Afrique, Armées, Conflits, Terrorisme

Échos du Mali par Pierre Bertet

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Régis Ollivier, le 19 septembre 2017

Une exclusivité Le Colonel

 

 

 

Illustration par l’auteur

 

MALI. Le temps est l’ennemi du bien et en cette mi-septembre 2017, la situation sécuritaire de la sous-région qui ne se complique pas s’aggrave. De quatre zones répertoriées il y a 3 mois dans l’épicentre de la déstabilisation qui se trouve au Mali, nous sommes en effet passé a dix (l’Adrar et ses zones 11,12,13 restant inchangées).

Sur les quatre premières identifiées en juin, deux se sont consolidées dans leur Djihad respectif et sont désormais non composites (Z1-Z4). Et dans les deux autres occupées par des groupes Djihadistes où des bandes autonomes (Z2-Z3), on a observé  des apports en provenance de la milice du GATIA, notamment des primo-Mujao qui en fonction de leur terroirs d’origine, ont ralliés ces zones en raison du fait du religieux ou celui du banditisme.

Puis sur la période sont apparues en périphérie du polygone de Kuffa (Z1), et du Soum (Z4), les zones composites 5, 6 et 7 pour le grand OUEST (Z1.5, Z1.6 et Z1.7), et 8,9 et 10 pour le grand EST (Z4.8, Z4.9 et Z4.10). Expansion, consolidation, création de nouveaux secteurs ?… Nous verrons bien. C’est toujours en cours et les mutations quasi hebdomadaires entraînent de nombreux mouvements qui pour le moment, induisent des lectures différentes.

Les aspects négatifs.
1. La consolidation des zones une et quatre offre une aire de repli stabilisée qui les ancre un peu plus dans la sous-région. Et cet ancrage en Z1 est profond puisque ce djihad perçoit régulièrement des ressources (dîme, Zakat, et divers droits) de la part des habitants qu’il administre, ou de ceux qui transitent dans son giron. Ce qui signifie que la reconquête prendra au minimum cinq ans, contrairement à la Z4 ou le Djihad clivant de l’EI a généré un exode massif des populations qui pouvaient le faire, et une résistance passive de ceux qui ne le pouvait pas.
2. La drogue a fait une apparition remarquée dans les zones en mutation de Z5 à Z10, où l’existence y est particulièrement sévère compte tenu du fait que plus rien n’est structuré (ni État, ni Djihad). Si bien que des hommes ou des groupes isolés n’hésitent plus à tuer pour un simple animal, un téléphone portable, ou même après un viol. Et les braquages, les vols et les incidents de toutes sortes ont été exponentiels dans ces zones depuis 3 mois.
3. Le Djihad clivant de la Z4 ne recevant pas l’aval des populations, il y a beaucoup de déplacés. La reconquête va devoir passer par une identification fine et une réappropriation des terroirs qui va nécessiter du temps. Des délais indispensables si l’on ne veut éviter de créer au cours de la reconstruction, des litiges fonciers dévastateurs.

Les aspects positifs.
1) C’est paradoxal qu’il y en ait dans ce chaos, mais il y en a deux. Le premier est que le Djihad clivant de la Z4 affilié à l’État Islamique n’a pas le soutien des populations. La résistance y est silencieuse et soumise pour celles et ceux qui n’ont pu recourir à l’exode. Il y là un fait tactique a exploiter d’un point de vue militaire.
2) Le Djihad national étant consolidé au centre (Z1), il offre contre toute attente le meilleur rempart contre la folie meurtrière de l’État Islamique (Z4). Quand on mesure la vulnérabilité induite par cette région en pivot aux portes de Bamako, et la densité élevée de sa population la plus imbriquée du pays, c’est plutôt une « chance » pour le Mali. Ce Djihad qui connaît son terroir peut contenir les poussées fanatiques bien mieux que ne pourraient le faire l’armée, où les forces étrangères en présence. Il est impossible en effet étant donné la situation actuelle, de faire mieux – et donc par extension, bien noter le danger qu’il a à impacter frontalement ce Djihad par la force sans solution politique échappatoire !

Ainsi vont le Mali et la sous-région depuis 3 mois. Le temps est l’allié du mal et chaque jour qui passe, ajoute désormais 3 et 4 semaines supplémentaires dans la reconquête d’un Mali qui serait un et indivisible. Soit d’aujourd’hui au 20 Octobre 2017, deux ans et demi de plus.

 

 

 

 

About the author / 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l’Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST – Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales – INALCO Paris. Ex-DGSE.

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