Comment le groupe Total va financer la réforme de l’Éducation nationale

Basta! PAR AGNÈS ROUSSEAUX  11 JUILLET 2013

Comment financer une réforme de l’Éducation nationale qui bat de l’aile ? Comment payer les personnels qui prendront en charge les enfants quand ils ne seront plus en classe ? Le gouvernement a trouvé une solution : faire appel aux entreprises françaises.

Photo d’illustration de l’article

La réforme des rythmes scolaires sera ainsi sponsorisée par… le groupe Total, à hauteur de 4 millions d’euros. L’entreprise a signé un accord-cadre début juin avec le ministère de la Jeunesse. Et s’engage à verser un total de 16 millions d’euros, en soutien à des associations, dont une partie pour« accompagner la grande réforme des rythmes éducatifs dans le premier degré ».

Du côté des pouvoirs publics, le flou plane sur le financement de cette réforme. Pour rogner sur les coûts, le gouvernement voulait diminuer les taux d’encadrement : un animateur pourrait s’occuper de 14 enfants de moins de six ans (contre 10 selon la règlementation actuelle), ou de 18 enfants de plus de six ans (contre 14 actuellement). Le Conseil d’État a rejeté ce projet de décret, qui induirait une « baisse de la sécurité des mineurs ». Mais cette décision entraine un surcoût de 25 %, estime l’Association des maires ruraux, qui dénonce les « zones d’ombre »de la réforme. Car, au-delà d’un « fonds d’amorçage » versé par l’État, et d’un soutien de la Caisse d’Allocations familiales [1], ce sont les municipalités qui mettront la main à la poche. Seront-elles tentées d’aller chercher des fonds privés pour boucler leur budget ?

Y a-t-il un pilote ?

L’accord national avec le groupe Total « formalise la possibilité pour les collectivités territoriales de recourir à des fonds privés pour financer les projets éducatifs territoriaux »dénonce le syndicat Sud Éducation, pour qui cette réforme marque également l’abandon de tout principe d’égalité entre les territoires. Y aura-t-il recours, localement, au mécénat d’entreprises, pour financer les activités extra-scolaires qui seront à la charge des collectivités ? Au ministère de l’Éducation nationale, on ne se prononce pas : le ministère ne s’occupe que de la réorganisation des emplois du temps scolaires, pas des activités extra-scolaires – pourtant créées par la réforme ! Celles-ci ne relèvent pas du « porte-feuille » du ministère, explique le service de presse. Qui renvoie vers l’Association des maires de France (AMF). Elle-même incapable de répondre à la question.

« Je ne peux rien vous dire de plus que le ministère », tranche Pierre-Alain Roiron (PS), vice-président de l’AMF, qui a participé à la concertation nationale sur l’école.« Bien sûr un groupe privé peut aider une école de musique ou faire du mécénat auprès d’un événement culturel ». Et les activités proposées aux enfants dans le cadre de la réforme ? Impossible de savoir. Peut-être le ministère de la Jeunesse, en charge des activités extra-scolaires, en saura-t-il plus ? Nouvel échec. Une question subsiste : y a-t-il un pilote ? Devant ce flou, on comprend que 20 % des communes seulement se soient engagées à mettre en place la réforme à la prochaine rentrée scolaire.

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