Échos du Mali par Pierre Bertet

Régis Ollivier, le 15 août 2017

Le Colonel

 

 

Troisième volet de ces Échos du Mali, par Pierre Bertet, qui nous éclaire un peu plus sur les dures réalités de cette contrée africaine. //RO

 

 

© Photo de l’auteur

 

Échos noirs du Sahel.

Burkina Faso et Mali: le tam-tam aux sons funestes résonne, les nouvelles ne sont pas bonnes. Ce 14 août 2017 a tué au café Istanbul de Ouagadougou, à la base de l’ONU à Douentza, au quartier général de la mission Onusienne à Tombouctou, et au poste militaire de Léré. Mais pas seulement. Braquages, exactions, migrants violentés et meurtres se perpétuent tous les jours au Sahel, et dans un silence de plus en plus assourdissant.

Mais si chaque mort mérite de reposer en paix, il faut savoir qu’ils meurent sur des « lignes de fronts » qui se divisent en deux catégories. L’une conventionnelle où l’on sait qu’il y a un risque de mourir: fronts armés, zones de conflits, environnement impitoyable, etc. Et l’autre, terroriste, où il est impensable que l’on soit tué : café, plage, cinéma, mission de bon office, etc. Et ce qui me pose problème et sans doute à d’autres, c’est quand la mort improbable devient régulière.

Un incident grave qui surprend tout le monde est une chose, mais des « accidents » à répétitions en sont une autre. Et du Radisson Blu Hôtel au café Aziz Istanbul, en passant par Grand-Bassam, le café Capuccino et le campement Kangaba, «l’imprévisible» se répète. Et parce que l’on n’a toujours pas agi sur les causes de ces attaques terroristes, il est illusoire de penser que les effets vont s’arrêter. Ils vont continuer à se produire encore et encore, selon les mêmes protocoles, et en étant à chaque fois plus meurtriers puisque comme tout le monde, l’ennemi apprends de ses échecs.

On sait bien qu’un État « génère ses ennemis », on ne peut en effet plaire à tout le monde. Mais quand la politique qu’il mène est telle que cet ennemi en vienne à prendre les armes et à tuer, deux choses se produisent, PAS trois ! Soit l’État est faible, et la ligne de front reste conventionnelle. Soit il est fort et la ligne de front devient terroriste, avec un combat dit asymétrique du faible au fort.

Or le « fort » dans la sous-région se présente sous une forme bipolaire: avec d’un côté la France active par le biais d’une politique menée par le gouvernement Hollande sur la période, suivi ensuite par celle du Président Macron qui n’a rien remis en question, au contraire. Et les gouvernances locales de l’autre qui en s’appropriant cette politique venue d’ailleurs, se sentent fortes grâce au soutien de leur mentor. Sauf qu’en réalité, elles ont des pieds d’argile: puisque cette politique importée finit par les couper localement des aspirations légitimes de leurs peuples, qui constituent pourtant la base souveraine et incontournable de leurs pouvoirs.

Nous avons donc au Sahel un fort bipolaire dont les faiblesses au niveau local, sont les Etats eux-mêmes. Il est donc « normal » qu’un ennemi qui mène un combat du faible au fort contre la France, la frappe localement là où elle est la plus fragile. Le critère de choix des cibles n’est donc pas lié à la couleur de peau ou au standing, mais au symbole politique qu’il représente. Si bien qu’avec la G5 Sahel initiée et soutenue par la France, avec l’idée que cette force traite en premier rideau l’épicentre stratégique ennemi basé au Mali, que va-t-il se produire ?

Si cette force est au niveau des ennemis du gouvernement Macron, la ligne de front restera conventionnelle: les victimes seront militaires en lieu et place d’être civiles, et là se pose une question: pourquoi mourir pour un idéal non africain ? Par contre si cette force est puissante, alors l’ennemi frappera les faiblesses des États membres donc ses civils, en tuant dans les foires et les marchés. Et lorsque ces jours terribles viendront, alors nous pourront dire comme en Somalie où en Afghanistan qu’il y a du terrorisme au Sahel. Pas AVANT. On nous raconte des histoires et elles sont irresponsables et criminelles, pour les peuples qui travaillent et vivent dans la sous-région.

Que ce peuple soit composé de résidants où d’expatriés vivant à l’année sur place, le sang versé est le même. Qu’ils reposent tous en paix et surtout que l’on garde bien à l’esprit qu’il y a un autre chemin. Celui de l’appropriation de la destinée des peuples de la sous-région par une ou des « gouvernances de lumière », à leur image.

 

 

 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris. Ex-DGSE.

2 thoughts to “Échos du Mali par Pierre Bertet”

  1. Excellente analyse qui concorde avec mes propres « infos » de gens sur le terrain.
    C’est un bourbier (le mot au Sahel fait bizarre !) où il faut être dedans à 100% ou rester dehors et attendre, peinard, la fin de notre monde…
    En passant… Merci l’Europe !

  2. Et peut-etre meme pire pour nous. Soit des ressortissants francais seront vises dans la zone sahelienne, soit le djihad africain sera exporte sur notre sol, ou les deux. Ce n’est pas une vue de l’esprit.

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