Défense : l’armée française est-elle bien entraînée ?

Michel Cabirol | 21/10/2013, 06:57 -
Michel Cabirol | 21/10/2013, 06:57 –
Les crédits pour l’entraînement des trois armées sont très souvent insuffisants pour tenir les engagements exigés par l’OTAN. Les pilotes de chasse de l’armée de l’air ne voleront en moyenne en 2013 que 150 heures. Soit 30 heures au-dessous des exigences de l’OTAN.
Les pilotes de chasse de la marine vont connaître une nette diminution de leurs heures de vol en 2014 : de 175 heures en 2013 à 150 heures en 2014
Les pilotes de chasse de la marine vont connaître une nette diminution de leurs heures de vol en 2014 : de 175 heures en 2013 à 150 heures en 2014

Il n’y a pas que les matériels qui flanchent dans les armées en raison d’impasses budgétaires dans le maintien en condition opérationnelle (MCO). Face aux contraintes financières qui pèsent sur le ministère de la Défense, la préparation des militaires dans les trois armées se réduit comme une peau de chagrin et s’éloigne de plus en plus des normes OTAN.

En 2013, par exemple, un pilote de chasse de l’armée de l’air ne volera en moyenne que 150 heures par an (contre un objectif de 160 heures fixé par la loi de finances initiale de 2013), selon les prévisions actualisée du ministère de la Défense. Soit 30 heures au-dessous de ce que l’OTAN recommande pour l’entrainement des pilotes de chasse. En 2011 et 2012, les pilotes ont respectivement volé 190 heures, puis 169 heures par an.

Un seuil plancher ?

Jusqu’ici les pilotes de l’aéronavale ont été mieux traités que ceux de l’armée de l’air (175 heures de vol, contre 180 heures, norme OTAN). Mais l’année prochaine, les pilotes de la marine devraient eux aussi connaître une diminution ponctuelle (150 heures).

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Pourquoi un tel bilan ? Selon les explications du projet de loi pour 2014, « l’engagement au Mali a accru les tensions logistiques et la disponibilité en métropole pour la chasse et l’aviation de transport de l’armée de l’air. En 2014, l’effort portera sur l’activité de l’aviation de chasse qui restera à son niveau de 2013 ». Soit 150 heures. Un entraînement minimal quand on prend en compte l’objectif de la France de disposer d’une capacité à entrer en premier sur un théâtre d’opérations, démontrée récemment en Libye ou au Mali.

Fondamental de remonter à 180 heures, selon le général Mercier

Pour le chef d’état-major de l’armée de l’air, Denis Mercier, « il est important de souligner que nous sommes aujourd’hui arrivés à un socle ». .Et de rappeler lors sa récente audition à l’Assemblée nationale : 

« Il est fondamental que ceux de nos pilotes, de Rafale notamment, qui assurent cette mission d’entrée en premier ne se contentent pas de 120 à 150 heures de vols annuelles mais en fassent 250 heures, dont 70 sur des simulateurs. Cette exigence impose de remonter à 180 heures le niveau d’activité en priorité de ceux qui assurent la mission d’entrée en premier ».

Ce problème d’entraînement et de formation est encore plus aigu pour les pilotes de transport. En 2013, ils ne voleront que 280 heures par an (400 heures normes OTAN), en hausse par rapport à 2012 (265 heures) mais en nette baisse par rapport à 2011 (310). Les équipages de transport ont bénéficié cette année de l’opération Serval (20 heures supplémentaires de vol par rapport à l’objectif fixé par la loi de finances initiale). Mais cet accroissement « masque de grandes disparités de qualification entre les équipages », note le rapport. Le faible niveau d’activité prévu pour 2014 (230 heures) aura « une incidence sur le fonctionnement des armées pour l’ensemble des activités faisant appel au transport aérien (soutien opérations, projection exercices, entraînement troupes aéroportées,..) ».

Le ministère rogne sur les heures de vol des pilotes d’hélicoptères

Les pilotes d’hélicoptères des trois armées (air, marine et terre) ne sont pas mieux lotis que les pilotes d’avions de combat. Les pilotes de l’armée de terre (Alat) effectueront 160 heures de vols en 2013 (contre 180 heures, norme OTAN), tout comme ceux de l’armée de l’air (contre 200 heures, norme OTAN). En revanche, les pilotes de l’aéronavale voleront 202 heures en 2013 (contre 220 heures norme OTAN).

En tout cas, le constat est le même pour les pilotes des trois armées, le nombre d’heures de vols a baissé ces deux dernières années : de 177 heures de vol en 2011à 160 heures en 2013 (terre) ; de 199 heures de vol en 2012 à 190 heures en 2013 (air) et de 220 heures de vol en 2012 à 202 heures en 2013 (marine). Et la tendance à la baisse va se poursuivre en 2014 : 156 heures (terre), 160 (air) et 180 (marine).

160 heures, une limite basse

« Compte tenu des retours d’expérience des engagements récents et actuels, le seuil de 160 heures de vol pour un équipage d’hélicoptère de l’armée de terre constitue une limite basse que le recours aux moyens de simulation ne permet pas de compenser », estime le rapport de la loi de finances initiale.

« Un effort a été fait ne pas descendre significativement sous ce seuil. L’objectif des 180 heures de vol de la loi de programmation militaire permettra d’assurer les contrats, en garantissant un maintien en qualification et une régénération correcte des pilotes. Les opérations extérieures ont cependant des conséquences significatives sur l’entrainement des équipages des forces en métropole : un écart se creuse  entre les pilotes projetés et les pilotes non ou peu projetés (notamment les jeunes pilotes) ».

Et de conclure que « la situation reste préoccupante (seuil plancher de 160 heure de vol atteint). Les effets s’en feront ressentir sur plusieurs années ».

Pour la marine, la disponibilité des hélicoptères (en particulier Lynx et Caïman) ne permettra donc pas d’atteindre l’activité initialement prévue en 2013 (220 heures en loi de finances initiale). L’armée de l’air verra en 2014 aussi une baisse sensible d’activité des équipages d’hélicoptères.

 Les bâtiments de la Royale restent à quai

En 2013, les jours de mer par bâtiment de la marine va encore baisser… à 88 jours (contre 92 jours en 2011 et 89 jours en 2012). Et l’année prochaine, ce sera 86 jours. Ce qui va à l’encontre des souhaits du chef de l’état-major de la marine, l’amiral Bernard Rogel, qui accorde beaucoup d’importance à l’activité des forces. « Le taux d’activité consacre non seulement l’aptitude aux missions des équipages, mais aussi leur moral », a-t-il estimé mi-septembre au Sénat.

Enfin, les jours d’activités opérationnelles par homme (JPO) de l’armée de terre, le nouvel indicateur qui remplace les JPAO (préparation opérationnelle plus opérations extérieures plus missions intérieures-MISSINT), ont été fixés à 83 jours. La préparation opérationnelle (JPO) a été en partie déterminée par l’opération Serval au Mali nécessitant la réorientation des activités vers des mises en condition avant projection. « Le niveau de préparation opérationnelle doit pouvoir être maintenu grâce à l’effort financier consenti« , explique le ministère. Pour 2014, l’objectif est également de 83 jours.

Ce qui ne répond pas à l’ambition du chef d’état-major de l’armée de terre, le général Bertrand Ract-Madoux. Lors de son audition le 18 septembre au Sénat, il a rappelé : 

« La réalisation de l’objectif fixé dans le projet de loi de programmation militaire de 90 journées de préparation opérationnelle et de 180 heures de vol, hors simulation, permet à l’armée de Terre de remplir dans la durée son contrat opérationnel ». Lucide, il a toutefois souligné que « pas plus qu’en 2013, le niveau de ressource inscrit ne permettra d’atteindre ces cibles en 2014 et en 2015. Il ne devrait pas être possible de réaliser plus de 83 journées de préparation opérationnelle et 156 heures de vol. Cette situation perdurant depuis trois ans, l’armée de Terre vit sur ses acquis ».

Dégradation des conditions d’entraînement

La LPM a été adoptée par les députés cette nuit. Lire la suite de l’article

 

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