Civisme et bon sens : bloquons des raffineries

24 mai 2016 Non Par Régis Ollivier

Par H16, le 23 mai 2016

Hashtable


« lorsqu’on voit la réaction des autorités devant des exactions manifestes, on n’arrive qu’à une unique conclusion : ce pays est foutu. » //H16


 

Situation intéressante que celle qui se développe actuellement en parallèle de la progression de la Loi Travail à l’Assemblée nationale : La CGT pétrole a mis en place un blocage des raffineries françaises en vue d’obtenir le retrait de cette réforme du Code du travail. De son côté, le chef de l’État n’y voit pas un signe de grogne suffisant et, avec toute la diplomatie dont il est capable, persiste donc à laisser se poursuivre le parcours institutionnel pourtant fort chaotique de la loi.

 

parcours institutionnel en République du BisounourslandOn a bien du mal, à l’heure actuelle, à deviner ce que pourra devenir cette Loi Travail, tant elle a déjà subi d’amendements et d’ajustements de plus en plus substantiels, et tant la situation dans le pays semble se crisper.

Même si, à l’évidence, on constate un essoufflement dans les manifestations saupoudrées tout le long de la semaine dernière et dans celles qu’on pourra sûrement retrouver cette semaine encore, même si, là encore de façon évidente, le Français lambda semble se lasser des débats sur cette loi qui ne risque plus, en l’état actuel, de changer réellement son contrat de travail, on ne peut que constater une certaine radicalisation des syndicats, à commencer par la CGT. Radicalisation visible dans le choix délibéré de bloquer ces raffineries et donner encore un bon coup de fouet à l’économie et à la compétitivité du pays qui en avaient bien besoin.

Il faut dire que ce syndicat, en perte de vitesse et d’adhérents, doit montrer tout son pouvoir de nuisance pour arrêter l’hémorragie d’encartés et celle des fonds qui y sont associés. Les actions violentes sont donc à redouter. Mais en les attendant, ces opérations de blocage fournissent à une presse léthargique l’occasion de bien nous bidonner. Il suffit de se reporter aux déclarations d’Emmanuel Lépine, de la CGT Pétrole, qui explique sans rire que, je cite :

 

« Le but n’est pas de créer la pénurie, mais d’obtenir le retrait de la loi travail »

 

la cgt dialogueAh, nous voilà donc rassurés, et tout s’éclaire : il ne s’agit pas d’un blocage mais d’un happening géant, il n’est pas question de pénurie mais d’un déplacement temporel des nécessités et d’une remise à plus tard des déplacements prévus. Ouf. De loin, on aurait vraiment dit que des automobilistes ne pouvaient plus s’approvisionner, et que d’honnêtes citoyens allaient devoir se débrouiller sans véhicule dans les prochains jours. En fait, que nenni : ces individus seront simplement des participants actifs involontaires (mais, gageons-le, heureux) à ce happening géant pour une procédure législative alternative où ce sont ceux qui gueulent le plus fort en faisant des clefs de bras aux autres qui font ou non passer les lois de leur choix. Rappelons qu’au contraire des turbo-libéraux, les syndicalistes pas libéraux du tout méprisent la loi du plus fort et favorisent, eux, le dialogue social à coup de clef à molette et la démocratie très participative du « Si t’es pas content on va te péter les genoux ».

La démocratie à la française, cela vous a vraiment un fumet délicieux, non ?

Rassurez-vous : les petites tensions causées par ce genre de comportements n’ont pas échappé aux autorités françaises aux frontispices desquelles on peut toujours lire, entre deux prises de coke massives pour aider, « Liberté Égalité Fraternité ». Dès lors, dans plusieurs préfectures à commencer par celle du Calvados, voyant les files de voitures s’allonger et les réserves diminuer, le préfet a décidé d’interdire la vente de carburant en jerricans « afin d’éviter le surstockage » et appelé chacun à « faire preuve de civisme et de bon sens ».

Méchant surstockage de ces travailleurs égoïstes qui cherchent bêtement à aller travailler au lieu de rester en panne au milieu de la cambrousse ! Méchant anti-civisme de ces automobilistes qui vont acheter de l’essence en toute impunité, au vu et au su de tous, bafouant les bonnes mœurs !

Nous sommes en France, que diable, ce pays magique où, quand les licornes ne rotent pas un revenu universel, elles bougent avec leurs queues chamarrées tous les curseurs de la normalité pour transformer le bon sens en un flot continu de n’importe quoi vibrant. Et dans ce pays magique où les syndicalistes grignotent de l’arc-en-ciel sur base pluriquotidienne et les journalistes du Tranxene moulé à la louche, il est parfaitement normal de lire dans un article sérieux (pas Gorafi inside, donc) qu’un préfet peut choisir d’interdire les jerricans pour les particuliers mais pas interdire les blocages de raffineries qui menacent pourtant l’ordre public (ainsi que l’économie d’un pays au demeurant dans le fossé).


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