« Civilité »par le Capitaine (e.r.) Jean-Marie Dieuze, ancien officier à titre étranger.

Le 22 août 2020

Comme aujourd’hui, nul ne sait plus parler d’incivilité sans se fourvoyer par lâcheté, par opportunisme ou par bêtise ; il m’arrive de me demander pourquoi on ne demande pas compte des mots, de leur sens et de leur substance, lorsque beaucoup trop d’importants arrogants les utilisent pour nous tromper, nous duper ou nous leurrer, tout en étant certain de servir ainsi notre Pays. Avec du recul et en toute humilité, au regard des cadors qui sont aux manettes de ce foutoir qu’est devenue la France, aurais-je pu être un bon serviteur de l’Etat ? Aurais-je été plus apte à servir mon Pays, que ces mielleux, ces ignominieux, ces méprisables dévots fidèles d’une pensée unique, déformée, dévoyée, détournée, qui par son maître à penser, qui par son gouvernement, qui par son président, qui par son parti politique, qui par sa caste ? Aurais-je su garder cette honnêteté intellectuelle, ce respect de la parole donnée, cette infime et presque dérisoire, mais nécessaire, parcelle d’honneur qui solidifie les âmes, en ne trompant point la vérité, en ne masquant point les faits, en ne substituant point des mots avec d’autres, pour faire entendre ou dénoncer les maux de notre société ? Puisque, incivilité est désormais dans leur bouche d’inconséquents politicards ou journaleux, synonyme de crime, d’assassinat, de meurtre ou d’homicide. Et que de manière révoltante, dans le même élan, ils poussent leurs bassesses jusqu’aux plus veules contradictions avec leurs propres discours en évitant sciemment de dénoncer se faisant un féminicide ou un « gendarmicide ». De peur peut-être, qu’amalgame ne vienne à être synonyme aussi d’incivilité. Et si, incivilité ne veut plus rien dire, peut-on me dire alors ce que signifie encore de nos jours : Civilité ?

N’allez pas me parler, de cette étrange rubrique « Civilité », qu’il convient de remplir ou de cocher, pour indiquer si l’on est un homme ou une femme. Je ne reconnais au nom « civilité », au singulier : que la manière courtoise et polie de se comporter en société. Au pluriel, que les manifestations, de plus en plus rares il faut bien le constater, de cette courtoisie et de cette politesse. Ainsi, lié à l’adjectif civil, il n’est en aucun cas synonyme de la locution état civil. Pour quelles raisons obscures devrait-il alors, se substituer à titre ou à qualité ? On dit « Donner ses titres et qualités » et non pas « Donner ses titres de civilité ». Ainsi on peut dire en bon français : « Monsieur Connard, ministre du… ou Madame Connasse, ministre du… » sans qu’il soit besoin d’en rajouter, l’essentiel et le superflu étant amplement représentés dans ces civilités connues ou supposées l’être, mais qui laissent à Monsieur et à Madame, le loisir de paraitre sous leur jour le plus favorable sans que je ne puisse être accusé, peu ou prou, d’incivilités…

Entre civilité et civilisé, une seule lettre fait toute la différence. Peut-on se croire, se vouloir, s’enorgueillir d’être civilisé sans un minimum de civilité ? Positivité de l’apparence, faire preuve de civilité, c’est agir comme si l’on était vertueux. C’est respecter, s’intéresser, ressentir de la gratitude, de la compassion, de la miséricorde, voire être généreux ou désintéressé… Ce n’est donc pas inutile et c’est très loin de n’être rien. La civilité, même quand elle n’est que faux-semblant, impose des bornes à la haine, introduit la bonne humeur et la bienveillance dans les familles, dans la société, où le manque de politesse et de douceur sont communément les premières causes de discorde. Alors que l’incivilité, qui ne sait qu’être réelle et douloureusement vraie, est son exact contraire, attisant les haines, semant aux mauvais vents de mauvaises humeurs, sources malfaisantes de tant de rancœurs et de malveillances.

C’est ainsi que les enfants ont une chance de devenir vertueux, en imitant les vertus qu’ils n’ont pas encore de leurs parents, de leur maître d’école, de la société tout entière, partout et à chaque instant. On doit leur apprendre cette nécessité que d’être civilisés en mettant en pratique quotidiennement, simplement, familièrement, spontanément, presque bêtement, mais aussi fermement s’il le faut, ce que nous impose le vivre ensemble. De cette manière, peut-être qu’alors les adultes pourront se faire pardonner d’être si peu civilisés, faute d’un minimum de civilité, apprise lorsqu’eux-mêmes étaient encore enfants…

Mais serait-ce seulement et juste une question de politesse finalement ? Succédané d’une humanité qui préviendrait des maux du quotidien, qui formerait, embellirait, consoliderait les amitiés. Ces agréments que sont la politesse, la tournure et la douceur dans nos manières d’êtres humains qui se veulent, se disent, se gargarisent d’une civilité, réelle et permanente, ne sont-ils pas qu’un mince vernis de civilisation, un camouflage, un masque qui une fois ôtés ne laisseraient apparaitre qu’égoïsme, violence et manque de respect ? Ou sont-ils une égide, un pavois, une targe qui nous protègent au contraire, et qui nous tient à bonne distance de cette ignorance qui mène à la peur ? Cette peur qui mène ensuite à la haine. Cette haine qui conduit pour finir, à la violence…

Dans cette formule de politesse : « Après vous », si simple, si banale, si peu usitée de nos jours, ne percevez-vous pas pourtant l’essentiel, l’ADN même de notre humanité ? Tenir par ces simples mots, l’égoïsme à distance, court-circuiter la violence par le respect, est-ce pour vous, simplement faire preuve de civilité, de politesse ? Suffit-il d’être poli pour être civilisé ? Ce mot, qui nous vient du latin politus (lisse, propre, ce qu’on a pris le temps de polir). C’est l’art de vivre ensemble, mais en soignant les apparences plutôt que les rapports de forces. C’est multiplier les parades plutôt que les compromis. C’est surmonter l’égoïsme par les manières plutôt que par le Droit ou la Justice. C’est l’art des signes, c’est comme une grammaire de la vie en société. L’intention n’y fait rien ; l’usage y est tout. On aurait tort d’en être dupe, mais plus encore de prétendre s’en passer. Ce n’est qu’un semblant de vertu, moralement sans valeur, mais socialement sans prix.

C’est pourquoi, lorsqu’aujourd’hui, on banalise, on relativise toutes les vilénies, les abominations, les cruautés de ce monde violent et vindicatif par « incivilité », je ne peux qu’être en colère de tant de mépris, de tant de manque de compassion, de si peu d’humanité pour toutes ces victimes. Elles sont une nouvelle fois blessées, mutilées, assassinées, mais en plus et surtout, elles sont aussi désormais humiliées de n’être finalement que les innocentes victimes de ces atrocités. Et c’est dans ces moments-là, que je m’accroche avec force à mon humanité, pour rester quelqu’un de civilisé et pour n’exprimer cette indicible violence qui enserre mon cœur et mon âme, bien qu’il m’en coûte, qu’avec civilité…

Capitaine (e.r.) Jean-Marie Dieuze, ancien officier à titre étranger.

2020 – Tous droits réserves.

1 réflexion au sujet de « « Civilité »par le Capitaine (e.r.) Jean-Marie Dieuze, ancien officier à titre étranger. »

  1. Hélas, cher Capitaine, hélas !
    Depuis que notre belle langue française, autrefois reine de la diplomatie de par la richesse de ses nuances, a été remplacée par un sabir anglo-saxon pragmatique réservé au Commerce international et à la « Technologie », il ne faut plus s’étonner que ses valeurs et sa substance disparaissent .
    La vie moderne nous impose le pratique, le rapide, le mécanique et le « convenu » qui ne demande aucun effort, ce qui ne traduit aucune vie intérieure, pour aboutir au « politiquement correct » de la mondialisation et du nivellement par le bas.
    A ce stade, un quelconque basic suffirait pour tout dire…
    Le langage des hommes serait l’expression de leur âme, bien réduite elle-aussi, comme la liberté d’expression qui ne sera plus d’aucune utilité dans le « Meilleur des mondes ».

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