Des islamistes ? Non des bisounours !

Samedi 21 Septembre 2013 à 05:00 ERIC CONAN ET MAURICE SZAFRAN
Samedi 21 Septembre 2013 à 05:00 ERIC CONAN ET MAURICE SZAFRAN

Le journaliste Claude Askolovitch publie Nos mal-aimés, ces musulmans dont la France ne veut pas (Grasset), qui présente les intégristes comme de sympathiques victimes de la laïcité et de ce qu’il appelle « l’identitarisme français ». Provocation ou égarement ?

Prière du vendredi à la mosquee salafiste Al-Fath de Tunis – WARTNER/20 MINUTES/SIPA

La lecture du très étrange livre de Claude Askolovitch suscite un malaise croissant (par son contenu) qui se transforme en colère (quand on comprend son propos) et finit par l’accablement (quand on réalise son effet politique). Car ce texte baroque réussit la prouesse de donner raison à la fois à l’extrême droite obsédée par l’invasion musulmane, de Jean-Marie Le Pen à Renaud Camus, et aux diverses variétés d’intégristes qui veulent en finir avec cette laïcité à la française qui contrarie la charia, de Tariq Ramadan aux Indigènes de la République.

Cette prouesse repose sur un postulat de départ qui ignore, méprise – et injurie, en fait – la majorité des musulmans de France : considérer que l’intégrisme le plus obscurantiste constitue l’islam authentique et que ses seuls dévots représentent l’avenir. Une grande partie du livre est ainsi constitué de portraits d’hommes voués à Allah dont Askolovitch décrit les mœurs et les propos avec une fascination croissante. L’auteur, s’initiant au « sacré en islam », semble subjugué par l’élévation de ses interlocuteurs dont il ne cesse de vanter la pureté et la force de conviction.

Il est par exemple ébahi du comportement de l’un d’entre eux, pris d’une soudaine envie de prier alors qu’il déjeune avec lui : « Il te laisse pour aller faire sa prière, dans une petite pièce tranquille au fond du restaurant, et quand il revient, il te dit que Gilles Kepel, le chercheur référence en matière d’islam est idiot, un « guignol » et que son dernier livre sur la banlieue est « niais ». Très fort. Un autre lui apprend cette « tradition mahométane » qui le bouleverse : « manger par terre et avec les doigts, trois doigts à l’identique du Prophète ». Il se réjouit aussi qu’« Allah Akbar » soit devenu « cri de France »« un son de tous les jours » et il ne cache pas son émotion en constatant que la nounou de son enfant, voilée, en a fait la sonnerie de son smartphone.

Mais il nous vante dans le détail cette incroyable détermination pieuse pour montrer parallèlement que ses adeptes ne peuvent vivre totalement leur foi en France. Précision très importante, Askolovitch évite l’habituel laïus sur l’islam-refuge-face-au-racisme-et-à-la-misère-sociale et toutes ses personnages sont des gagnants qui ont réussi : ingénieur, informaticien, médecin, chef d’entreprise et même auteur de BD chez Dargaud. Non, chez ses amis intégristes au top de l’intelligence et de la réussite, « il ne s’agit pas de frustration sociale ou de réaction au racisme ou à l’échec de l’intégration », mais de l’impossibilité de vivre en vrai musulman. A cause de l’« l’islamophobie française ».

Lire la suite

error: Content is protected !!
%d blogueurs aiment cette page :