Demain, lorsque le Mexique s’éveillera, nos petits-enfants porteront des pommes sur leur tête.(actualisé)

Par Roland Pietrini le 03 novembre 2014

ATHENA – DEFENSE

 

Deux semaines de coupure avec l’actualité française, à l’occasion d’un voyage lointain m’a contraint au silence. Je constate que l’éloignement est parfois salutaire et le retour propice à la réflexion.

Au retour, la lecture ici ou là de quelques journaux curieusement me laisse indifférent. Cela n’est pas dû au décalage horaire me semble-t-il mais au décalage entre le monde qui est le nôtre et celui que j’ai perçu, au gouffre qui se creuse entre les pays réputés riches et les pays pauvres.

D’où je viens, des petites filles de 8 ans font seules 5 km à pied aller et retour de leur village pour vendre à des touristes des bananes. Là d’où je viens, on croise des enfants portant des bûches avec un bandeau entourant leur tête, l’eau y est abondante mais impropre à la consommation pour nos intestins de privilégiés. Là d’où je viens, 43 étudiants disparaissent dans les montagnes et la recherche des disparus ne donne aucun résultat depuis plus d’un mois. Il est vrai que neuf jours se sont écoulés entre le 26 septembre, date de l’attaque des étudiants par des policiers corrompus d’Iguala et des membres du cartel des Guerreros Unidos et le moment où les autorités judiciaires fédérales ont pris le dossier en main. Les universités sont en grève, et manifestent sans violence. Là d’où je viens, à chaque carrefour un flic est armé, là d’où je viens, les poubelles du Guatemala se déversent dans les rivières qui coulent vers le Mexique. Là d’où je viens, les maisons ont une pièce et les toits sont en tôle. Et pourtant le Mexique, puisqu’il s’agit de ce pays, fait partie des 20 premières puissances économiques mondiales (15e) avec un produit intérieur brut (PIB) de 1 260 milliards de dollars mais mesuré en parité de pouvoir d’achat, son PIB arrive à la 10e place, devant l’Italie. Le Mexique est classé 9e plus grand producteur de pétrole au monde et cette situation avec l’ouverture du marché aux compagnies pétrolières étrangères est susceptible de s’améliorer. Total s’est installé depuis 20 ans, BP depuis 15 ans et le Mexique est le premier producteur mondial d’argent. Mais ce pays aux ressources immenses, parce que sa priorité est à l’éducation de base, la formation civique, le respect du drapeau, la lutte contre la corruption sera dans vingt ans un pays qui comptera économiquement encore plus. En 2011, la balance commerciale a accumulé un excédent de plus de 300 millions de dollars. Les exportations de marchandises ont augmenté à un rythme annuel moyen de plus de 30% (+64% pour les exportations manufacturières et +30,6% pour les exportations non pétrolières).

Quant à la production industrielle, elle a enregistré une augmentation de 6,2% en glissement réel annuel pour les dix premiers mois de l’année 2011, soit sa septième hausse annuelle consécutive.

Nous ferons face très bientôt à une concurrence nouvelle, alors que Renault qui avait une carte à jouer a perdu beaucoup de temps et revient avec Nissan et Diamler, Wolkswagen s’est implanté fortement et a pris en Amérique Centrale une place prépondérante. Non seulement, nous subissons l’effet de la mondialisation mais nous subissons l’effet conjugué de la montée en puissance des Etats qui hier étaient considérés comme émergents et qui aujourd’hui et surtout demain lutteront d’égal à égal avec nous. La France perd du temps, les Français se regardent le nombril et progressent insensiblement vers la régression, l’Etat sans projet freine son économie, tient un discours lénifiant et trompeur, manque de courage en n’osant pas toucher aux inénarrables avantages acquis, continue d’alimenter les facultés de bacheliers analphabètes, confond égalité et égalitarisme, nivelle par le bas au lieu de tirer ceux qui le peuvent vers le haut, fait des réformes sociétales peu urgentes mais clivantes, bref, tergiverse, et s’amuse.

La mort d’un militant dont on ne saurait qualifier l’appartenance et les motivations semble occuper l’actualité, cette mort aussi déplorable soit-elle, est à l’échelle du monde parfaitement dérisoire et d’ailleurs, serait-elle moins ou plus déplorable que la mort d’un sous-officier au Mali. Pour le premier on manifeste, pour le second, on décore. Il est vrai que mourir pour faire cesser la construction d’un barrage m’apparait aussi vain que de manifester pour l’arrêt de la construction d’un aéroport. Soit ces projets sont parfaitement inutiles, et dans ce cas pourquoi les proposer ? Soit ces projets sont utiles, alors pourquoi céder aux revendications de pseudo-militants convaincus et surtout pour la plupart vivant au crochet de cette société qu’ils abhorrent ? Dans les deux cas l’Etat est faible. Je reviens d’un pays où on aimerait avoir de l’eau courante et de l’électricité.

Lire la suite sur http://www.athena-vostok.com

 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.