Daech/al-Qaida, le plus grand divorce de l’histoire du djihadisme

Harald Doornbos et Jean Moussa, le 25.08.2016

Traduit par Bérangère Vient pour Slate


Trois volets extrêmement intéressants sur ce cancer qu’est le djihadisme.

A conserver comme base de travail. //RO


 

 

Un membre de l’EI raconte les événements qui ont conduit à la guerre civile entre les opposants à Bachar el-Assad, à mesure que les membres d’al-Qaida faisaient défection pour rejoindre les rangs de l’État islamique en Irak et au Levant.

Cet article constitue le dernier épisode d’une série en trois parties sur le récit des débuts de l’organisation État islamique, nourri du témoignage d’un de ses membres, Abou Ahmad. Le premier épisode est disponible ici et le second ici.

C’était le mois de mai 2013, et le tout nouvel État islamique en Irak et au Levant (EIIL) avait bien l’intention de conforter son statut de force djihadiste la plus redoutable au monde. Mais avant cela –ou avant d’utiliser le stock d’armes chimiques qu’il venait de se procurer–, il allait devoir affronter un nouveau défi incarné par certains responsables d’al-Qaida. Les dirigeants de l’organisation n’étaient pas prêts à accepter le statut de leader revendiqué par Abou Bakr al-Baghdadi –et sûrement pas à la lumière de sa prétention honteusement mensongère que c’était leur propre chef, Ayman-al Zawahiri, qui lui avait dit de le faire.

Un mois après la rencontre historique entre le chef de l’EIIL et d’autres dirigeants djihadistes à Kafr Hamra, un petit groupe d’hommes, dont quelques gardes armés, répartis dans deux véhicules, traversa secrètement la Syrie. Craignant d’être découverts par les fidèles de Baghdadi ou d’être pris pour cible par le régime syrien, ils se déplaçaient discrètement et avec précaution. Il s’agissait du Lajnat Khorassan, ou «groupe Khorassan». Ses membres, sortis de leurs tanières clandestines en Afghanistan et au Pakistan, se rendaient en Syrie sous la bannière de Zawahiri, qui continuait à se cacher.

Un des membres de ce groupe, un Syrien appelé Abou Oussama al-Shahabi, recommanda à ses camarades de se montrer extrêmement prudents pendant leurs déplacements.«Selon mes renseignements, [Baghdadi] a prévu d’assassiner l’émir [d’al-Nosra] Abou Mariya al-Qahtani», leur dit-il, selon Abou Ahmad. «Donc, nous aussi devons être prudents.»

Le groupe Khorassan avait pour mission d’enquêter sur l’expansion de Baghdadi en Syrie. Ce qu’il découvrirait devait être transmis à Zawahiri, qui déciderait ensuite de la réponse d’al-Qaida à la situation en Irak et en Syrie, où la rivalité entre l’EIIL et le Front al-Nosra, sa filiale, avait clairement échappé à tout contrôle.

L’existence du groupe Khorassan ne deviendrait connue qu’en septembre 2014, lorsque la coalition menée par les États-Unis viserait ses membres lors des premières frappes aériennes en Syrie. À ce stade, les vétérans d’al-Qaida étaient passés de l’enquête sur les manœuvres de Baghdadi à la préparation d’attaques à l’étranger. Selon James Clapper, directeur des Renseignements nationaux américains, «en termes de menace contre la sécurité intérieure, Khorassan est susceptible d’être aussi dangereux que l’État islamique».

À l’été 2013, l’attention du groupe Khorassan n’était pas dirigée vers les États-Unis mais vers son rival dhijadiste. La tâche n’aurait pu être plus urgente: on aurait dit que chaque jour, un nouveau groupe d’opposition djihadiste transférait sa loyauté d’al-Qaida à l’EIIL. Si Zawahiri ne parvenait pas à regagner la loyauté de certains groupes en Syrie, ou au moins à arrêter cette sédition en cours de route, le chef d’al-Qaida courait le risque de devenir un général sans armée.


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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.