Embuscade d’Uzbin :  » Les familles ont le droit de savoir ce qui s’est passé, j’y étais « 

 

Publié le18/08/2014

Défense blogs La voix du Nord

 

Un ancien militaire et sergent du régiment de marche du Tchad (RMT), Julien Gaudin (photo La Voix du Nord), n’oubliera jamais les 18 et 19 août 2008, les dix morts et les blessés qu’il a contribué à récupérer autour du village de Sper Kunday en Afghanistan. Dans ce qu’on appelle l’embuscade d’Uzbin qui a marqué profondément l’armée et la France.

C’est la diffusion au printemps d’un documentaire sur France 2, L’Embuscade, qui a ravivé les souvenirs dans sa maison de l’Aisne, à Montescourt-Lizerolles. Dans un meuble du salon, il nous montre la citation avec attribution de la croix de la valeur militaire avec étoile de bronze (lire la citation en fin de texte)… Il est là-bas. De nouveau.
Julien Gaudin conserve un regard critique. En treize ans d’armée (1999 jusqu’à fin 2012), il est parti sept fois en opération extérieure.  » Ce qui est arrivé, c’est la fatalité. Mais il faut savoir prévoir un maximum de choses.  »

Les Démons de sa deuxième compagnie du RMT revenaient d’une mission de recherche d’un chef taliban quand ils durent repartir aussi sec du camp français de Warehouse à Kaboul.  » Un transmetteur écoutait Carmin (une section du 8e RPIMa). Les mecs du 8 se sont fait accrocher. Sur le coup, ça veut tout et rien dire « , note le sergent.

Seulement, quand l’OAL (officier adjoint logistique) du magasin ouvre les caisses de munitions et dit :  » Tu prends, on fera les comptes plus tard.  » Les hommes du RMT prennent conscience de l’urgence et de la gravité du TIC (troops in contact).  » Quand on nous a dit,  » attendez le médecin « , j’ai commencé à comprendre.  »

 » C’est Bazeilles ! « 

La section du RMT part vers 16 h de Kaboul avec deux VAB 12.7, un VAB canon de 20, un VBL, 28 hommes. Ils arrivent, 60 km plus loin, à la base avancée française de Tora vers 18 h, nuit noire. Mais ils restent dans les VAB.  » C’est Bazeilles (bataille franco-prussienne de 1870, référence héroïque des troupes de marine), ils étaient à deux morts « , entendent-ils sur le réseau radio.

OK, au RMT, on n’aime pas trop les gars du 8  » car ils font trop les cow-boys  » mais  » ce sont des camarades qui sont touchés. On n’a qu’une envie, aller se payer les talibans. C’est trop facile de s’en prendre à 150 contre 20 « .

La section du RMT avance dans la nuit sans lune, tous feux éteints. Le pilote n’y voit rien et on débarque les hommes  » immédiatement au contact  » en bas du village de Sper Kunday.  » Les gars du  » 8  » étaient fixés. Sa section d’appui (Rouge 4 du RMT) ne pouvait pas mettre en place les mortiers à cause de l’imbrication.  »

 » On montait dans des cultures à étages. On a vécu un long moment de solitude quand on est tombé sur un mur en pierre. On a tiré à pile ou face ; on est parti à gauche. C’est là qu’on est tombé sur le soldat Livrelli. Il était blessé et il ne lui restait que deux balles le pauvre gamin.  »

On fait redescendre les blessés vers le médecin,  » à chaque fois, deux kilomètres mais l’adrénaline, ça donne des ailes « . En cherchant des munitions, la fouille d’un VAB du 8e RPIMa permet de découvrir  » les FRAG (gilets pare-éclats) restées sur les bancs. Elles étaient toutes là « . Que s’est-il passé ? Mystère d’un accrochage.

 » C’est moi qui ait ramassé votre fils, je vous dis la vérité. « 

Pas le temps de cogiter, il faut retrouver les radios, les armes et les hommes. C’est en commençant à escalader le col qu’ils découvrent des corps :  » D’abord quatre, dont l’adjudant Devez « , puis Julien Le Pahun dans l’avant-dernier virage avant le col,  » son gilet pare-balles par terre, sa musette et sa trousse de santé ouvertes « .

Le reste de la nuit et du lendemain, après avoir neutralisé des talibans et mis en fuite les autres, consiste à tenir le sommet du col. Avant d’être appuyé par des forces spéciales norvégiennes, puis une batterie du 35e RAP qui se montre très adroite pour nettoyer les dernières velléités de résistance…

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Illustration : Julien Gaudin (photo La Voix du Nord)

 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

One thought to “Embuscade d’Uzbin :  » Les familles ont le droit de savoir ce qui s’est passé, j’y étais « ”

  1. honteux ! ce fumier ment ! il n’a jamais récupéré le corps de julien et n’est jamais monté sur le col !

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