Du Brexit à la présidentielle française en passant par l’élection américaine, la vengeance des peuples contre leurs élites sera-t-elle un plat qui se mange froid… ou très chaud ?

Par Jacques Sapir et Pierre-André Taguieff

le 12 juin 2016, Atlantico



L’essor des discours hostiles aux élites et au système rencontre un écho particulier chez les populations occidentales : que ce soit aux Etats-Unis avec Donald Trump ou en France avec Marine Le Pen, voire aussi chez les partisans d’un Brexit.

Atlantico : L’essor des discours hostiles aux élites et au système rencontre un écho particulier chez les populations occidentales : que ce soit aux Etats-Unis avec Donald Trump ou en France avec Marine Le Pen, voire aussi chez les partisans d’un Brexit. Pourquoi en sommes-nous arrivés à un tel degré inédit d’opposition entre le peuple et les élites ? Quels exemples l’illustrent le mieux selon vous ?

Jacques Sapir : La montée du populisme est un phénomène assez ancien, qui traduit une profonde fracture entre le peuple et les élites. Cette fracture s’enracine dans plusieurs sentiments. 

Il y a, bien entendu le sentiment dans la population que ses élus, et globalement les milieux politiques, constituent une « caste » aux intérêts séparés et contradictoires avec ceux de la population.

 

La pratique d’un « entre soi » condescendant, au sein des politiques, les collusions évidentes avec le monde des affaires, mais aussi ceux du spectacle et du journalisme, accrédite l’idée que l’on est en présence d’une « caste » au mode de vie particulier et séparé du reste de la population. C’est le schéma traditionnel sur lequel se développe le populisme à travers la représentation de deux mondes opposés : « eux » et « nous ». Cette représentation renvoie, en particulier dans l’imaginaire politique en France, à la coupure symbolique d’avant 1789 entre noblesse et tiers-état. C’est aussi l’opposition entre un « peuple » travailleur et une « élite » corrompue, que l’on retrouve aux Etats-Unis entre « Capitol Hill », assimilé à la noblesse britannique et l’américain moyen qui se représente comme le descendant légitimes des « insurgents ».

 

Mais, à cette image est venue se superposer une autre : celle d’une élite technocratique qui dépossède les électeurs de leur pouvoir et qui conduit le pays progressivement vers la tyrannie. Cette nouvelle image devient aujourd’hui de plus en plus prégnante en Europe. Il y a des raisons objectives à cela. La confiscation du vote des électeurs français et néerlandais lors du référendum de 2005 par exemple, et plus généralement le fait que la voix du peuple est de moins en moins écoutée. 

Il est aujourd’hui évident que l’Union européenne concentre une large part du ressentiment contre les « élites ». Les partis populistes, d’ailleurs, se positionnent essentiellement en critique ou en opposition à l’UE. Mais, la montée de ces partis s’explique aussi, et il ne faut pas l’oublier, par les dérives anti-démocratiques que l’on observe dans ces différents pays.

Pierre-André Taguieff : Il faut être clair sur cette question embrouillée, en commençant par distinguer la révolte de « ceux d’en bas » (la nouvelle « plèbe ») contre les élites dirigeantes (celles du pouvoir politique comme celles de la richesse), la contestation des élites en place par les élites montantes et le rejet global du « système », jugé verrouillé, par une masse transclassiste qu’on peut appeler « le peuple ». Dans les trois cas, c’est la défiance qui constitue la passion dominante des révoltés ou des protestataires, ce qui accélère la perte de sens du clivage droite-gauche, au grand désespoir des sondologues professionnels qui, oracles sans inspiration et à courte vue, ne savent parler que la langue sondagière. Mais l’absence de confiance affecte également les rapports entre les citoyens ordinaires. Dans les sociétés contemporaines fragmentées, la confiance, condition de toute vie sociale, s’est elle aussi communautarisée. 

Aujourd’hui, l’offre politique anti-élitaire répond directement et avec efficacité à la demande sociale, en Europe comme aux États-Unis. Et cette offre anti-élitaire ou anti-système se rencontre aussi bien à gauche qu’à droite, et bien sûr aux extrêmes. Aussi différents soient-ils, les nouveaux leaders sont tous protestataires et transgressifs. Leur démagogie est celle de la transgression, de la provocation et de l’outrance, fondée sur la subversion des codes de langage ou de comportement : il s’agit pour eux de marquer fortement un écart par rapport au type politique normalisé. Ils peuvent donc se plaindre d’être diabolisés par leurs adversaires, tout en se gardant d’une dédiabolisation trop réussie qui les priverait de leur attractivité. C’est la condition de la séduction qu’ils exercent. Ils se distinguent en cela des leaders formatés et conformistes en quête de respectabilité, ce qui les rend insipides. 


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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

2 thoughts to “Du Brexit à la présidentielle française en passant par l’élection américaine, la vengeance des peuples contre leurs élites sera-t-elle un plat qui se mange froid… ou très chaud ?”

  1. Arrêtons d’utiliser le terme « Elite » pour parler des « politiciens et autres carriéristes » dont on connaît la vocation première : S’enrichir, paraître, dominer, manipuler et exploiter le « peuple ». Depuis l’Empire Romain ce type d’individus existait. le monde n’a donc pas changé.
    le fait de ne pas respecter la volonté du peuple devant les urnes concernant l’Europe (Maastrich, Schengen) en est un brillant exemple. Utiliser le 49-3 est indigne des élites lesquels ignorent ce que les mots « respect et démocratie » veulent dire et impliquent. les élites sont bien souvent dans la rue parmi le peuple et surtout hors politique. Ils sont plus sages et logiques qu’ils n’y paraissent et ne se laissent pas embobiner par les médias corrompus.

  2. Pour ne citer qu’un exemple qui est celui de la France, à force de se foutre de la « gueule » des Français qui triment en leur piquant un maximum de fric, et en leur signifiant une nette préférence pour la communauté musulmane, les conduisant inéxorablement au trépas, les « voleurs » ne vont pas tarder à « bouffer » du surgelé !

    Bouffer du surgelé…mais alors…nos élites vont devenir des sans-dents ? Merde !

    Vive Nigel Farage, Vive D. Trump et Vive Marine le PEN !

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