Combattre le terrorisme de quatrième génération

Publié le par Marc Hecker

Ultima Ratio

 

 

 

Cet article a d’abord été publié sur Libération.

Les attentats du 13 novembre nous ont fait entrer dans l’ère du terrorisme de quatrième génération. La première génération correspond à la période de la guerre froide. Le terrorisme était alors considéré comme un moyen de faire connaître une cause et de négocier. Les attentats étaient davantage perçus comme une nuisance que comme une menace stratégique. Le 11 septembre 2001 marque le passage au terrorisme de deuxième génération : on craint la multiplication des «hyper-attentats», imaginant que des terroristes armés de «bombes sales» pourraient faire des dizaines de milliers de morts. Face à une menace désormais vue comme stratégique, les Etats-Unis réagissent en déclenchant la «guerre globale contre le terrorisme». Les autorités françaises émettent des doutes sur ce concept : le Livre blanc du gouvernement sur la sécurité intérieure de 2006 précise que «la France n’est pas en guerre contre les terroristes».

Les frappes militaires en Afghanistan entraînent rapidement la chute du régime des talibans. Al-Qaeda perd son sanctuaire et doit évoluer pour survivre. L’organisation opte pour une stratégie de décentralisation qui se caractérise entre autres par un investissement important dans le Web. Internet devient non seulement un vecteur de propagande, mais une véritable plateforme opérationnelle qui permet de diffuser orientations stratégiques et conseils tactiques. L’objectif est notamment de faire naître des vocations terroristes dans les pays occidentaux. Apparaît ainsi au milieu des années 2000 la troisième génération de terrorisme, celle du wikiterrorisme. A l’image de l’encyclopédie Wikipedia, que tout un chacun peut enrichir, tout le monde ou presque peut commettre un attentat et se revendiquer d’Al-Qaeda.

La quatrième génération constitue pour la France une menace bien plus grave que les précédentes. Nous avons affaire aujourd’hui à un terrorisme à la fois centripète et centrifuge. La proclamation du califat par Abou Bakr al-Baghdadi a créé un appel d’air inédit. Environ 25 000 combattants étrangers ont afflué vers la Syrie et l’Irak dont plus de 5 000 Occidentaux. Les Français constituent le contingent européen le plus important : un millier d’apprentis jihadistes ont répondu à l’appel du calife Ibrahim – autre nom du chef de Daech. En parallèle à cette dynamique centripète, on voit se développer une dynamique centrifuge : environ 300 Français sont revenus de Syrie et d’Irak. Tous ne présentent pas le même niveau de dangerosité : certains sont dans une logique de repentir, d’autres étant des terroristes en puissance.

 

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.