Catalogne – nier la réalité ne la change pas

Par Stratediplo, le 06 octobre 2017

Le Colonel

 

 

« La France, premier voisin et partenaire économique de la Catalogne, dont le gouvernement avait pourtant été alerté dès sa formation en mai, aura laissé passer une occasion de restaurer la pertinence de sa diplomatie, et de réactiver au passage les lignes directrices pour la reconnaissance de nouveaux Etats, définies par la CEE en décembre 1991 puis piétinées par l’Allemagne. Informer la diplomatie française de ce qui allait se passer était l’objet du rapport la Neuvième Frontière (www.lulu.com/fr/shop/stratediplo/la-neuvième-frontière/paperback/product-23271364.html), qui restera le livre de chevet des diplomates étrangers envoyés à Barcelone l’année prochaine. »

 

 

© Logo by Pierre Duriot

 

 

A quelques dizaines d’heures de la déclaration d’indépendance de la Catalogne, le gouvernement espagnol continue de nier la réalité.
 
Dimanche 1er octobre au soir, le premier ministre Mariano Rajoy a solennellement déclaré que, comme il l’avait annoncé, aucun referendum n’avait eu lieu en Catalogne.
 
Au même moment explosait une crise interne (toujours en cours) à la télévision publique espagnole, qui venait de réaliser que toute l’Espagne avait suivi l’actualité du jour sur les chaînes privées voire étrangères car la TVE n’avait prévu aucune couverture, envoyé aucun journaliste supplémentaire (hormis ses correspondants locaux déjà présents) et pris contact avec aucun commentateur potentiel, pour avoir totalement cru à la propagande gouvernementale selon laquelle il ne se passerait rien de spécial en Catalogne ce jour-là. Et lundi matin, au moment où la presse étrangère et notamment européenne titrait en première page sur les « violences » (très relatives) policières en Espagne, la population espagnole hors de Catalogne n’était pas remise de sa surprise, et les journaux madrilènes exprimaient choc, stupeur et pour certains encore incrédulité. L’omertà avait réellement fonctionné, l’Espagne ne « croyait pas » que le gouvernement catalan ferait ce qu’il avait annoncé depuis des mois, et qu’on passait sous silence et commentaires à Madrid. Il faudra garder les titres des journaux espagnols de ce lundi 2 octobre pour se rappeler comment toute la presse d’un pays peut se condamner à la surprise pour avoir systématiquement nié la réalité.
 
Pour sa part le monde politique espagnol n’a pas encore réalisé l’irréversibilité du processus de sécession catalan. Après le discours victorieux et mensonger du premier ministre dimanche soir (« le referendum n’a pas eu lieu »), le roi Felipe VI a mis deux jours pour prendre exceptionnellement la parole, mardi soir, afin de rappeler le gouvernement catalan à la légalité mais aussi d’enjoindre le premier ministre espagnol à empêcher la sécession, sans lui dire comment. Dès lundi le gouvernement espagnol a prétendu travailler sur la mise en application, en dernière extrémité, obligé et contre sa volonté, de l’article 155 de la constitution, et mardi tout le monde politique espagnol s’emparait de cette arme, sauf les quelques personnalités qui demandent déjà la démission du premier ministre, comme si une vacance gouvernementale ou un nouveau titulaire pourraient faire mieux.
 
Cela fait pourtant déjà plusieurs mois que le constitutionnaliste Jorge de Esteban a montré que les délais nécessaires à la mise en oeuvre de cet article 155 étaients passés, comme Stratediplo l’écrivait dans la Neuvième Frontière… en juillet. En effet il s’agit d’un processus complexe et itératif d’abord entre le gouvernement central et le sénat, mais aussi ensuite entre le sénat et le gouvernement autonome provincial considéré, avec questions, comparutions, demandes d’explications, citations d’autorités, d’experts et de tout parlementaire ou parti politique intéressé au processus, sans aucune date-butoir. Surtout, il faut rappeler que si le premier alinea de l’article 155 évoque qu’avec l’approbation du sénat le gouvernement « pourra adopter les mesures nécessaires pour obliger [la communauté autonome désobéissante] à l’accomplissement forcé desdites obligations« , le deuxième alinea précise que pour l’exécution de ces mesures « le gouvernement pourra donner des instructions à toutes les autorités des communautés autonomes« . Aucun article de la constitution ne prévoit la suspension de l’autonomie provinciale ou le remplacement de son gouvernement, et l’article 155 aussi rarement lu que souvent invoqué cette année prévoit simplement que le gouvernement national donne directement des instructions aux autorités provinciales, comme on a essayé de le faire envers la police catalane il y a dix jours, sans l’autorisation sénatoriale… et en vain.
 
Le gouvernement espagnol n’explique pas ce qui lui fait croire (ou le prétendre) à une soudaine future obéissance des autorités catalanes qui désobéissent formellement depuis deux ans, qui ont magistralement défié son autorité dimanche et obtenu une (relative) légitimation dans les urnes de leur désobéissance, et qui bien au-delà de la sédition manifeste dont elles n’ont toujours pas été inculpées annoncent maintenant la sécession, c’est-à-dire l’atteinte à l’unité du pays. Des membres du gouvernement catalan précédent ont été condamnés à deux ans d’inéligibilité en Espagne et cela n’a pas vraiment dissuadé leurs successeurs. La dictée d’ordres directs par le gouvernement central au gouvernement catalan ou à certains de ses services peut-elle produire un effet ? Le fait que ces rappels à l’ordre ou ces instructions directes auraient désormais l’approbation du sénat (chambre des communautés autonomes) est-il susceptible d’emporter une meilleure adhésion du gouvernement catalan ? Existe-t-il un moyen de coercition envers la Généralité, autre que les menaces de (longues) procédures judiciaires envers ses membres en vue de leur condamnation à l’inéligibilité, à l’inhabilitation, ou à l’emprisonnement pour malversation de fonds voire sédition ? Non, même si le gouvernement arrivait à mettre en oeuvre d’ici dimanche l’article 155 l’autorisant à donner des ordres directs à la Généralité, cela ne lui donnerait aucun moyen concret supplémentaire pour se faire obéir.
 
On l’a déjà expliqué, seule la mise en oeuvre de l’article 116 de la constitution, quatrième alinea, à savoir la proclamation de l’état de siège tel qu’il est détaillé par la loi organique 4/1981 permettrait, en l’impossibilité constitutionnelle de dissoudre le gouvernement catalan, de transférer certains de ses pouvoirs à une autorité militaire. Pour la décision, cela ne nécessite au niveau politique que l’accord de la majorité absolue au parlement (congrès des députés), qu’en dépit des chamailleries démagogiques actuelles on espère acquis à la défense de l’unité territoriale et de l’ordre constitutionnel, mais pour l’imposition sur le terrain cela exige bien plus que les 4000 renforts de police initialement envoyés jusqu’à ce jour 5 octobre et bien sûr prorrogés jusqu’à nouvel ordre.
 
Le parlement catalan proclamera très certainement l’indépendance en session plénière, lundi prochain 9 octobre.

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

5 thoughts to “Catalogne – nier la réalité ne la change pas”

  1. @ julius

    A part l’insulte dans la bouche qu’avez-vous ?????

    certainement rien dans le pantalon

    Aussi je vais y répondre à votre post d’insulte .

    Vous dites que je n’ai pas de couilles , mais vous vous devez les avoir au cul à force de vous faire sodomiser , vous devez même en jouir .

    Vous savez , la vaseline il paraît que cela soulage les hémorroïdes

    Don très sincèrement je pense que c’est vous qui avez l’habitude de vous faire enculer
    Vous croyez en votre pays (en MON PAYS) j’y crois certainement plus que vous

    Vous croyez en la nation Française ???? je ne pense pas que ce soit autant que moi

    Vous parlez de corsaire, je préfère de loin le pirate

    Le contributeur de nos malheurs je pense que se sont des comme vous qui n’ont que de la gueule et qui chialent en appelant leur mère au moindre bobo

    Votre jeunesse n’excuse pas tout.

    Vous devez être une sorte de grande gueule qui se barre , la queue ( si vous en avez une ) entre les jambes pour aller chialer dans les jupes de « maman »

    Lorsque durant 30 ans vous vous serez battu autant que moi pour le pays, pour la France , et ce sur de nombreuses OPEX et dans de multiples pays vous aurez droit à l’ouvrir .

    Lorsque vous serez , tout comme moi invalide à plus de 80% ( avec mention station debout pénible ) pour blessures reçues en service commandé , vous pourrez l’ouvrir .

    Pour l’instant je vous conseille de, et encore sucer votre pouce à défaut d’autre chose et vous refugier dans les jupes de qui vous voulez .

    Moi je n’ai plus rien à prouver , j’ai combattu pour mon pays et je me bats encore en paroles et en actes , et jamais personne n’a pu me faire fermer ma gueule , même si j’en ai payé cher le résultat
    Cordialement à vous julius
    GUIRAUD

  2. Merci. Je ne m’étais jamais intéressé à la Catalogne mais en avril l’annonce de l’achat des urnes m’a fait déduire que la Généralité irait jusqu’au bout, et peu après j’ai compris que le gouvernement français ignorerait la question donc j’ai commencé à l’étudier. Un éditeur intéressé a renoncé à réception du chapitre sur les cultures latine et ibérique, ayant de la famille madrilène… ce qui m’a renvoyé vers l’auto-édition, idéale pour l’anonymat et la liberté de plume mais très handicapante au niveau communication. Néanmoins le déroulement du processus confirme mes anticipations, aussi la Neuvième Frontière reste un état des lieux sans équivalent à la veille de la sécession. Puis l’instabilité du monde m’interpellera inévitablement sur d’autres sujets.

  3. Bonsoir,

    Guiraud, vous faites non l’éloge mais le récit, hypothétique, d’une réalité diplomatique.
    Cela n’a n’a pas de valeur. Je crois en la démocratie.

    J’ai la conviction que la France existe, qu’elle porte ds valeurs universelles, qu’elle, au travers de nous tous, à un devoir quant au monde.

    Je crois en mon pays, je crois en la nation française. Je crois en une Europe décentralisée, qui ne renie pas son histoire, se histoires, qui ne renie pas ses combats,
    j’ai foi en la fille d’une philosophie qui pardonne, j’a foi quant au fils d’une rigueur qui n’autorise point les débordements de pouvoir.

    j’ai ce que je veux ici bas, si je veux l’arabie des saoude, je les mange, sachez-le
    si je veux les states, je mange leurs grandes oreilles, sachez.

    vous avez tous oublié la signification de corsaire,
    vous vous êtes habitués à vous faire enculer par des sans-vie, des énarques,
    des sciences po; merde vous êtes, et oui mon cher Guiraud, les contributeurs de notre malheur.

    Je suis un pirate si je le veux,
    je suis un corsaire lorsque je le peux.

    Vous êtes vieux,
    et vous ne le comprenez pas. Vous n’avez ni les couilles ni la forces et encore moins la volonté de vous battre. Merde.

    Voulez)vous la même qu’en 39 = des généraux, des dirigeants, pourries, merdiques,
    Voulez)ça ?

    je hais non les faibles mais ceux qui se disent diriger alors qu’ils affaiblissent mon pays, alors qu’ils appauvrissent mon peuple.

    J’ai fondé mon service, c’est la vie, c’est l’histoire.
    Puisque les gens de biens ne semblent plus contrôler,
    alors j’ai lancé une poignée d’honnêté en ce Bas monde.

    Je suis bien trop jeune pour chialer
    la faiblesse de mon pays.

    Cordialement,
    Julius

  4. Toute politique peut être propre ou…….

    manipulée

    à lire

    L’Actualité en Israël
    Le conseiller stratégique israélien Tal Zilberstein au milieu d’une tempête politique avant les élections autrichiennes.

    By Alyaexpress-News
    Posted on 6 octobre 2017

    Un hebdomadaire autrichien a rapporté que Tal Zilberstein a été embauché par le Parti social-démocrate et a mené une campagne négative contre le candidat Sebastian Kurtz, et aurait créé de fausses pages Facebook qui ont attaqué Kurtz et l’ont accusé de xénophobie et d’antisémitisme.

    Le conseiller stratégique israélien Tal Zilberstein, est aussi au milieu d’une affaire du blanchiment d’argent du milliardaire Benny Steinmetz, est au centre de cette tempête politique avant les élections autrichiennes. Il a été libéré en août lorsqu’il a été soupçonné d’être impliqué dans l’affaire Benny Steinmetz, il y a environ deux semaines.

    Selon un hebdomadaire autrichien, Zilberstein a été embauché par le parti Hess et selon le rapport, Zilberstein a reçu 400 000 euros, et a mis en place une équipe pour publier deux pages Facebook qui ont attaqué Kurtz, qui a été congédié en août après avoir participé à l’affaire Benny Steinmetz.

    Les pages ont été appelées : ‘L’Ange de Nahariya’ et ‘La vérité sur Sébastien Kurz’ avec 16 mille membres. La page contient des images et des vidéos édictées accusant Kurtz d’ouvrir la voie à une vague d’immigrants de pays islamiques et appartenant à un «réseau politique douteux» dirigé par le sorcier hongrois et juif George Soros.

    La deuxième page prétendait être une page de soutien du candidat principal, mais il a téléchargé du contenu destiné à ternir son nom. Silberstein a été conseiller auprès des dirigeants israéliens et internationaux, dont le Premier ministre Ehud Barak et Ehud Olmert.
    Au cours des élections de 2009, Silberstein a commencé à servir de conseiller à Benjamin Netanyahu et a continué à servir de conseiller à Netanyahou, qui a été nommé Premier ministre.

    En outre, il a fondé la CEO de GCS Media Consulting. Il a été enquêté dans le cadre de l’affaire Steinmetz, qui enquête sur des soupçons de 9 millions d’euros d’infractions impliquant des pots de vin aux fonctionnaires, le blanchiment d’argent, l’absence de déclaration aux autorités fiscales et la contrefaçon.

    Les suspects qui ont travaillé ensemble systématiquement pour produire et présenter des contrats fictifs et des transactions, y compris l’immobilier dans un pays étranger, pour les transferts d’argent.

    Ils sont soupçonnés d’infractions de blanchiment d’argent, de falsification de document, d’utilisation de document falsifié, de faux enregistrement de documents d’entreprise, et d’une violation de la confiance dans la société, d’une interruption des procédures judiciaires et d’une corruption.

  5. Bonsoir,

    Stratediplo, c’est La personne à lire pour enrichir son opinion de manière précise quant à l’Espagne, je le vois avec mon entourage.
    Je ne bois pas les propos mais ils participent à m’armer, intellectuellement, quant ) mes discuter avec des amis ou autre.

    Merci mon colonel,
    merci l’inconnu stratediplo,
    parfois je suis très heureux de savoir que l’on peu, légèrement et même précisément, s’appuyer sur un regard documenté, opinioné, bref s’informer au sens large et donc pour échanger par la suite avec autrui de manière moins ignorante que je ne l’aurais fait initialement.

    Cordialement,
    Nod.

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