Dalil Boubakeur veut « récupérer nos églises vides » : remplissons-les !

Par Gabrielle Cluzel, le 18 juin 2015

Boulevard Voltaire

Bis Repetita. Pour enfoncer le clou si je puis dire, je cite « N’est-ce pas nous qui avons déserté nos églises, préférant, le dimanche matin, aller laver notre bagnole ou courir le marathon, les réduisant, de façon dérisoire, à la fonction de curiosité touristique pour promeneur désœuvré, et encore, quand on en trouve la clé : « Allez donc demander à Jacqueline, la maison avec les volets rouges à l’entrée du village. »

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N’est-ce pas nous qui avons déserté nos églises ?

Sur Europe 1, lundi, Dalil Boubakeur, le président du Conseil français du culte musulman, a énoncé de vive voix la proposition faite dans son livre Lettre ouverte aux Français : « récupérer les églises vides pour le culte musulman », puisque les 2.500 mosquées déjà existantes additionnées aux 300 en construction sont encore insuffisantes. Il reconnaît que c’est une question « délicate », mais enfin, puisque, selon lui « c’est le même Dieu, ce sont des rites qui sont voisins, fraternels »… et de citer le cas de Clermont-Ferrand, où l’expérience a déjà été faite.
On imagine que sur Boulevard Voltaire et ailleurs, avec la véhémence qui les caractérise, certains commentateurs vont vouer aux gémonies Dalil Boubakeur, et peut-être l’accabler de noms d’oiseau. Et pourtant, peut-on lui reprocher de jouer sa partition ? De prêcher pour sa paroisse ? Est-ce sa faute, à lui, si nous refusons obstinément de jouer la nôtre ? De prêcher pour la nôtre ?

 
N’est-ce pas nous qui avons cru confusément, avec naïveté, mépris ou orgueil, que toutes ces populations, en rentrant chez nous, laisseraient sur le seuil leurs croyances comme un vieux parapluie dont elles n’auraient plus besoin à l’intérieur ? Qu’un supplément de confort matériel – il n’y a rien au-dessus du confort matériel ! – suffirait à éteindre leurs inquiétudes ontologiques ?

 
N’est-ce pas nous qui avons érigé la laïcité en maîtresse d’école chargée de mater les religions comme des élèves turbulents qui n’auraient pas plus le droit de cité dans la classe France les uns que les autres : « Puisque tu n’as plus besoin de ton équerre, passe-la donc à ton camarade ! » Et fais de même avec ton église.
N’est-ce pas nous qui avons refusé de transmettre la foi de nos ancêtres, ou qui l’avons transmise de façon si light, si syncrétique que la contre-vérité émise par Dalil Boubalkeur, celle d’un même Dieu avec des rites voisins et fraternels, ne fait sourciller personne. Comme si tout cela était affaire de « rite ». Comme si, somme toute, un musulman n’était pas spirituellement plus loin de nous qu’un copte ou qu’un maronite. Comme si être catholique signifiait simplement aujourd’hui être « déiste », façon Voltaire et son grand horloger. Comme si le Credo – un seul Dieu en trois personnes, l’Incarnation, la Rédemption, objets de foi aux yeux des catholiques, objets de scandale aux yeux des musulmans – était devenu un bibelot folklorique, seulement connu d’une poignée d’esthètes.

 
N’est-ce pas nous qui avons déserté nos églises, préférant, le dimanche matin, aller laver notre bagnole ou courir le marathon, les réduisant, de façon dérisoire, à la fonction de curiosité touristique pour promeneur désœuvré, et encore, quand on en trouve la clé : « Allez donc demander à Jacqueline, la maison avec les volets rouges à l’entrée du village. »

 

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.