Chômage : le paramètre incorrect…

Par Pierre Duriot, le 02 juin 2015

Le Colonel 2.0

Unknown

 

En exclusivité pour Le Colonel 2.0, une contribution de Pierre Duriot que je remercie vivement et que vous pouvez retrouver sur son blog ici

 

Il est toujours lancinant de voir réduire les problématiques de chômage à des paramètres économiques, de voir agiter ça et là l’épouvantail habituel des charges aux entreprises, des freins administratifs à l’embauche et de la complexité des procédures. Certains pays occidentaux n’ont pas ces particularismes administratifs et s’en sortent à peine mieux que nous. Il est impensable d’entendre parler d’humains au chômage sans que jamais ne soit évoqué le moindre paramètre humain, lequel doit disparaître devant les composantes économiques tant il est devenu politiquement incorrect d’émettre le moindre avis sur l’humain sans être taxé au choix de raciste ou de réactionnaire, que sais encore. Il n’est pas question de critiquer l’humain pour sa couleur, sa religion ou sa compétence mais de mettre en sens plusieurs paramètres vérifiables que sous entendait cette patronne d’entreprise rencontrée récemment. « On en est réduit à chercher non pas des compétences mais des personnalités, des gens qui vont parler correctement aux clients, avoir de l’empathie, s’intégrer dans l’équipe en place, avoir le souci de la rigueur de leur travail, accepter les remarques de ma part sur la qualité de leur travail et après, quand on trouve ce profil de personnes, on leur apprend nous mêmes les compétences dont nous avons besoin ». Elle n’est pas la seule dans ce cas. Et donc il va rester, au-delà des chômeurs qui retrouveront du travail sur la base de leurs compétences et de leurs qualités, une masse de gens incompressible, mais en augmentation, n’ayant pas les capacités personnelles requises et dont personne ne voudra, à qui personne ne prendra la peine d’enseigner la moindre compétence puisqu’elle ne sera pas utilisable. Chirac, en son temps, moins châtié, avait parlé « d’employabilité » en développant ce type d’arguments, ça n’est plus possible, tout ne doit rester qu’économique pour ne froisser personne.

Mais il existe un autre paramètres, plus profond et encore moins correct, mis en exergue par Laurent Obertone dans son dernier livre « La France Big-Brother », qui souligne la contradiction entre la société de performance proposée par le travail et la compétition économique et la société « solidaire » promue par les élites. La nature brute est une société de performance, comme la nôtre, économique, mais elle ne permet qu »aux individus les plus performants de se reproduire, selon le processus d’adaptation darwinien qui permet l’évolution qualitative de l’espèce, élimine les moins performants, qui donc ne se reproduisent pas, tout en veillant naturellement à l’adéquation de la quantité des individus en regard des réserves de nourriture. La société solidaire fait exactement le contraire, permet aux individus les moins performants de survivre, compense leur inaptitude à entrer dans la société compétitive par la subvention et même, toujours par la subvention, permet de les absoudre de leur éventuel non respect de la règle commune, par le biais par exemple des systèmes de sécurité et d’alarme destinés à une catégorie de population bien ciblée mais imposés et payés par la seule partie solvable de la société. Et aussi par bien d’autres formes de « tolérance ». Si on ajoute des castes de personnes non productives vivant en parasite, telles hommes politiques ou actionnaires dormants, très chèrement rémunérés, cela fait beaucoup de gens à « subventionner ».

Mais Obertone va plus loin, fait remarquer très justement que ces personnes « moins performantes », en regard de la société de compétition, sont celles qui se reproduisent le plus et le plus vite, alors que les individus qualifiés de performants ont des enfants en moins grand nombre et sur le tard. On peut aussi prendre en considération, également, que le niveau moyen d’un enseignement indispensable pour devenir compétitif n’augmente plus, voire baisse. Egalement que les progrès de la médecine permettent à des individus qui sans elle n’auraient pas survécus, de tenir une place dans la société solidaire, mais pas dans celle de la compétition économique. Et Obertone d’égrener une série de paramètres modernes qui freinent les capacités des individus : les maladies chroniques, l’obésité, les pathologies psychiques générées par ce monde de compétition économique inhumaine… En résumé, les masses respectives de ceux sensés exercer la solidarité en direction de ceux qui sont sensés en bénéficier, sont en train de s’inverser, surtout si en plus les sociétés de compétition économique doivent intégrer des personnes issues d’autres formes de société.
A l’issue de ces considérations très incorrectes, il est besoin de préciser qu’il n’est pas question de pratiquer une forme d’eugénisme mais de prendre simplement conscience que société de compétition et société solidaire ne sont pas compatibles sur le long terme et que « l’intégration » ne peut marcher que si les personnes à intégrer sont moins nombreuses, beaucoup moins nombreuses, que les personnes sensées les intégrer ou les subventionner, faute de quoi, le système explose. Ca nous rappelle quelque chose de très actuel non ?
Voilà surtout pourquoi le chômage ne baissera plus jamais ne manière sensible et que l’on se condamne à ce que j’ai appelé dans mon premier roman : Le syndrome Rapa-Nui. Du nom de cette île de Pâques où le besoin et l’exigence ont dépassé la ressource, débouchant sur la guerre et la quasi disparition de l’espèce. Le processus est bien connu chez les espèces animales en mal de sélection et d’adaptation, ou en but à un apport extérieur, un peu comme les chiens des colons décimant les dodos d’Australie : elles ont disparu. Et nous sommes une espèce animale. Sur ces considérations très désagréables, il faut bien le dire, souvenons nous tout de même dans un genre d’optimisme, qu’une espèce qui meurt laisse la place à une autre, qu’après la fin des dinosaures, il y eu la prise de pouvoir des mammifères, déjà présents, mais à l’arrière plan.

De la même manière, derrière notre société de consommation/compétition, il y aura forcément autre chose, puisque la fin d’un monde est le début d’un autre. Les pronostics sont ouverts.

 

L’auteur : Enseignant du primaire, il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et les questions d’éducation, directement avec les familles. Par ailleurs, journaliste indépendant, il croise les mondes de l’enfance d’aujourd’hui, en famille et à l’école. L’ouvrage en forme de discours actuel, confronte le lecteur au statut de l’enfant dans nos sociétés modernes, dénonce nos travers, mais aussi dédramatise nos culpabilités et postule que le rôle de parent suffisamment bon est à la portée de chacun de nous.
pierreduriot.wordpress.com

 

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

One thought to “Chômage : le paramètre incorrect…”

  1. Excellent article de Pierre Duriot. Il y manque cependant une analyse plus fine de la motivation politique, quant au constat qu’il fait de l’application de ces politiques ineptes ayant amené cette réalité. En fait, tout est dans cette démocratie trahie qui use de macros modèles (et ce n’est pas fini avec l’Europe!) pour gérer de grandes masses humaines et uniformes (ce fameux cheptel, doublet de capital!) , ce qui est aujourd’hui envisageable, puisque l’état est omniprésent dans toute la chaine de « production » d’un citoyen conforme à l’usage qu’il en attend pour l’existence de son seul appareil. C’est avant tout discours sur cette dernière théorie qu’il faut vraiment s’interroger, et envisager de porter la révolution. Relire Solon (et les autres…) ne fait pas de mal, et nous éclaire parfois.

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