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Djibouti : c’est maintenant, maintenant !

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Par Richard Labévière

le 11 juin 2018

Proche & Moyen-Orient.ch

 

 

Je n’ai jamais compris pourquoi Ismaël Omar Guelleh a toujours été la bête noire de la France. Les relations bilatérales ont, de tout temps, été conflictuelles, sans raison apparente, si ce n’est une simple histoire de personne. Ismaël Omar Guelleh n’est pas un homme facile mais rien ne justifie un tel comportement, proche du mépris, de la part des responsables français, au plus haut niveau de l’Etat. IOG est un homme rusé, redoutable, charmant et charmeur. C’est ainsi que je l’ai connu durant les quatre années d’une relation totalement apaisée que j’ai passées à ses cotés en tant qu’officier de liaison de la DGSE. Ce sont hélas les seules années de relations de confiance depuis l’arrivée au pouvoir d’IOG. Dès mon départ, la relation s’est à nouveau détériorée. C’est un dictateur ? Et alors. Il en faut parfois. Il tient son pays d’une main de fer. Il est le rempart contre le terrorisme dans cette partie du monde. Nous en reparlerons lorsque le président sera contraint de passer la main. A moins qu’il ne disparaisse dans un attentat dirigé contre lui par son opposition, heureusement quasi-aphone. Mais cette hypothèse n’est pas exclue, avec l’aide d’un Etat tiers. Alors oui. C’est maintenant. Maintenant. //RO

 

© Régis Ollivier

 

 

Tripoli (Nord-Liban), 10 juin 2018.

A plusieurs reprises prochetmoyen-orient a mis la loupe sur l’importance stratégique de Djibouti, vitale pour la France et ses intérêts1. Le prochain Annuaire français des relations internationales (AFRI)2 – à paraître fin juin 2018 – comporte une longue étude dédiée à l’Etat portuaire : « Djibouti : un port-monde entre océans et Méditerranée ». Le 1er août 2017 à Djibouti, la Chine a inauguré sa première base militaire à l’étranger, événement qui coïncidait avec le 90ème anniversaire de la fondation de l’Armée rouge chinoise. Dans la Revue stratégique de défense et de sécurité – remise par Arnaud Danjean au président de la République en novembre dernier – est souligné et mis en perspective l’un des axes majeurs et prioritaires de notre pays : Méditerrané/canal de Suez/mer Rouge/océan Indien.

De très grande qualité (ce n’est pas toujours le cas pour ce genre de commande), ce texte sera-t-il abandonné à la critique rongeuse des souris comme tant d’autres rapports pertinents ? En mars dernier, Juste avant d’être limogé par Donald Trump, Rex Tillerson – encore secrétaire d’Etat – a effectué une tournée dans la Corne de l’Afrique. Au président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh (IOG), il a à peu près tenu ce langage : « attention, il y a des lignes rouges à ne pas franchir. Vous ne pouvez pas tout céder aux Chinois qui, bientôt vont autoriser les Russes à utiliser leurs installations portuaires djiboutiennes. Nous sommes arrivés avant et ne le permettrons pas ! »

Pris dans l’étau américano-chinois, IOG s’est naturellement tourné vers la France éternelle, ce qui a permis une remise à flot de la relation bilatérale. Mais maintenant le temps presse et il s’agit de consolider à nouveau notre base militaire et d’intensifier nos échanges économiques avec Djibouti. Il faut faire vite car la fenêtre d’opportunité ne sera pas éternelle parce que la situation régionale se tend, la donne géopolitique rebat les cartes et se complexifie. Enfin, si le désir de France – entretenu et dynamisé par une équipe diplomatique et militaire hors du commun – est plus que jamais intacte en mer Rouge, il s’agit maintenant de le concrétiser !

EXTENSION DE LA GUERRE CIVILO-GLOBALE DE SYRIE

Aujourd’hui, Djibouti constitue toujours un îlot de paix et de stabilité au beau milieu d’une zone de conflits, de tensions et de convoitises optimales. Il y a d’abord la tragédie du Yémen, glissement et extension de la guerre civilo-globale de Syrie où s’affrontent l’Arabie saoudite et l’Iran entre autres. Perdure ensuite un bras de fer persistant entre Riyad, les autres pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et le Qatar, accusé de laxisme envers l’Iran et la Russie. Cette querelle de famille se traduit notamment par une guerre des ports entre mer Rouge et détroit d’Ormuz. Enfin, convergence des évolutions précédentes, l’Arabie saoudite fragilisée connaît certainement l’une des crises de régime les plus aigües de son histoire. De plus grandes difficultés encore sont – semble-t-il – à venir pour la monarchie wahhabite.

La guerre du Yémen est une extension territoriale du face-à-face que Riyad et Téhéran poursuivent en Syrie depuis les années 2012/2013. Elle oppose ouvertement les rebelles houthis et les forces fidèles à l’ex-président Ali Abdallah Saleh au gouvernement d’Abdrabbo Mansour Hadi, élu en 2012, suite au départ du président Saleh. Le conflit s’est internationalisé en mars 2015 avec l’intervention de plusieurs pays sunnites menés par l’Arabie saoudite. Cette intensification des opérations militaires a pour conséquence la destruction de l’un des pays les plus pauvres de la planète, décimé par la malnutrition et une pandémie de choléra.

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About the author / 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

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