Brighelli – Laïcité : les nouveaux révisionnistes

Par Jean-Paul Brighelli, le

Le Point.fr

 

 

Faudra-t-il réécrire l’histoire ? interroge Brighelli. Autant dire la lisser, l’adapter, l’inventer pour que « les jeunes musulmans ne se sentent pas stigmatisés à cause des manuels scolaires. » Poursuivons la destruction de notre société pour faire plaisir aux « insupportables »… //RO

 

 

Selon deux sociologues, les jeunes musulmans se sentent stigmatisés à cause des manuels scolaires. Faudra-t-il réécrire l’histoire ? interroge Brighelli.

Il y a peu, je m’émerveillais des délires d’un sociologue accusant la laïcité française des dérives islamistes. Je n’avais encore rien vu ni rien lu. François Durpaire et Béatrice Mabilon-Bonfils, spécialistes es sciences de l’éducation, exposent dans Fatima moins bien notée que Marianne (éditions de l’Aube) la cause profonde de la non-intégration des jeunes déséquilibrés : la faute aux profs, bien entendu, et particulièrement aux manuels d’histoire, qui stigmatiseraient l’islam en l’associant systématiquement à la violence et au terrorisme. On trouvera ici une analyse pertinente de l’ouvrage, et les réactions indignées ou ironiques des enseignants.

Nos pédagogues veulent-ils que l’on mente ?

Les programmes du second cycle traitent de la question coloniale (et de la décolonisation), une belle occasion de faire dans la repentance. Mais ils traitent aussi du monde moderne, des attentats du World Trade Center, de la montée de l’intolérance, des diverses guerres du Moyen-Orient et d’Afrique depuis la Libération, et même de l’actualité récente : atrocités, attentats, guerres inlassables, attentats, dictatures diverses, enlèvements, tueries, attentats, mouvements insurrectionnels fondamentalistes, wahhabisme, attentats, soumission forcée des femmes, menées salafistes partout dans le monde, attentats, attentats, attentats. Ainsi va l’islam moderne dans sa version dure. Nous n’y pouvons rien. So it goes, comme dit Kurt Vonnegut dans Abattoir 5.

À noter que les programmes de seconde parlent de la chrétienté médiévale (l’Inquisition, les croisades), ce qui pourrait heurter les catholiques. Qu’il est aussi question, plus tard, du génocide arménien, ce qui ne doit pas faire plaisir aux Turcs. Ou du fascisme, ce qui pourrait contrister les Italiens, et du nazisme, ce qui fleure bon l’anti-pangermanisme… So it goes : l’enseignement de l’histoire n’a pas été conçu pour faire plaisir aux uns et aux autres – ni à nous-mêmes. Mais peut-être nos pédagogues voudraient-ils que l’on mente ? Que l’on réécrive les manuels comme les Japonais l’ont fait récemment ? Révisionnisme, quand tu nous tiens…

Ou que l’on écrive que Darwin n’est qu’une hypothèse, face à l’autre hypothèse de la création divine… Ou que l’on accepte la demande des intégristes qui veulent des horaires de piscine spécifiques pour leurs femmes, avec un personnel féminin – comme à Mantes-la-Jolie… Les autorités locales ont repoussé cette prétention exorbitante – jusqu’à quand ?

Une « laïcité d’inclusion »

Les deux auteurs, il y a tout juste un an, juste avant que commence le cycle infernal des tueries parisiennes et des agressions dans tout le pays (et encore lundi à Marseille, où un tout jeune homme a agressé à la machette un enseignant juif, ce qui fait suite à une agression similaire, il y a un mois), avaient identifié le responsable du « malaise » ressenti, paraît-il, par les jeunes musulmans français, une excuse par avance, un dédouanement a priori. Dans La Fin de l’école (PUF, 2014), ils mettaient en cause l’absence de culture informatique, panacée universelle, comme nous l’avons déjà souligné. Cela avait permis à Mabilon-Monfils, qui a devant elle une belle carrière de conseiller du ministre, de proférer quelques grandes inconvenances sur l’école « ouverte », dont elle fait la promotion.

Aujourd’hui, elle et son co-auteur dénoncent la vision négative propagée par des manuels, qui, conformément au programme, traitent du terrorisme islamique sous toutes ses formes. L’histoire est un produit dangereux – et d’ailleurs, nombre d’enseignants, parce qu’ils connaissent leur métier, savent utiliser les manuels – et même ne pas les utiliser. Peut-être pourrait-on leur faire confiance – même si le politiquement correct montre çà et là le bout de son nez ?

Qu’un philosophe, Raphaël Logier, enseignant par ailleurs à l’IEP d’Aix, dans cette belle région Paca qui vote à 40 % pour le FN, ce qui doit bien signifier quelque chose, paraisse approuver les conclusions des deux olibrius est inquiétant. La « laïcité d’inclusion » proposée par Durpaire et Mabilon-Bonfils lui paraît une bonne idée – alors même que chacun sait, comme je l’ai expliqué dans Voltaire ou le djihadet dans Liberté Égalité Laïcité, que tout ajout à « laïcité », « aménagée », « ouverte » ou « inclusive », réduit le mot et son idée, tout comme un adverbe ajouté à « je t’aime », « bien » ou « beaucoup », réduit la formule magique de l’amour.

 

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Photo de Une : Les auteurs entendent démontrer que dans les manuels d’histoire, le terme islam est associé quasi systématiquement au terrorisme. Faudra-t-il réécrire l’histoire ? s’interroge Brighelli. © DR

 

 

 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

2 thoughts to “Brighelli – Laïcité : les nouveaux révisionnistes”

  1. Pour ceux qui n’ont pas peur d’attraper une « diarrhée mentale  » je leur conseille de lire :

    « La Laïcité au quotidien  » ( guide pratique )

    Co-écrit par :
    régis Debray
    et Didier Leschi

    Je n’ai jamais lu un torchon pareil ,

    plein de sous entendu, de contre vérité, de déformation et falsification . Tout ce qui peut « gêner » une certaine  » communauté  » est y bien sûr  » effacé », ou passé sous silence .

    On n’en parle pas donc cela n’existe pas .

    Bouquin surtout très cathophobe

    Et pourtant je ne suis absolument pas une  » grenouille de bénitier « .

    Je suis surtout très intolérant, et cela viscéralement ,à toute forme d’injustice .

  2. Très exact, la réécriture de l’histoire est en cours et même déjà effective. Il se trouve des élèves pour prétendre que la France d’après-guerre a été reconstruite par les gens de l’immigration d’AFN qui pourtant ne sont arrivés que dans les années 60, ou même des leçons expliquant que la France a été libérée par des soldats de ses anciennes colonies, alors même que ces faits d’armes sont sporadiques et montés en épingle pour plaire aux communautaristes. Oui Durepaire est dangereux.

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