Charles Millon : « L’armée n’a pas pour vocation de remplacer l’école »

Par Eugénie Bastié publié le 19/01/2015

Le Figaro

Voilà un excellent point de vue qui ne satisfera pas les tenants d’un retour à une armée de conscription. J’en étais. Mais j’en suis revenu. Je ne suis plus totalement en accord avec leurs thèses. L’armée n’a pas vocation, aujourd’hui, à fédérer le melting-pot français, à remplacer effectivement l’école. Pas l’endroit, pas le temps, pas les finances. Et pour d’autres raisons que j’ai développées dans mon billet que vous pourrez lire ou relire ici Rétablir le Service National? Oui, pourquoi pas! Mais non…  //RO

 

 

AFP PHOTO / KENZO TRIBOUILLARD
AFP PHOTO / KENZO TRIBOUILLARD

 

Ministre de la Défense à l’époque de la suppression du service militaire obligatoire, Charles Millon analyse la possibilité du rétablissement d’un service national, prôné à l’heure actuelle par certains responsables politiques.

LE FIGARO: Lorsque vous étiez ministre de la Défense en 1997, vous étiez en charge du dossier de la réforme du service national. Vous avez prôné sa suppression, qui a eu lieu. Pourquoi?

CHARLES MILLON: Quand j’ai été nommé ministre au début, j’étais favorable à la conscription. C’est après trois mois d’études à la demande de Jacques Chirac que je me suis rendu compte que cette position était intenable, financièrement, et opérationnellement parlant. Nous sommes passés d’une armée de conscription à une armée professionnelle. Aujourd’hui, une armée de conscription serait inutile à la France pour faire face à ses engagements militaires. Ceux qui veulent être convaincus de la nécessité de cette réforme n’ont qu’à regarder toutes les opérations extérieures dans laquelle l’armée française est engagée aujourd’hui: au Mali, au Niger, contre l’État islamique en Syrie, nous avons besoin d’une armée réactive à la pointe des techniques les plus sophistiquées, qui soit capable par sa formation professionnelle et technique de répondre à une guerre de plus en plus asymétrique. La deuxième raison, c’est bien évidement le coût. A une époque où l’on parle d’une réduction des dépenses dans tous les secteurs, où ira-t-on prendre l’argent nécessaire?

Certains vantent pourtant la «mixité sociale» qu’on trouvait dans les casernes. Le service militaire ne permettait-il pas aussi de forger l’unité nationale?

A l’époque où l’on envisageait la suppression du service national, la mixité sociale avait déjà totalement disparu. Le «bas» était réformé, car 15% des jeunes étaient exemptés parce qu’ils étaient d’origine étrangère, qu’ils ne parlaient pas français, et que l’armée française n’avait pas les éducateurs pour intégrer ces jeunes. Il y avait aussi les 15% de «planqués» du haut, et les 70% autres avaient une affectation rapprochée et effectuaient un service militaire mixte entre leurs familles et la caserne. Les jeunes ne pensaient qu’à une seule chose: la quille.

L’armée n’est pas un idéal, c’est un moyen au service d’un idéal. On ne peut pas croire qu’en augmentant le nombre de soldats, on va gonfler le patriotisme français. Le rétablissement du service militaire est une idée sorti du carquois sous le coup de l’émotion, qui mériterait d’être davantage réfléchie.

 

On ne peut pas avoir les moyens d’être à la fois une armée de combat et un centre éducatif. On ne va pas transformer l’armée en grand camp scout !

Charles Millon

D’aucuns réclament son rétablissement, ou du moins l’instauration d’un «service civique obligatoire». Cela vous paraît-il réalisable?

La réponse du service militaire est inadaptée à la crise que traverse notre pays. Il n’y a plus aucune armée de conscription dans les démocraties libérales, hormis Israël qui est en état de guerre. Le problème n’est pas militaire, il est éducatif, et l’armée n’a pas pour vocation de remplacer l’école, elle ne peut pas avoir la charge d’encadrer la jeunesse de France. On ne peut pas avoir les moyens d’être à la fois une armée de combat et un centre éducatif. On ne va pas transformer l’armée en grand camp scout!

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1 réflexion au sujet de « Charles Millon : « L’armée n’a pas pour vocation de remplacer l’école » »

  1. Je me permets de répondre à M. MILLON, qui effectivement sous la présidence de Jacques CHIRAC , a décidé de suspendre le service National. Le fait de dire que ce dernier n’avais pas des effets positifs sur les jeunes Français est une grave erreur, regarder l’insécurité qui règne dans nos banlieues, par des jeunes complètement désœuvrés et qui ne savent que faire de leurs journées, à l’époque, pas si lointaine, nous les avions en charge et nous donnions à ces jeunes les valeurs que leurs parents n’étaient pas en mesure de leurs apporter, souvent par manque d’autorité. Nous avons en suspendant le service National favoriser l’éclosion des Kouachi , des kolibali et autres merah. Mais, l’armée apportait un œil bienveillant sur tout ces jeunes et leur apprenait les rudiments d’une vie à venir. Point de fuite en Syrie, au Pakistan ou au Yemen pour un retour en Europe afin de perpétuer des crimes odieux et cela nous coûte très chère, non seulement financièrement mais dé ontologiquement. Je crois malheureusement que nous sommes entrés dans un spirale infernale dont nous sortirons surement pas gagnant.
    Aujourd’hui, nous disposons de 50 000 réservistes opérationnels qui pourraient sans conteste s’occuper d’une pré-formation de ces individus; Tout n’est que décision politique !!!!!
    Lt- colonel de réserve atisse

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