Destruction de l’Armée française et sacrifice de la Défense

PAR GUILLAUME FAYE LE 24 OCTOBRE 2014

J’AI TOUT COMPRIS – BLOG DE GUILLAUME FAYE

 

 

Depuis maintenant près de trente ans, sous les gouvernements de droite de gauche, l’Armée française est sacrifiée. Dans ses effectifs, ses équipements, son budget. Analysons ce drame, le sacrifice de la Défense, son ampleur, ses causes, ses conséquences et ce qu’il faudrait faire pour y remédier. Bien entendu, les autres pays européens suivent la même voie funeste de diminution drastique des budgets de Défense. Ce qui donne l’impression que l’Europe, aux frontières ouvertes, baisse la garde. Au moment même où les menaces intérieures et extérieures s’accroissent.

Sacrifier la Défense : une constante politique droite/gauche.

Chirac a été le premier à restreindre le budget militaire et a entamer la réduction du format des armées et même, à réduire les vecteurs de la dissuasion nucléaire aux composantes sous marines et aériennes en supprimant les composantes fixes et mobiles terrestres. Chirac, le pseudo-gaulliste, a entamé la démolition de l’armée française. Non pas tant en supprimant le service militaire qu’en inaugurant une diminution des effectifs et des budgets des armées professionnelles.
Aucune des LPM (lois de programmation militaire) n’a vraiment été respectée depuis trente ans. Non seulement on baisse régulièrement les crédits de l’armée française, mais les promesses de ”sanctuarisation” du budget de la défense n’ont jamais été tenues. Tous les gouvernements, adeptes du mensonge élastique, se sont assis sur les besoins des armées. Avec à peine 1,9% du PIB, leur budget est ridiculement insuffisant.

Moins naïfs que les Européens et pas si bêtes, les Américains maintiennent leurs capacités militaires. Le budget du Pentagone représente 50% de tous les autres budgets militaires internationaux. Partout dans le monde, on réarme, sauf en l’Europe où l’on désarme. Depuis 30 ans, l’armée ne cesse de fondre comme peau de chagrin ; un tiers des départements n’a plus de garnison ; cette désertification militaire provoque à la fois un délitement du tissu social et un recul de l’activité économique locale. Entre 2009 et 2019, au terme de la loi de programmation militaire en cours, l’armée professionnelle aura perdu 80.000 hommes, soit un quart des effectifs. Beau suicide, accompli au nom de la ”rationalisation”. La loi de programmation militaire 2008-2014, votée par l’UMP et le PS, a sabré 54.000 postes. Les socialistes prévoient encore 23.500 suppressions d’ici 2019. Dissoudre des régiments, couper dans les budgets d’équipement ou les reporter, voici les principales missions des ministres de la Défense successifs. Aucun(e) n’a osé protesté, droite et gauche confondues, puisque leur carrière politicienne passe avant tout.

À la paupérisation des unités s’ajoute l’obsolescence des matériels. L’armée accomplit ses opérations dans des conditions acrobatiques. Les réformes successives de réduction du format des armées les ont affaiblies dans leurs capacités et minées dans leur solidité psychologique. On se dirige vers une situation de rupture, de la troupe comme de l’encadrement. L’armée est employée à 120% de ses capacités. Chaque année, la liste des régiments dissous s’accroit.. On s’attaque même maintenant à l’hôpital militaire du Val de Grâce ! Cette réduction globale des moyens et du format des trois armées avait commencé avec Chirac, preuve qu’il s’agit bien d’une politique (suicidaire) consensuelle partagée par la classe politicienne de droite comme de gauche.

Nos voisins et amis européens belges, néerlandais, italiens, espagnols, allemands, scandinaves, portugais, etc. suivent la même politique de baisse des budgets de la Défense, négligeant leurs capacités militaires. La situation des armées allemandes, Bundeswehr, Luftwaffe et Bundesmarine, (seulement 1,4% du PIB ) est dramatique : plus de 50% des matériels des trois armes, déjà très réduits, sont hors d’usage, faute de crédits de renouvellement et de maintenance. Bien sûr, en tout, les Européens entretiennent 1,5 millions de militaires. Mais ces chiffres sont fallacieux et cachent une autre réalité : de moins en moins de soldats capables de se battre, des matériels hors d’usage, des moyens de transports déficients.

Sacrifier la Défense : une ineptie économique.

Sacrifier les dépenses et investissements de la Défense, en les considérant comme variables d’ajustement budgétaire est d’une stupidité économique totale à notre époque. Car le secteur de la Défense, porteur de hautes technologies aux retombées importantes multisectorielles, est capital pour les exportations et l’emploi. Restreindre les crédits d’achats et d’équipements pour l’Armée française induit une baisse des exportations de notre industrie de Défense, aéronautique, maritime, terrestre, électronique, équipementière, etc. L’industrie de la Défense assure, de manière directe ou indirecte, par sous-traitance et retombées technologiques civiles, environ un million d’emplois. Et pas n’importe lesquels : des emplois hautement qualifiés, pas des balayeur ou des livreurs de pizzas. Sacrifier le budget de la Défense, c’est torpiller un peu plus l’industrie et la recherche françaises. Comme politique ”anti-croissance”, il n’y a pas plus efficace que de sabrer dans le budget de la Défense. Le programme spatial européen Ariane est la retombée directe de budgets militaires français sur les missiles.

Internet (dont la domination mondiale est américaine) est né grâce aux budgets de la défense du Pentagone. Les commandes du complexe militaro-industriel américain alimentent toujours le dynamisme des grands groupes américains, notamment informatiques et numériques. Idem en Chine. Le budget d’équipement de nos armées est le seul budget d’État qui soit créateur, en termes de retombées technologiques dans tous les secteurs innovants. Et c’est le seul que l’on sacrifie. Cherchez l’erreur. Elle est le fruit de la bêtise idéologique.

Sacrifier la Défense : un ineptie idéologique et stratégique

Derrière cette diminution constante du budget de la Défense et de la réduction de la taille de l’outil militaire se cachent des relents d’idéologie antimilitariste et antipatriotique. Ainsi qu’une vision pacifiste et irénique du monde, naïve et irréaliste. Mais il faut mentionner aussi une inconscience géopolitique : on s’imagine que le XXIe siècle sera pacifique, dominé par les négociations, les petites crises gérables, les interventions humanitaires des armées. Après l’effondrement de l’URSS, on s’est dit que toutes les guerres étaient finies et que seules ne compteraient plus sur une planète globalisée que les opérations de police ponctuelles. Or les conflits majeurs, les guerres de haute intensité ont autant de chance de disparaître que le soleil de cesser de se lever chaque matin.

Au moment où le monde s’arme, la France et l’Europe désarment. Très intelligent ! La Russie est le seul pays européen à accomplir un effort de défense et à essayer d’augmenter ses capacités. Mais on présente la Russie de Poutine comme agressive, comme un danger, un contre-exemple. C’est au contraire un exemple
Pour s’amuser, les chefs d’État (Sarkozy, puis Hollande) lancent des OPEX (Opérations extérieures), mini-guerres inefficaces, improvisées, en Afrique ou au Proche-Orient, avec de moins en moins de moyens, puisqu’ils coupent eux mêmes dans les budgets. Pour ces OPEX, l’armée est à bout de souffle, en capacités ou en moral. Moins on lui donne de moyens, plus on la sollicite sur des terrains extérieurs, et souvent pour des missions stupides et contre productives, lancées par des présidents de la République avides de se poser, de manière immature, en ”chefs de guerre”. Ces opérations inutiles et précipitées réduisent d’autant plus les budgets.

Prendre le budget militaire comme variable d’ajustement sacrificielle constitue une quadruple faute : sur le plan de la cohésion nationale, du rang international de la France (et de l’Europe), de la croissance économique et de la sécurité face aux menaces prévisibles et imprévisibles. Quand le ministre de la Défense, Le Drian, raconte qu’ « il faut faire porter aux armées leur part dans l’effort budgétaires du pays », il se moque du monde. Car, en réalité, seules les armées sont appelées à faire des efforts.

Où sont les efforts sérieux d’économie dans l’Éducation nationale pachydermique et impotente, les dépenses sociales délirantes de l’État Providence, les aides et allocations aux migrants clandestins, etc. ? En réalité, deux catégories ont été sacrifiées : les familles des classes moyennes (par hausses fiscales et coupes dans les allocations familiales) et les armées. Tout un symbole : la famille et l’armée. Tout ce que déteste sans l’avouer vraiment une oligarchie formatée selon certains dogmes idéologiques officialisés depuis Mai 68.

Les deux seuls secteurs qui ne devraient pas ”faire d’effort” dans la rigueur budgétaire mais au contraire bénéficier de crédits accrus sont précisément la politique familiale et la Défense ! Et c’est sur eux qu’on s’acharne ! Toujours ce suicide français. Les bla-blas politiciens flatteurs sur l’ ”armée, symbole de la République et de la Nation” ne doivent tromper personne. Ils sont destinés à prévenir une possible révolte (sous forme de démissions d’officiers et de rébellion gréviste ?) des forces armées.

Questions polémologiques prédictives et inquiétantes

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Illustration LCA. Photo : no-war.over-blog.com

1 réflexion au sujet de « Destruction de l’Armée française et sacrifice de la Défense »

  1. Sacrifier la défense procède du même processus en marche depuis des années dans l’ensemble des pays européens, celui de l’abandon des souverainetés nationales ou de l’abandon du concept d’Etat-nation. C’est le processus en place dans l’Union européenne pour mieux contrôler les peuples, mieux les asservir, non pas à des oligarques européens, mais à la puissance mondiale dominante outre-Atlantique qui a fait de l’Europe, non seulement un terrain de projection vers d’autres enjeux plus stratégiques (Russie, Chine, Moyen-Orient,…), mais déjà et dans un premier temps, une vaste zone de soutien à ses politiques et surtout à la survie de sa monnaie… Le train est dorénavant en marche et les oligarques européens, dans leur majorité, en donnent le tempo : tout est mis en œuvre pour poursuivre ce processus dans tous les domaines, et prochainement avec le TAFTA pour ce qui relève des règles non-tarifaires, par exemple. Aussi, nos grands chefs militaires peuvent-ils dénoncer la réduction des moyens militaires, la déplorer, soutenir moralement leurs troupes, ils entérinent de fait ce changement par leur soumission au pouvoir civil d’abord (MINDEF, Bercy,…), au pouvoir politique ensuite (nos gouvernants) tant au plan national que supranational, comme ce fut le cas lors de la réintégration de la France dans le commandement intégré de l’OTAN, par exemple. Tout cela procède du même abandon manifeste de souveraineté, d’identité,… et se déroule de façon zélote chez nos décideurs, avec un côté « petit doigt sur la couture » très courtelinesque… Demain (ou déjà aujourd’hui ?), nos forces militaires n’auront plus les moyens de contrôler le simple territoire national en cas d’événements graves. Quid du concept de défense opérationnelle du territoire, à la mode jadis, lorsqu’il s’agira dans quelques années de s’attaquer à d’éventuels conflits inter-ethniques ou interconfessionnels sur notre propre territoire ? Ailleurs, il est dorénavant à craindre que nos armées ne seront plus à terme que des supplétifs US, là où certains intérêts dépassent déjà nettement nos propres intérêts nationaux. Quant à ce qu’il reste de l’industrie de défense nationale, faute de marchés sur le territoire, celle-ci devra encore davantage se tourner vers l’export pour survivre, avec les mêmes enjeux de délocalisation que les grandes entreprises, quand elle ne succombera pas au lobby du marché de l’armement anglo-saxon. Le concept de défense nationale est donc à revisiter profondément, à refonder en quelque sorte, car il ne correspond plus aujourd’hui à la réalité d’emploi de nos forces armées, ni à l’idée qui sous-tend la vocation de tout militaire, à savoir s’engager au service de la Nation pour une cause jusque là entendue, celle de la défense nationale, et ce jusqu’à en donner le prix du sang. Ce concept est devenu avec le temps un mythe que l’on entretient car il permet de continuer à véhiculer une certaine idée du métier et de la place du militaire dans la société. C’est plus rassurant. Il permet en l’occurrence d’éviter de se poser les questions cruciales sur le pourquoi de l’exercice du métier et au service de qui, questions qui seraient de nature à déstabiliser les fondements de l’institution militaire, ce que « Les Politiques » ne souhaitent surtout pas dans un monde de plus en plus globalisé où l’usage de la force, de moins en moins remis en cause, ne souffre d’aucune contradiction interne… Relativement à ce concept, nous avons donc réellement changé de paradigme sans véritablement nous l’avouer, sans chercher à savoir si l’évolution observée dans l’emploi et les missions de nos armées n’a pas été souhaitée, voire progressivement mise en place pour des intérêts que les militaires eux-mêmes maîtrisent de moins en moins. Il est donc urgent de promouvoir la pensée militaire à un rang qu’elle a pu occuper il y a de cela plusieurs dizaines d’années, pensée qui n’est plus aujourd’hui que l’ombre d’elle-même. Il est en conséquence urgent de travailler à recouvrer un esprit critique, une liberté de pensée spécifiquement militaire, de partager celle-ci et de la communiquer tant en interne qu’au sein de la société, pour in fine faire valoir des positions solides et convaincantes sur le devenir de notre outil de défense, afin que l’armée tienne sa place et son rang dans notre société, mais soit également garante de nos libertés chèrement conquises. Il est donc urgent de refuser la pression intellectuelle, morale, politique et économique que l’on impose aujourd’hui à l’armée. Agir dans ce sens ne signifierait nullement s’écarter des valeurs traditionnelles de loyauté à la République ou de soutien à un espace européen en devenir, sous réserve, pour ce dernier, d’objectifs clairement visibles et partagés. Agir de la sorte ne serait donc pas un acte de rupture avec un quelconque pouvoir civil ou politique, un acte de désobéissance en somme ; ce serait avant tout un acte de loyauté et un acte citoyen en respect de ceux qui ont façonné notre histoire, notre pays, nos institutions, et fait ce que nous sommes. Encore faudrait-il un sursaut de courage et de réalisme, être doté au niveau politique, face à des Parlementaires, Membres de gouvernement,… de l’esprit combattif qui nous est envié sur les théâtres d’opérations et qui fait notre force et la reconnaissance de notre valeur. Il reviendrait donc aux hauts niveaux de décision d’insuffler ce mouvement, aux chefs militaires en les mains desquels nous mettons habituellement notre destinée. Car l’affaiblissement de notre outil de défense, récurrent et incessant, est devenu le signe d’un asservissement et d’un abandon de libertés que la société française ne mesure malheureusement pas encore, mais que d’autres ont déjà bien compris parce qu’ils en tirent déjà un profitable bénéfice. Nous sommes finalement entrés dans une crise d’identité, globale et durable. Depuis les réformes entreprises à partir de 1995, cette crise d’identité touche maintenant de plein fouet notre armée et la soumet à des soubresauts dangereux qui menacent son unité et sa cohésion. C’est en réalité l’identité même de cette institution qui est en jeu aujourd’hui, alors qu’elle a toujours été un élément structurant essentiel dans l’unité de la France.

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