Combines, passe-droits… Bernard Squarcini, l’ex-espion qui s’y croyait encore

,

p

Le Nouvel Observateur


« Espion un jour, espion toujours » pourrait-on dire. Une seule certitude : les réseaux créés en interne demeurent quasiment toujours intacts et surtout actifs lorsque les activités officielles cessent. //RO


 


INFO OBS. L’enquête sur l’ex-patron des renseignements français révèle que Bernard Squarcini n’a jamais coupé les ponts avec son ancienne maison, tout en travaillant pour LVMH.

 

Juste avant d’être présenté aux juges, Bernard Squarcini a tenté de s’expliquer. « Je suis parti contraint et forcé, a déclaré l’ex-patron de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). J’ai changé d’activité mais j’ai gardé un état d’esprit identique à celui qui m’accompagnait en ma qualité de haut fonctionnaire ». Un système de défense qui semble bien téméraire.

Mis en examen fin septembre pour une très longue liste de délits, dont « compromission » du secret de la défense nationale, violation du secret professionnel et « trafic d’influence », Squarcini est effectivement soupçonné d’avoir continué, après son départ en février 2013, à se comporter comme un chef du renseignement au mépris de la loi. Quatre autres personnes, dont un ancien magistrat, l’ancien patron de la PJ parisienne et un commissaire de la DGSI, sont poursuivis dans ce dossier. 

Bernard Squarcini, l’étrange reconversion de l’espion de Sarkozy

Les juges cherchent à comprendre quels intérêts a cherché à défendre l’ancien espion. Ceux de l’Etat, comme il le prétend ? Ceux de ses amis, notamment Claude Guéant et Alexandre Djouhri, avec lesquels il n’a jamais rompu les liens ? Ceux de sa société d’intelligence économique, Kyrnos Conseil, dont le premier client est Bernard Arnault, patron de LVMH ?

Un milliardaire fiché S

En jouant sur la confusion liée à son ancien poste, sur son aura savamment construite au cours de ses 30 ans de carrière, Squarcini ne semble jamais avoir eu besoin de trop insister pour obtenir des informations. Un commissaire de la DGSI, le commissaire O., continue ainsi à lui donner du « chef » au téléphone. Il devient vite son principal relais. Spécialisé sur la Corse, il est pourtant sollicité pour bien d’autres sujets qui préoccupent Squarcini.

En octobre 2015, ce dernier lui demande ainsi de se renseigner sur un certain Andreï Skoch, oligarque russe classé 18e fortune du pays. Le « squale » apprend que le milliardaire est fiché S, considéré donc comme une menace potentielle à la sûreté de l’Etat. L’homme, d’après la presse russe, est réputé proche de la mafia, des trafiquants d’armes et d’un baron de la drogue d’Asie centrale. A cette date, Skoch souhaite faire retirer sa fiche et Squarcini va tenter de l’y aider, pour des raisons qui restent encore aujourd’hui obscures.

Ces ex-grands flics passés dans le privé

En novembre 2015, le Russe contacte donc l’avocat parisien Patrick Maisonneuve (par ailleurs avocat de Squarcini) pour contester son fichage. Une démarche légale, mais qui n’a quasiment aucune chance d’aboutir. Un mois plus tard, comme par magie et alors que les courriers de l’avocat sont à peine envoyés, la fiche S au nom de Skoch disparaît. L’homme redevient blanc comme neige pour les services de renseignements français… Qui a œuvré en sa faveur ? Bernard Squarcini jure que ce n’est pas lui. De nouvelles investigations sont en cours pour le déterminer.

Interdit de contrefaçon

Autre marotte de Squarcini : la contrefaçon. Recruté par le géant du luxe LVMH notamment pour lutter contre ce fléau, il transmet régulièrement au commissaire O. des listes de personnes impliquées dans des affaires de ce type liées aux parfums Dior, Guerlain ou aux cigarettes Philip Morris (un autre de ses clients). Son officier traitant se charge de les « passer aux fichiers ». Ainsi, Squarcini connaît tout de leurs antécédents.

Que fait-il ensuite de ces informations ? Le but était de démontrer, explique Squarcini aux policiers, les liens entre contrefaçon et terrorisme. Et ainsi, faire durcir, via du lobbying, la législation sur le financement des attentats. « Les frères Kouachi et Coulibaly vivaient de la contrefaçon de produits Nike et Adidas », a-t-il expliqué. Pas sûr que l’argument ait convaincu les juges. Son contrôle judiciaire lui interdit aujourd’hui de prodiguer des activités de conseil en lien avec la contrefaçon…


Lire la suite sur http://tempsreel.nouvelobs.com


Photo de Une : Bernard Squarcini, le 17 janvier 2012 à Paris. (MARTIN BUREAU/AFP)

 


 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.