Budget de la défense : ce n’est pas l’apocalypse, mais ce n’est pas le Pérou

Le Point.fr – Publié le  – Modifié le 

Le président a tranché : les armées ne seront pas soumises au hachoir budgétaire de Bercy. Pour autant, des années très difficiles s’annoncent.

hollande-drian-jpg-1253197-jpg_1128661.JPG.jpg
Le président a retenu la hache de Bercy. Les armées respirent. © © Chesnot/Sipa

À la une du Point.fr

Les armées vont devoir à nouveau passer par une sévère cure d’austérité. Alors même qu’elles n’ont toujours pas digéré la réforme en cours (celle de la création des bases de défense et de la perte de 54 000 postes budgétaires), leurs moyens humains et matériels vont être à nouveau revus à la baisse. Sans doute, lors de son intervention télévisée du 28 mars, François Hollande a-t-il rejeté l' »hypothèse Z » que prônait Bercy et qui aurait provoqué l' »apocalypse budgétaire » que nous évoquions ici le 13 mars dernier. Mais s’il a finalement retenu l' »hypothèse Y » dont le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian avait fait une ligne rouge, François Hollande n’a pas pour autant ouvert une ère de félicité pour les armées. Le chef des armées s’est contenté de préciser le cadre général, sans donner aucun détail. Ces derniers seront précisés par François Hollande au cours de trois conseils de défense qui se tiendront, selon nos informations, dans la prochaine quinzaine : un conseil sera spécifiquement consacré aux armes nucléaires, un deuxième aux matériels classiques et le troisième et dernier, le 10 avril selon la date actuellement retenue, entérinera l’ensemble du dispositif et validera l’ultime mouture du Livre blanc.

Bijoux de famille

Rappelons qu’au départ, le ministère de la Défense réclamait 177 milliards d’euros pour le budget militaire des années 2014 à 2019. Soit 29,5 milliards d’euros par an. À cette somme se seraient ajoutés – toujours du point de vue du ministère – d’abord d’inflation, puis 4,5 milliards d’euros de recettes exceptionnelles. L’inflation se monte bon an mal an à environ 2 % par an. Et les recettes exceptionnelles proviennent de la vente de « bijoux de famille » patrimoniaux. Elles sont difficiles à évaluer, et encore plus à réaliser. Le ministère de la Défense peut encore vendre des biens immobiliers, tout comme il espère vendre de nouvelles fréquences radio-électriques, mais rien n’est garanti de ce point de vue.

Sur cette question budgétaire, rappelons ce que François Hollande a déclaré lors de son entretien avec David Pujadas :

« Nous dépenserons en 2014 exactement le même montant qu’en 2013. Nous avons été bien défendus en 2013, nous serons bien défendus en 2014.

– Et ensuite ?

– Et ainsi, ce sera la même somme qui sera donc affectée à l’outil de défense.

– Pour la loi de programmation en 2014-2020 ?

– Pour la loi de programmation…, ce sera la même chose, 2019, ce sera la même chose. »

Regardons les choses d’un peu plus près…

Sérieuses réductions

L’accord entre tous les partenaires de la discussion, à savoir l’Élysée, la Défense, Bercy et Matignon, qui penchait pour le point de vue des finances, est le suivant : en 2014 et en 2015, le budget de la Défense sera maintenu à son niveau de 2013, soit 31,4 milliards d’euros. Ce maintien s’entend en valeur, c’est-à-dire sans l’inflation. À supposer que l’inflation soit la même durant cette période qu’en 2012 (2 %), cela revient à baisser le budget de la défense d’autant en 2014, puis encore de 2 % en 2015. Les budgets 2016 et 2017, les deux derniers qui seront votés durant le quinquennat de François Hollande, seront un peu moins sévères, puisqu’ils seront abondés de l’inflation. Mais sur quelles bases ? Le budget 2013 ou le budget 2015 ? Quant aux deux derniers budgets de la loi de programmation militaire 2014-2020 qui sera discutée à la fin de cette année, ils feraient l’objet d’un engagement de François Hollande : ce serait toujours le même budget, augmenté de l’inflation, plus 1 %. Mais cet horizon est trop lointain pour que quelque garantie que ce soit puisse être valide !

Bras de fer

Dans l’éternel conflit entre Bercy et la Défense, les armées craignaient d’être défaites en rase campagne. Cela n’a pas été le cas, mais le scénario retenu par François Hollande n’est pas non plus une victoire. De même que les restrictions et incertitudes multiples entourant ses engagements ne permettent pas – jusqu’à plus ample information – de prétendre que le budget de la défense serait aujourd’hui « sanctuarisé » au même titre que ceux de l’éducation ou de la sécurité intérieure. Toujours est-il que dans l’entourage du ministre de la Défense, on pousse un (gros) soupir de soulagement : « Le pouvoir d’achat des armées va baisser, mais sans que cela provoque la casse des armées ou celle de l’industrie de défense. Mais il est vrai que les années 2014 et 2015 vont être difficiles ! »

Le Drian « sera intraitable »

Pour autant, le boulet n’est pas passé loin et le soulagement domine dans l’entourage du ministre de la Défense. Dans les armées, où l’hypothèse finalement retenue était qualifiée de « scénario de survie », on va maintenant se battre pied à pied pour préserver un outil de défense qui sortira fortement réduit de la lessiveuse budgétaire. Les effectifs vont devoir être réduits d’une trentaine de milliers d’hommes et les programmes industriels vont fortement souffrir. Un cadre du ministère ayant le sens de la formule précise : « Ce n’est pas parce qu’on a évité le pire budgétaire que nous n’aurons pas à faire les pires efforts. » Et qu’on ne compte pas sur Le Drian, poursuit-il, pour céder aux groupes de pression : « Sa rondeur n’est qu’apparente. Quand il faudra trancher, il sera intraitable. »

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.