Burkina Faso : révolte au « paradis des espions »

Par Vadim Fersovitch le 08 novembre 2014

La Voix de la Russie

 

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Personne n’a été étonné par le fait que les militaires aient pris sous leur contrôle la situation dans la capitale de Burkina Faso, Ouagadougou, après les révoltes qui ont secoué cette ville.

Ce n’est pas une première révolte dans ce pays, et le président Blaise Compraoré n’a pas vraiment mérité la prolongation de son mandat. Il est arrivé au pouvoir après un coup d’Etat, lors duquel son prédécesseur a été assassiné. C’était « l’ami et l’allié » Thomas Sankara, connu comme « le Che Guevara africain ». Contrairement à Sankara, en 27 ans de gouvernement, l’ancien communiste Compraoré n’a rien fait de bon pour son pays. Le Burkina reste l’un des pays les plus pauvres d’Afrique. Rien d’étonnant donc que les tentatives de s’opposer à son régime furent nombreuses. Depuis 1999, six tentatives de renverser son régime ont été entreprises, et la dernière a eu lieu en 2011.

Mais il y a d’autres aspects qui faisaient de Compraoré un leader populaire. Il est l’un des alliés principaux de la France dans cette région d’Afrique. Il a affirmé à un moment que l’une des raisons de la chute de Sankara fut le fait qu’il « remettait en question les relations internationales avec la France ». Et il soutenait non seulement des initiatives officielles de Paris.

Outre le fait que le pays a toujours été considéré comme le centre de collecte d’informations dans la région, le Burkina Faso accueillait aussi des forces de l’ordre spécifiques de l’ancienne métropole. Les journalistes locaux affirment que depuis 2007, l’Etat-major des forces spéciales Sabre, le Commandement des Opérations Spéciales (COS) se base à Ouagadougou. Officiellement, « l’opération Sabre » qui avait pour mission de libérer les otages français, a été annoncée en 2012. Mais avant le début des opérations, le groupe GFS effectuait des opérations actives en Mauritanie, au Niger et sans aucun doute, au Mali. En outre, les journalistes du quotidien Le Figaro ont pu découvrir que la France augmentait constamment en cachette depuis 2010 son arsenal militaire dans cette région.

A partir du 1er août dernier, l’opération Barkhane a remplacé les quatre opérations militaires de la France dans la région : Licorne (2002), Épervier (au Tchad depuis 1986), Sabre (au Burkina Faso depuis 2012) et Serval (au Mali depuis 2013). La consolidation des forces de Paris dans la région est liée, outre la garantie de sécurité pour les livraisons d’hydrocarbures et la lutte contre les groupes terroristes, aux efforts de contenir la menace venant du Sud de la Libye et la lutte contre « l’imposition » financière et commerciale de la Chine sur le continent africain. Jean-Pierre Palasset, un général expérimenté, est aux commandes de cette nouvelle organisation. Sous sa direction se trouvent jusqu’à 3000 soldats dispersés dans la région qui s’étale de Djibouti à l’Est aux navires au large de la côte du golfe de Guinée à l’Ouest.

Des maillons importants du nouveau réseau se situent respectivement dans les capitales du Tchad, du Niger et du Burkina Faso, où est resté le groupe de forces armées spéciales, comme cela était le cas auparavant.

En outre, en juin 2012, le quotidien Washington Post parlait du fait qu’un important « nœud du réseau d’espions américains en Afrique » se trouve à Ougadougou. Des avions et des drones américains se trouvent à l’aéroport de la capitale du Burkina pour réaliser le programme d’observation Creek Sand. Leur mission est l’exploration de vastes zones dans un rayon de plusieurs centaines de kilomètres.

A première vue, avec de tels alliés, le projet du président français François Hollande n’est pas si difficile à réaliser. Hollande en a parlé en été, affirmant que la réorganisation permettrait de « réagir rapidement à la crise… Au lieu des bases « anticrise » encombrantes et difficiles à utiliser, nous préférons d’avoir des structures qu’il est difficile d’utiliser pour des interventions rapides et efficaces ».

Mais trois mois plus tard, la crise est survenue dans cette zone clé du système de réaction rapide. Difficile de comprendre pourquoi « une intervention rapide et efficace n’a pas suivi ». La révolution, l’insurrection et la rébellion, c’est une affaire intérieure de chaque pays. Ce qui étonne cependant, c’est la raison pour laquelle « le nid d’espions » n’a pas vu venir la crise qui se déroulait sous son nez.

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Photo : © Photo: AP/Theo Renaut

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.