sur les problèmes nucléaires. L’Ecosse a voté il n’y a pas bien longtemps sur la question d’une séparation avec Londres, le résultat a été négatif et je ne vois pas pourquoi il y aurait sur ce sujet un autre référendum.

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