Dieu est Charlie

Par Charlotte TICOT le 19 janvier 2015

La plume au fusil

 

Je vous propose aujourd’hui ce très beau texte, publié sur LCA avec l’aimable autorisation de Charlotte Ticot, que je remercie vivement. Un texte comment dire… qui fait du bien là où ça fait mal, si je puis m’exprimer ainsi. Bonne lecture. //RO

 

 

Légion-dhonneur

 

 

Après David Bowie, voilà que c’est la Rock Star de l’économie, Thomas Piketty, qui refuse la légion d’honneur, pour lui préférer un bras de même qualité à destination du gouvernement, chatouillant par conséquent rancœurs et frustrations de ses ennemis, le qualifiant hâtivement de vantard.

C’est ainsi que démarrait le texte -ladite distinction comme prétexte au traitement de la large question du mérite- source d’induction que je m’apprêtais à achever en cette matinée du 7 janvier dernier. Il va sans dire que le récit du carnage m’interrompit prestement dans mon entreprise, paralysant l’aboutissement de mon projet ainsi que toute autre activité et ce pour les quelques jours qui suivirent…

On me l’a demandé à plusieurs reprises, mais je m’étais refusée à m’exprimer sur le sujet, ne me sentant pas la légitimité de me déclarer porte-voix d’une société aux prises avec un profond désarroi. Puis, j’ai réfléchi… Je me suis reprise : pourquoi ne pas l’aborder à ma façon? Après tout, je suis juive, journaliste à mes heures et surtout incisive, artiste dans mes mœurs et flic dans un bout de mon cœur, fille d’un fan de Georges Wolinski de premier rang, auteur de « la plume au fusil » et j’en passe et des meilleures. C’est dire combien j’ai toujours pensé que le trait de crayon, le verbe même acerbe, la caricature, le sens de la tournure, la protestation et les représentations -en bref l’expression- est la plus efficace des armes; c’est dire combien je me sens directement concernée par tout ce vacarme…

Bien sûr comme vous tous, j’ai mal!
J’ai mal à ma France et mal à mes espérances.
J’ai mal pour les familles des personnes disparues.
J’ai mal pour mon pays à moitié dissolu, avide d’intolérance et de vengeance détournée du sujet, qui beugle et frappe à l’aveugle, qui se fait de la peine et se dirige vers Marine Le Pen.
J’ai mal d’entendre les théories complotistes et révisionnistes se répandre comme un virus sans un soupçon de distinction et sans une profonde vérification de l’information.
J’ai mal de surprendre les légitimations nauséabondes de telles actions, même si comme vous je sais que face à une telle réalité, vivant dans un sept mètres carrés entourée d’ânes bâtés, je cèderais sans doute à la tentation d’un Djihad détourné de ses premières revendications, de sa première acception, dont les propagandes mensongères me vendent villas de rêves, entraînements militaires et à la clef le paradis, répondant -et c’est là toute l’ironie- à mes prières et à mon instinct de survie.
J’ai mal enfin de me dire que nous sommes en guerre et plus mal encore de vous lire le nier, car se souvenir des otages, c’est arrêter de se cacher le visage.

Et puis bien sûr comme vous tous, j’ai la frousse!
Je les vois les héritiers des Kouachi et autres Coulibaly, de leur folie et peu importe qu’ils se revendiquent d’Al Qaida ou de leurs propres tracas.
Je les perçois les prochains Mohammed Merah qui feront d’Allah ce qu’il n’est pas, qui tenteront de salir ses mains du sang des peuples qui ne sont pas le sien.
Je le prévois le futur Medhi Nemmouche qui s’en prendra à nos infrastructures avec sa haine du juif pour couverture, à l’instar de Dieudonné.
Alors tant que je respire, je vais continuer à l’ouvrir, ma bouche… Fatwa ou pas!

Je ne vais pas m’improviser analyste -d’autres l’ont fait avant moi et sans doute bien mieux que moi- ni specialiste des actes terroristes ou par extrapolation (maladroite mais toutefois intentionnelle) des religions. Quoique… permettez-moi de vous rappeler que nos textes spirituels sont tributaires de l’histoire : ainsi, les dispositions guerrières et non sanguinaires auxquelles se réfèrent nos pépères sont étroitement liées aux croisades de la fin du onzième siècle et encore que ceux-ci oublient que le Coran, à l’instar de la Torah et du nouveau Testament sont des codes de vie en or à condition de les étudier à l’aulne de la raison.

J’en profite pour faire un petit coucou à la journaliste Léa Salamé qui ose déclarer que le Talmud -compilation des discussions rabbiniques à propos des lois judaiques, destinées à trouver une fragilité dans le texte à l’opposé de toute forme de rigidité dans la compréhension desdits écrits – enjoint de tuer les musulmans, quand l’Islam n’est apparu que pas moins de quatre siècles après son achèvement… (Le Talmud est complet en 200, l’Islam apparaît après 600 : Mahomet naît en 570, l’ange de Dieu lui apparaît en 610.)
Coucou…

J’ose mentionner également deux versets de la Torah (parmi de nombreux)-sans la numérotation, les yechivistes y pourvoieront- qui, pour l’un interdit formellement de tuer, venant confirmer le sixième commandement et mieux encore, par extrapolation, de toucher au corps que D’ieu nous a livré à nous et à nos co-vivants, pour l’autre astreint fermement au respect de l’être humain et de ses croyances, quelque soit son obédience.

Enfin, j’évoque la « loi du Talion » car pour ceux qui l’ignoreraient, l’adage « œil pour œil, dent pour dent » fait référence à une compensation en finance qui à l‘époque était sans équivoque…

Je ne serai donc ni analyste, ni spécialiste, ni encore juge arbitre, mais je serai procureur de la République, défenseur d’un monde civique et au risque de vous choquer, j’appelle Dieu à la barre! Cela vous semble bizarre? Vous pensez qu’il faille que je tremble pour oser poser Dieu sur le banc des accusés? Ou simplement faudrait-il que je me fasse soigner pour l’humaniser et l’inviter à témoigner? Bon, d’accord, vous n’avez peut-être pas tort, mais accordez-moi de m’expliquer!
Bien, de toute évidence, Dieu n’a jamais pu concourir à l’obtention du Prix Nobel de la Paix. Voilà qui fréquemment me taraude : comment se fait-il que Dieu ait laissé ses enfants s’entretuer sans jamais appuyer sur le bouton arrêt, ni même présenter ses condoléances? Nous qui pensions qu’il n’était que bonté, nous aurions-nous trompé? S’agissait-il d’une idée reçue? Non, je ne peux pas l’accepter! Dieu aurait donc des défauts? Nous l’aurions donc idéalisé? Oh et puis dommage, nous n’allons même pas pouvoir nous inscrire en faux car Moïse nous avait prévenus « Et il créa l’homme à son image »… Quel cauchemar!

Non, blague à part, c’est vrai que cela me tourmente, pourquoi laisse-t-il s’appauvrir, souffrir ou partir des âmes intelligentes, bienveillantes ou innocentes? Pourquoi se laisse-t-il prier, adorer ou encenser par des assistés, des arriérés ou des meurtriers?
N’est-il pas animé par la même morale que nous autres? Préfère-t-il les codes du règne animal à notre humilité, notre sagacité? Est-ce que Dieu jette sur terre des âmes comme des idées au service de tout un programme sans se soucier de leur sérénité ici-bas? Quelle foi faut-il alors avoir en l’au-delà pour accepter d’être ainsi un pion de son jeu de l’oie, quelle conviction que le paradis vaudra bien notre vie de chien ou notre triste fin faut-il nourrir!

A tous ces flottements, à tous ces énervements, tous ces échauffements, ma meilleure amie me répond souvent par une phrase qui pourrait faire le titre d’un film « il nous a laissé le libre arbitre ». Et oh mon Dieu ce qu’elle a raison! Pour y objecter, c’est la seule et unique façon. « Aide-toi et le Ciel t’aidera » affirme le Nouveau Testament. « Dieu aime ceux qui persévèrent » confirme Mahomet. « Allez, sème, sème et Dieu fera pousser » homologue Léon Tolstoï. Voilà le prologue : Dieu propose, l’homme dispose. Dieu compte sur nous et qu’est-ce qu’il doit avoir peur de nous… De moi avant tout, regardez, je ne le convoque jamais que face à l’effroi!

Et pour ceux qui ne croient pas en lui, est-ce à dire que tout est permis? Mais non, ceux-ci seront mus par leur « moi » à la lumière de leurs expériences, leurs émois à celle de leur conscience. Il est là Dieu dans la vision philopsychanalytique et nous autres croyants devrions avoir une vision identique : trouver Dieu en soi et arrêter de l’invoquer, de le déranger, car son nom a déjà trop servi et pour reprendre un Grafitti de Mai 68 « Si Dieu existe, c’est son problème! »
Laissons le champ libre au mérite.

Lire la suite sur http://www.charlotte-ticot.fr

Texte en gras par LCA

 

2 réflexions au sujet de “Dieu est Charlie”

  1. • Dèrèkh `Èrès
    http://judaismevssionisme.blogspot.fr/2015/01/nous-ne-sommes-pas-charlie.html

    Cette expression hébraïque, qui signifie littéralement « la voie [des gens] de la terre », se réfère à un large éventail de normes sociales et morales permettant le vivre ensemble et l’harmonie entre les gens. C’est la raison pour laquelle cette expression est souvent traduite par « bonnes manières ». Deux traités talmudiques mineurs (Dèrèkh `Èrès Rabboh et Dèrèkh Èrès Zouto`) traitent en long et en large des bonnes manières et du bon comportement social et moral à adopter. Développer de bonnes manières est tellement important que le Midrosh va jusqu’à dire1 : דרך ארץ קדמה לתורה « Dèrèkh `Èrès Qadmoh Lattôroh – Les bonnes manières ont priorité sur la Tôroh ». C’est-à-dire, on ne peut pas personnifier les idéaux de la Tôroh tant que l’on n’aura pas développé en soi-même de bonnes manières comportementales dans tout ce que l’on fait. Le Dèrèkh Èrès inclut des choses telles que saluer les gens, être poli avec tout le monde, recevoir les gens d’une manière amicale et douce, faire la charité de bon cœur, respecter les personnes âgées, etc.

    Charlie Hebdo, par sa vulgarité et ses provocations outrancières, ne représentait pas les valeurs du Dèrèkh `Èrès. Par conséquent, nous ne pouvons être Charlie !

    • Humilier son prochain

    Nos Sages du Talmoud nous ont enseigné ceci2 : « Celui qui humilie son prochain est comme quelqu’un qui a versé du sang et fait partie des trois catégories de personnes qui sont condamnées à rester en Enfer… Il aurait été préférable pour un homme de se jeter dans une fournaise ardente plutôt que d’humilier son prochain ! »

    Nos Sages du Talmoud prenaient d’énormes précautions pour éviter d’humilier qui que ce soit. Une fois, Rabbon Gamalî`él זצ״ל demanda à sept autres savants de se rassembler avec lui dans la chambre haute, où les rabbins se réunissaient lors de leurs débats religieux servant à trancher les lois. Cette fois, c’était afin de décider s’il fallait ou pas ajouter à l’année en cours un treizième mois, ce qui en aurait fait une année bissextile. Mais lorsqu’il arriva dans la chambre haute, le lendemain matin, il y trouva huit savants et demanda que celui qui n’avait pas été invité s’en aille. Shémou`él le Petit se leva et dit : « Je suis celui qui est venu sans invitation, non pas pour participer à l’intercalation [du treizième mois], mais simplement pour apprendre l’application pratique de la loi ». Le Talmoud fait remarquer qu’en réalité, c’était un autre savant qui était venu sans invitation, mais Shémou`él accepta de prendre le blâme sur lui afin de sauver de la honte et de l’humiliation l’intrus.3

    De même, une fois, alors que Rabbî Yéhoudoh Hannosî` זצ״ל donnait un cours, il remarqua une odeur d’ail et ordonna sur le champ que celui qui en avait consommé quitte la pièce. Rov Hîyo` זצ״ל se leva et sortit. Sur ce, tous les autres savants lui emboîtèrent le pas et quittèrent eux aussi la pièce. Le lendemain matin, le fils de Rabbî Yéhoudoh Hannosî` demanda à Rov Hîyo` : « Était-ce [réellement] toi qui a causé cette odeur désagréable hier ? » Rabbî Hîyo` répondit : « Que D.ieu m’en préserve ! », sous-entendant par-là que lui et les autres savants n’avaient agi ainsi que pour épargner l’humiliation au vrai responsable.4

    Voici jusqu’où les Sages du Talmoud étaient prêts à aller pour éviter d’humilier les autres. Après avoir remarqué que Rov זצ״ל avait interrogé Rabbî Yéhoudoh Hannosî` sur un sujet n’ayant rien à voir avec le cours donné par ce dernier, Rov Hîyo` dit à Rov : « Lorsque Rabbî [Yéhoudoh Hannosî`] donne un cours sur un traité [de la Mishnoh], tu ne dois pas l’interroger sur un autre [traité], par crainte qu’il ne le connaisse pas bien et ne donne une mauvaise réponse. Tu l’aurais alors humilié ! Dans ce cas-ci, il t’a donné la bonne réponse [mais cela ne change pas le principe général que je viens de t’énoncer] ».5

    Les coutumes adoptées par nos Sages du Talmoud pour éviter d’humilier qui que ce soit incluent le fait de ne désigner qu’une seule personne pour lire la Tôroh à la Synagogue (et ainsi, même les incultes pourraient avoir une montée à la Tôroh), recouvrir tous les défunts d’un simple linceul identique pour tout le monde (que l’on soit riche ou pauvre), faire porter aux filles de Jérusalem célibataires les mêmes vêtements blancs lorsqu’elles dansaient dans les champs les après-midis de Yôm Hakkîppourîm et de Tou Bé`Ov.

    Humilier, humilier, et humilier encore sous prétexte de faire de l’humour, voilà quel était le passe-temps favori des rédacteurs de Charlie Hebdo. Et nous savons où ils sont actuellement… en Enfer (dans le Géhinnom), d’après nos Sages ! Par conséquent, nous ne pouvons être Charlie !

    • Le silence

    Nos Sages du Talmoud disent : « Si le silence est bon pour le sage, à combien plus forte raison pour le sot ! ».6 C’est un dicton que les rédacteurs de Charlie Hebdo et leurs soutiens devraient méditer. Une semaine avant le drame du 7 Janvier, voici le dernier dessin publié par ce journal poubelle :

    Si ce n’est pas de la provocation inutile et un appel implicite à passer à l’acte, qu’est-ce que c’est ?

    Le dicton susmentionné de nos Sages est basé sur le verset biblique suivant7 : גַּם אֱוִיל מַחֲרִישׁ, חָכָם יֵחָשֵׁב; אֹטֵם שְׂפָתָיו נָבוֹן « Même le sot, s’il sait se taire, passe pour sage; pour intelligent, s’il sait tenir ses lèvres closes ». Dans un autre passage du Talmoud, nos Sages nous disent : « Une parole vaut un séla´8
    , mais le silence en vaut deux ! ».9

    Rabbon Shîm’ôn bèn Gamalî`él זצ״ל a fait la remarque suivante : « Toute ma vie j’ai été élevé parmi les Sages, et je n’ai rien trouvé de meilleur pour soi-même que le silence ; ce n’est pas l’étude mais la pratique qui est l’essentiel ; et celui qui parle excessivement provoque des péchés ».10 Rabbî ´Aqîvo` זצ״ל déclara, de son côté : « Le silence est une haie de protection pour la sagesse ! »11

    À force de trop l’ouvrir, Charlie Hebdo a provoqué des rancœurs de toute part.

    Non, la pseudo liberté d’expression n’est pas illimitée ! D’ailleurs, il est assez étrange de voir que les mêmes personnes qui descendent aujourd’hui dans la rue pour défendre Charlie Hebdo avec ce slogan stupide « Je suis Charlie » sont les mêmes qui ne voyaient aucun problème à faire taire Dieudonné, Alain Soral ou encore Éric Zemmour ! (Que l’on soit d’accord ou pas avec leurs opinions, pourquoi devrait-on traiter leur liberté d’expression différemment de celle de Charlie Hebdo ?). Ces personnes qui se prétendent être des « Charlie » et des défenseurs sans limite de la liberté d’expression sont les mêmes qui ne voient aucun problème à ce que Bernard-Henry Lévy, Élisabeth Lévy, et d’autres sionistes de premier plan, expriment haut et fort dans les médias leur amour de l’Entité Sioniste, mais qui, par contre, traitent d’antisémites et boycottent médiatiquement ceux qui oseraient afficher un quelconque soutien aux Palestiniens ! La pseudo liberté d’expression qu’ils défendent à travers leur soutien à Charlie Hebdo est-t-elle à géométrie variable ? Y a-t-il des gens ayant le droit de parler et d’autres de se taire ?

    Charlie Hebdo est tout le contraire des bonnes valeurs que chacun d’entre nous devrions développer. Charlie Hebdo est l’antithèse du bien vivre ensemble. Ce n’est que des provocations, des insultes, des stigmatisations, des moqueries, de la médisance, de la calomnie, de la vulgarité et de la méchanceté. Tout ce qu’il faut pour qu’une société soit malade et ne fonctionne pas correctement.

    Par conséquent, nous ne sommes pas Charlie, et qui joue avec le feu finit par se brûler !
    1Wayyiqro` Rabboh 9:3
    2Bavo` Mésî´a` 58b-59a
    3Sanhédrîn 11a
    4Ibid.
    5Shabboth 3b
    6Pésahîm 99a
    7Mishléi 17:28
    8Une très petite pièce de monnaie.
    9Mégîlloh 18a
    10`Ovôth 1:17

    11Ibid., 3:17

  2. Il y a 40 ans, il ne fallait pas dire « juif » mais « israélite ». Ce n’est plus le cas depuis longtemps. Si quelqu’un pouvait m’expliquer comment et pourquoi on est passé de l’un à l’autre…

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