Dix aberrations sur le conflit en Syrie

Le Point.fr – Publié le  – Modifié le 

INFOGRAPHIE. Des arguments approximatifs, voire faux, circulent pour justifier ou non la nécessité d’intervenir en Syrie. Le Point.fr vous permet d’y voir plus clair.

Un portrait de Bachar el-Assad piétiné par des rebelles syriens au poste-frontière de Bab al-Salam, près de la Turquie. © ADEM ALTAN / AFP
Un portrait de Bachar el-Assad piétiné par des rebelles syriens au poste-frontière de Bab al-Salam, près de la Turquie. © ADEM ALTAN / AFP

En ces jours cruciaux de débats sur la nécessité ou non d’une intervention militaire française en Syrie, de nombreux arguments, parfois fondés, souvent fallacieux, sont avancés par nos députés pour avertir de l’erreur d’un nouvel engagement au Moyen-Orient ou pour affaiblir politiquement le président. Le Point.fr profite de l’occasion pour présenter les dix pires aberrations entendues sur la Syrie. Et y répond. 

1 – Des terroristes sont à l’origine de la révolution syrienne

C’est ce qu’a affirmé Bachar el-Assad aux premiers jours de la révolte qui secouait son pays. Pourtant, le 13 mars 2011, à Deraa, dans le sud de la Syrie, ce sont bien seize enfants, inspirés par les images du Printemps arabe diffusées sur la chaîne qatarie Al Jazeera, qui taguent « Bachar el-Assad, dégage ! » sur les murs de leur école. Les seize jeunes disparaissent sur-le-champ. Après un mois de recherches, leurs parents implorent Atif Najib, le chef des services de sécurité de Deraa et cousin de Bachar el-Assad, de relâcher leurs enfants.

Dès le lendemain, une énorme manifestation éclate au coeur de la mosquée Al-Omari de Deraa, l’une des plus anciennes au monde. Les forces de l’ordre tirent sur la foule. Une délégation part alors de Deraa pour rencontrer le président en personne. Elle obtient la libération des seize jeunes, ainsi que le limogeage du cousin de Bachar qui les a insultés. Mais les Hauranis (habitants du sud de la Syrie) ne s’arrêtent pas en si bon chemin. Euphoriques après la victoire historique qu’ils viennent de remporter, des milliers d’entre eux envahissent à nouveau la mosquée Al-Omari pour réclamer davantage de liberté. Le 24 avril, les chars de l’armée envahissent Deraa, marquant le début d’une féroce répression qui va secouer le pays.

2 – L’opposition est pilotée par les islamistes

Vous l’aurez compris, c’est un mouvement populaire pacifique et spontané qui est à l’origine de la révolte. Près de 75 % des Syriens étant des musulmans sunnites, il est naturel que cette confession soit majoritaire chez les manifestants. « Chrétiens, Alaouites, sunnites, la Syrie est unie », scandaient pourtant les contestataires de Deraa, aux premiers jours de la révolution. Très vite, des membres des minorités chrétiennes, kurdes et même alaouites rejoignent les cortèges. « Le tournant a eu lieu en juin et juillet 2011, lorsque le régime syrien a décidé d’armer les chabihas, ses milices populaires exclusivement alaouites », explique Mathieu Guidère (1), professeur d’islamologie à l’université de Toulouse-Le Mirail. En réponse, des imams syriens appellent à un engagement massif des sunnites contre la minorité alaouite au pouvoir.

La lourde répression contre les civils provoque au sein de l’armée syrienne des défections dès l’été 2011. L’Armée syrienne libre (ASL) est née le 30 juillet 2011.Composée de soldats subalternes ayant refusé d’obéir aux ordres, cette force dissidente, majoritairement sunnite, s’efforce de protéger ses compatriotes et de faire tomber le régime. L’ASL collabore toutefois avec des groupes aux tendances islamistes plus marqués, comme Ahrar al-Cham et Liwa Al-Tawhid, qui ne cachent pas leur désir d’islamiser l’espace public. « Quand les gens ne trouvent aucun soutien, il est normal de se réfugier dans la religion », explique Salam Kawakibi, directeur adjoint de l’Arab Reform Initiative. « Et il ne faut pas oublier que la société syrienne est conservatrice et n’a jamais véritablement été laïque. »

Désormais sous la coupe de l’opposition syrienne à l’étranger, l’ASL souffre d’un manque cruel de moyens sur le terrain. Ce n’est pas le cas des groupes djihadistes, tenants d’un islam radical, qui ont profité du chaos et de l’inaction occidentale pour pénétrer en Syrie. Ces extrémistes sunnites, dont beaucoup proviennent d’Irak, ont intégré sur le terrain des groupes liés à al-Qaida, comme l’État islamique en Irak et au Levant ou le Front al-Nosra (Front de défense du peuple syrien). Cette organisation, créée au départ par des djihadistes syriens libérés de prison en 2011 par le régime, est désormais la plus visible sur le terrain. Elle se démarque de l’ASL par ses attentats spectaculaires favorisés par l’idéologie « martyriste » de ses combattants. Ils ont beau être bien moins nombreux que les soldats de l’ASL (5 000 contre 40 000), leurs armes perfectionnées et leur expertise de la guérilla apprise en Irak ou en Afghanistan font la différence sur le terrain.

« Au contraire de l’ASL, ils ne sont pas ciblés par l’armée régulière qui les laisse même prospérer », affirme Mathieu Guidère. S’ils demeurent opposés à Bachar el-Assad qu’ils considèrent comme un « hérétique » massacrant leurs « frères » sunnites, ils sont également profondément anti-occidentaux. Dans toutes les zones qu’ils conquièrent, ils imposent la charia et n’hésitent plus à affronter directement les soldats de l’ASL. D’où la nécessité, selon la France, d’armer ces rebelles « modérés ». Le rêve de Bachar el-Assad de devenir un rempart contre le terrorisme est en train de se réaliser.

3 – Le Qatar et l’Arabie saoudite financent les djihadistes

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.