Défense : quels objectifs ?

Par Eric Conan, le 10 Mai 2015

Marianne

Remarquons au passage le visage radieux de Manuel Valls. //RO

NICOLAS BRIQUET/POOL/SIPA
NICOLAS BRIQUET/POOL/SIPA

 

C’est une décision historique qui n’a pourtant pas fait couler beaucoup d’encre : pour la première fois depuis vingt ans, le budget de la Défense n’a pas été diminué. Paradoxe, François Hollande, qui ne mégote pas quand il s’agit de jouer le chef de guerre, asphyxie peu à peu l’armée faute de moyens suffisants alloués et la multiplication des missions intérieures et extérieures, mais aussi de cohérence de sa politique étrangère…

La décision historique d’inverser la courbe de diminution du budget de l’armée, pour la première fois depuis vingt ans, n’a pas modifié la désinvolture (cette forme branchée de l’indifférence) des médias à l’égard des questions de Défense. La plupart nous ont amusé avec « la guerre entre deux hollandais » – Le Drian, le « fana-mili », et Sapin, le forcené de la coupe budgétaire – avant de nous annoncer que le président avait « réussi à ne fâcher aucun de ses deux amis ». François Hollande s’est agacé de ces commentaires, assurant que, face à de « lourdes menaces, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, il ne s’agit pas de choisir entre Le Drian et Sapin, mais de choisir l’intérêt de la France ». Mais il n’a défini ni cet intérêt français ni ces menaces tous azimuts. Il y a, en France, une misère du débat militaire qui ne semble captiver que les anciens ministres de la Défense, trois ou quatre députés aspirant à le devenir et deux bons journalistes (Jean-Dominique Merchet et Jean Guisnel) intéressant surtout les militaires. Le récent conseil de Défense le confirme : la question n’a été évoquée qu’à cause d’une urgence budgétaire. Et de manière biaisée.

L’armée s’asphyxie, la multiplication des « opérations extérieures » que lui a confiées ces dernières années le pouvoir excédant ses moyens : le matériel, déjà insuffisant, s’use plus vite en opération, n’est pas assez remplacé, et le personnel, réputé bien formé, souffre de sous-équipement. Depuis quelques années, le budget de la Défense sert en fait à Bercy de confortable gisement d’économies : les militaires souffrent au garde-à-vous. Après les attentats de janvier, la décision du président de la République de pérenniser l’opération « Sentinelle » (la présence de 7 000 militaires dans les rues) a provoqué l’explosion de ce système à bout de souffle. L’armée a su habilement invoquer l’énorme charge de « Sentinelle » pour échapper aux coupes budgétaires programmées. Une victoire comptable au détriment du débat de fond : les militaires savent que « Sentinelle » sert plus à rassurer la population qu’à la protéger et considèrent comme un gâchis (y compris budgétaire !) la transformation en îlotiers de soldats formés pour le combat. Police, gendarmerie et services de renseignements sont plus indiqués pour combattre « l’ennemi intérieur » désigné par un Manuel Valls préférant, plutôt que de rassurer faussement les Français, développer chez eux un « esprit de défense » très churchillien pour tenir sans panique face au risque certain d’attentats à venir.

 

Le Colonel 2.0

 

 

 

error: Content is protected !!
%d blogueurs aiment cette page :