C’est de cette façon qu’en juillet 1962, on traita les rapatriés d’Algérie

 Le 31 juillet 2015, par NovoPress

Source : Boulevard Voltaire

 

Crédit photo : U.S. Army Signal Corps. (Library of Congress)via WikiMedias (CC)
Crédit photo : U.S. Army Signal Corps. (Library of Congress)via WikiMedias (CC)

 

Il m’apparaît comme instructif, pour les générations qui n’ont pas connu, ou mal connu, ces événements tragiques, de faire souvenir de quelle manière ont été accueillis ces Français lors de leur arrivée, par Manuel Gomez.


À rapprocher de l’attitude de nos dirigeants face aux clandestins… (NDLR)

26 juillet 1962, le maire de Marseille, le socialiste Gaston Defferre, accorde une interview au quotidien Paris-Presse l’Intransigeant. Sujet : L’arrivée massive des rapatriés d’Algérie.
53 ans plus tard, il m’apparaît comme instructif, pour les générations qui n’ont pas connu, ou mal connu, ces événements tragiques, de faire souvenir de quelle manière ont été accueillis ces Français lors de leur arrivée, contre leur gré et emportés par le vent de l’Histoire, dans leur pays, leur patrie, la France.
Le « bafouilleur marseillais », Gaston Defferre, ne se prive guère de donner son avis : «

« Ils fuient. Tant pis ! En tout cas, je ne les recevrai pas ici. D’ailleurs, nous n’avons pas de place. Rien n’est prêt. Qu’ils aillent se faire pendre où ils voudront ! En aucun cas et aucun prix je ne veux des pieds-noirs à Marseille ».

À la question “Voyez-vous une solution aux problèmes des rapatriés à Marseille ?”, il répond : “Oui, qu’ils quittent Marseille en vitesse ; qu’ils essaient de se réadapter ailleurs et tout ira pour le mieux.”
Mais Gaston Defferre n’est pas un cas isolé.
Un sondage IFOP début juillet indique que 62 % des métropolitains refusent toute idée de sacrifice à l’égard des Français d’Algérie.
Voici d’ailleurs un rapport découvert lors de l’ouverture des archives :

« Les Français d’Algérie qui débarquent en métropole font l’objet d’une froide indifférence, ou même d’appréhensions. On ne les connaît pas. On ne sait d’où ils viennent ni s’ils sont “vraiment” français. Jugés premiers responsables du conflit qui vient de se terminer et qui a coûté la vie de trop nombreux soldats métropolitains, ils ne semblent pas “mériter” que l’on porte sur eux le regard compatissant que beaucoup espèrent ».


Conseil des ministres du 18 juillet 62, Louis Joxe s’exclame : “Les pieds-noirs vont inoculer le fascisme en France. Dans beaucoup de cas, il n’est pas souhaitable qu’ils retournent en Algérie ni qu’ils s’installent en France. Il vaudrait mieux qu’ils aillent en Argentine, au Brésil ou en Australie.”
Pompidou, premier ministre, appuie cette idée : “Pourquoi ne pas demander aux Affaires étrangères de proposer des immigrants aux pays d’Amérique du Sud ou à l’Australie ? Ils représenteraient la France et la culture française.”
De Gaulle : “Mais non ! Plutôt en Nouvelle-Calédonie ! Ou bien en Guyane, qui est sous-peuplée et où on demande des défricheurs et des pionniers !”
Le 22 juillet 1962, Gaston Defferre poursuit ses anathèmes sur Paris-Presse

« Français d’Algérie, allez vous faire réadapter ailleurs. Il faut les pendre, les fusiller, les rejeter à la mer… Jamais je ne les recevrai dans ma cité. »
Dans le centre de Marseille, une inscription sur un grand panneau : « Les pieds-noirs à la mer. »

 

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

One thought to “C’est de cette façon qu’en juillet 1962, on traita les rapatriés d’Algérie”

  1. Marseillais,j’ai assisté au débarquement paniqué des pieds noirs qui arrivaient tous par cette vile.Rien ne s’est passé comme vous le dites!Certes,c’était un terrible désordre et une grande désolation!Le journal « le méridional »,très à droite et Algérie française,avait lancé un appel pour que les habitats se rendent près du port pour aider autant que possible les nouveaux arrivants.J’y suis allé avec mon meilleur ami qui avait vécu longtemps en Algérie mais pour des raisons proffessionelles de son père;nos étions tous les deux gaullistes et pour l’indépendance de l’Algérie;nous étions bien embarrassés et,sur place,n’avons pas su trop que faire mais en aucun cas:nous avons rejeté ces pieds noirs;il y avait foule pour les accueillir mais nous étions bien impuissants,la mairie ne faisant rien.Defferre,le maire socialiste, avait même dit « il faut rejeter ces fascistes à la mer »Mais le choses se sont pas trop mal passées;il y avait encore besoin de main d’oeuvre et ils ont tous trouvé un travail assez vite et souvent ont très bien réussi!u lycée Thiers où j’étais dans la meilleure classe de tout le sud-est,nous avons vu arriver du jour au lendemain 6 o7 garçons alors que nous étions déja une quarantaine,tous juifs et,en général,très brillants,piquant les meilleures places à nos propres bons élèves.Il n’y a jamais eu le moindre problème.Je me suis lié d’amitié avec tous mes autres amis avec l’un d’entre eux,sans doute un juif d’Espagne chassé au XVI)siècle et réfugié à Alger depuis ce temps.En vertu du décret Crémieux-fin XIX°-,ils avaient tous la nationalité française et loin d’être d’extrême droite,à Bal Bel Oued,fief des petites gens,ils envoyaient toujours un député communiste!
    Bien sûr la guerre avait tout changé et des idéologues militaires,les fameux Colonels Argoud,Gardes,Lacheroy et un autre dont j’ai oublié le nom,suivant la doctrine du Colonel Trinquier sur la lutte contre les guérillas,ont tenté de trouver une base de militants qu’ils n’avaient pas chez ces gens désorientés pour s’emparer du pouvoir en France ce qu’ils firent lors du putsch des Généraux mais de Gaulle comme d’habitude ne s’y trompa pas:dans un discours resté fameux ,après avoir traité les généraux « de quarteron de Généraux en retraite »,souligna que les vrais manoeuvriers étaient ces colonels.
    Bref,si politiquement la situation était très tendue-Le Pen en profita pour recruter de nombreux militants-dans la vie quotidienne,il n’y eut aucun problème,étant tous des méditerranées hâbleurs,du genre « retenez-moi ou je le tue »-tout cela n’était que paroles verbales!
    On estime à environ 100 000-plus de 10% de la population avec beaucoup de juifs- le nombre de pieds noirs qui se sont fixés à Marseille donnant un fort coup de pouce économique à la ville car ils étaient très entreprenants.
    il y eut certes quelques incidents mineurs,tous d’origine politique, et ,bien sûr,une forte tension avec les arabes déja nombreux.
    Voila,en gros ,la vérité!
    Le vrai problème fut celui des Harkis que de Gaulle,c’est vrai,n’aimait guère.On en fit des gardes forestiers regroupés dans des camps qui existent encore et la séparation n’a ,hélas, jamais été comblée vraiment!Il faut noter néanmoins la brillante réussite de pas mal de jeunes filles,certes un peu mal à l’aise car déchirées entre deux cultures;les conversions au catholicisme ne sont pas rares!Quant aux pieds noirs ,ils se sont mariés sans problème avec des marseillais,les juifs restant entre eux mais revivifiant une communauté assoupie.Dernier point curieux:ils ont fait d’un petit village en pleine rocaille,Carnoux,une petite ville à eux ,très croyante,très patriote,très attachée à leurs traditions et très vivante.
    Puis vint le catastrophique regroupement familial décidé à la légère et sans préparation;mais comme dirait Kipling « ceci est une autre histoire ».-dramatique,elle!

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