De Louvois à LOUVOIS, l’État dans tous ses états…

Par Georges Michel, Colonel à la retraite

Le 11 décembre 2014 – Boulevard Voltaire

 

louvois

Non seulement il n’y a plus de coupables, mais plus de responsables non plus.

« Il me faut, au 1er avril, 30.000 sacs de farine dans les magasins de Pignerol et votre tête en répond. » C’est ainsi que Louvois (1641-1691) s’adressa au directeur général des vivres de Grenoble qui peinait à rassembler la logistique nécessaire dans cette ville afin de préparer la campagne que Louis XIV prévoyait de lancer dans le nord de l’Italie au printemps 1691. L’époque ne connaissait pas le contrôle de gestion mais Louvois, en tout cas, faisait sans le savoir du management par objectif. L’objectif répondait en effet aux critères que les spécialistes modernes de la chose résument dans le charmant acronyme « SMART » : Simple, Mesurable, Ambitieux, Réaliste et Temporel.

L’État commandait alors à ses serviteurs avec de mâles accents, accents qui étaient en cohérence avec ses actes. À l’époque, un représentant de l’autorité était donc responsable et pouvait aussi être déclaré coupable puisque sa tête en répondait !

Avec les siècles, les mœurs se sont adoucies. La place médiatique a remplacé la place de Grève pour les exécutions. L’administration de l’État s’est compliquée pour arriver au fameux « responsable mais pas coupable ». Expression malheureuse employée par Mme Dufoix, personne très honorable qui avait la faiblesse d’être à la fois honnête et maladroite, ce qui est beaucoup lorsqu’on fait de la politique. Expression malheureuse au plan de la communication et pourtant confirmée par la justice dans l’arrêt de la Cour de justice de la République qui la relaxa en 1999, Cour de justice qui alla même au-delà de ce qu’avait affirmé la ministre, en actant le fait qu’en tant que chef de service, elle n’avait commis aucune faute détachable du service, le seul responsable était alors l’État lui-même dirigé par une gouvernance ministérielle.

Avec les ans, les mœurs ont poursuivi leur pente émolliente. Parallèlement, l’administration de l’État s’est non pas compliquée mais complexifiée pour parler le jargon de notre temps, informatique aidant. Nous en sommes arrivés au phénomène extraordinaire, et pour tout dire très pratique, que non seulement il n’y a plus de coupables, mais plus de responsables non plus. On se souvient, il y a un an, du point final mis sur la lamentable aventure du logiciel en charge de la gestion des soldes des militaires et malencontreusement baptisé LOUVOIS (LOgiciel Unique à VOcation Interarmées de la Solde).

 

Lire la suite sur http://www.bvoltaire.fr

 

error: Content is protected !!
%d blogueurs aiment cette page :