Dirigeants allemands et services secrets russes : les liaisons dangereuses

 

Par Koufra le 11 mai 2014

Le Colonel Attitude

Après la chute de l’URSS, dans l’objectif de réussir la réunification et d’éviter une épuration, l’Allemagne n’a pas fait le ménage chez elle et n’a pas fait la chasse aux espions de la RDA ou de l’URSS agissant en RDA ou en RFA.
Ces espions avaient des motivations multiples :
_ Anciens nazis cherchant à cacher leur passé trouble et donc très manipulables
_ Communistes convaincus
_ Nationalistes souhaitant combattre à la fois l’influence américaine et soviétique
_ Ou d’autres faiblesses humaines (argent, amour…)
Ces réseaux ont atteint en Allemagne un niveau très supérieur aux autres pays européens du fait de l’Histoire du pays et de sa division en deux entités politiques appartenant à des blocs opposés.

Ainsi certains espions réussirent à intégrer les plus hautes sphères de la RFA, on peut citer pour exemple l’affaire Günter Guillaume, conseiller de willy Brandt. Le traitement de cette affaire et les nombreux manquements dans cette affaire laisse à penser qu’on a volontairement laissé s’introduire des espions dans l’appareil d’état et que par conséquent, il ne s’agit pas d’une affaire isolée mais bien d’un noyautage complet, on est en droit de se demander si entre les dirigeants du BFV (Office de protection de la constitution, le contre-espionnage ouest allemand) et le ministre de l’intérieur allemand avait des accointances avec l’URSS ou la RDA.
Suite à la chute de l’URSS, toutes ces personnes, qui ont travaillé en RFA pour le pacte de Varsovie, n’ont eu d’autres choix que de continuer à travailler avec la Russie d’aujourd’hui sauf à abandonner toute charge, fonction et à devenir un paria dans son propre pays. La génération de taupes implantés à l’époque de la chute de l’URSS correspond à la génération de dirigeants allemands aujourd’hui au pouvoir.

On peut donc s’interroger sur la capacité Russe à influer sur la politique allemande et de fait européenne, compte tenu du poids de l’Allemagne dans l’Europe.
Rappelons que Gerhard Schröder est devenu un des membres du conseil de surveillance du North-European Gas Pipeline de Gazprom puis depuis 2009 est membre du directoire du groupe pétrolier russe TNK. Il a adopté eux enfants russes et en pleine crise ukrainienne invite Poutine à son anniversaire.
Son action en tant que Chancelier d’Allemagne aura eu un effet décisif sur la mise en place du North-European Gas Pipeline qui permet à la Russie d’envoyer du gaz en Europe occidental en évitant les pays baltes, la Biélorussie, la Pologne et surtout l’Ukraine.
Gerhard Schröder en tant qu’ancien chancelier allemand a donc un tropisme étrange pour la Russie.

 

Autre affaire, en 2011, un charmant couple de retraité fut arrêté dans le land de Hesse, il vivait en fait une retraite très active puisqu’il s’agissait d’agent du SVR, les services secrets extérieurs russes (voir lien 2). Comme aux belles heures de la guerre froide, un échange d’espion sera même proposé par l’Allemagne à la Russie.

Selon un rapport du BfV (contre-espionnage allemand) du 15/05/2008, la Russie constituerait pour l’Allemagne un « menace particulière ». Selon les experts allemands, le SVR aurait l’obligation légale de soutenir par des moyens spécifiques illégaux l’expansion étrangère des entreprises russes. Il s’agirait donc d’une concurrence déloyale.
Les réseaux russes en Allemagne ont donc très probablement une étendue pour l’heure très sous-estimés du fait de la compromission d’allemand à l’ère post nazi et communiste avec l’URSS.
Les vastes archives retrouvés sur les réseaux en RFA de la Stasi ou du KGB rendu public, des documents ont été supprimés ou ajoutés de manière à
_ Protéger leurs propres agents
_ Jeter de doute sur certaines personnes n’ayant aucun lien avec les services russes de manière à permettre la promotion de ses propres pions dans l’appareil d’état allemand.
La publication de ces archives relèverait donc d’une vaste opération d’intoxication.

Le sommet de l’état russe est d’ailleurs particulièrement sensibilisé à cette problématique spécifique à l’Allemagne, rappelons que Vladimir Poutine était colonel des services soviétiques pour lesquels il a travaillé de 1985 à 1990 à Dresde, en République démocratique allemande (RDA).

Selon un rapport du ministère allemand de l’Intérieur publié le 21 juin 2010, le SVR compte 13.000 employés et est toujours actif en Allemagne avec des agents opérant sous couverture, notamment de diplomates, de journalistes ou industriels.

Lien 1 : http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/04/30/gerhard-schroder-fete-son-anniversaire-avec-poutine_4409524_3214.html
Lien2 ; http://www.lefigaro.fr/international/2011/10/25/01003-20111025ARTFIG00665-de-curieux-espions-russes-retraites-arretes-en-allemagne.php
Lien 3 : http://french.irib.ir/info/international/item/220532-l-allemagne-a-propos%C3%A9-%C3%A0-la-russie-un-%C3%A9change-d-espions

 

Koufra

 

 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.