Emmanuel Macron se nomme chef des services secrets

Par Laurent Valdiguie, le 11 juin 2017

Le Journal Du Dimanche 


© Logo by Pierre Duriot


 

Emmanuel Macron prend en main le renseignement français avec la création, à l’Élysée, d’une unité chargée de la coordination et avec le remplacement de tous ses responsables. Une révolution dans ce monde feutré.

L’Elysée prend le contrôle de la lutte antiterroriste. En créant cette semaine le Centre national de contre-terrorisme (CNCT), Emmanuel Macron transforme le coordinateur du renseignement en véritable patron d’une équipe de 19 agents, chargée d’un pilotage stratégique. Une mini-révolution en cours dans le monde feutré du renseignement, puisque pour la première fois, une « équipe stratégique » s’installe à la présidence. D’autres étapes sont à venir, avec de nouvelles nominations dans les services, et de nouvelles dispositions antiterroristes, attendues au Conseil des ministres du 21 juin. « On sort de décennies de non-dits, pendant lesquelles l’Elysée pilotait ces questions sans vraiment apparaître. Maintenant, Macron a l’air de vouloir assumer », analyse un homme de l’ombre.

De fait, si le président sous la Ve République est le chef des Armées, rien n’a jamais été vraiment codifié concernant ces armées secrètes. « Il y a deux particularités françaises, confie une source interne. Nos services secrets sont à la fois émiettés, pour qu’ils se surveillent entre eux, et traînent une réputation sulfureuse. » Fruit d’une longue série de scandales retentissants, de l’affaire Dreyfus au Rainbow Warrior. De fait, le pilotage par l’Elysée dans ce domaine s’est toujours mené « au coup par coup » et « le plus discrètement possible au cas où ».

Macron est l’enfant des séries télé et de cette époque qui change.

Ces temps-là, menace terroriste oblige, sont en train de changer. La DGSE, pour la première fois de son histoire n’a-t-elle pas collaboré, même de façon officieuse, à la série du Bureau des légendes, alors que depuis longtemps Hollywood et la CIA travaillent sur des scénarios communs? « Macron est l’enfant des séries télé et de cette époque qui change », analyse un ancien agent, qui a conseillé le candidat en direct.
Autre particularité de l’actuel président, les leçons à ne pas suivre de l’Elysée sous François Hollande.

Pendant des mois, Bernard Bajolet, le puissant patron de la DGSE, ne rendait aucun compte au ministère de la Défense, n’adressant plus la parole au directeur de cabinet du ministre, mais exclusivement, en direct, au Président… Une rivalité ingérable née de l’affaire des otages enlevés à Arlit, au Niger, en 2010. Un premier réseau, monté par la DGSE, aurait été doublé par un second, avalisé par l’Elysée et piloté depuis la défense… « Des tensions inutiles ; ce n’est que vers la fin du quinquennat que la coordination opérationnelle entre les services a bien fonctionné », assure un expert. En matière de lutte antiterroriste, la question centrale est celle de la coordination. Comment croiser les signaux? Comment maximiser l’exploitation de la collecte? Comment raccourcir les temps de réaction?

La task force? « Ce truc-là plaît aux journalistes »

Dès l’automne, un tandem composé de l’ancien diplomate François Heisbourg et de l’ex-patron de la DGSE Jean-Claude Cousseran, et d’autres, ont sensibilisé le candidat Macron à ces questions. « On a produit quelques notes, minimise un peu Heisbourg, qui ont insisté sur la nécessité d’une coordination à l’Elysée. C’est le sens de l’histoire, ce que font déjà les Allemands, les Anglais, les Américains, mieux que nous… » Lors de la présidentielle s’est ensuite imposée l’idée d’une task force, inspirée par Jean-Claude Mallet, conseiller spécial de Le Drian. « Ce truc-là plaît aux journalistes, ça marche dès qu’on en parle », a analysé en premier le porte-parole d’En marche!, Benjamin Griveaux. « Face au terrorisme, il faut sans cesse expliquer aux Français qu’on fait quelque chose de nouveau », confie une source gouvernementale haut placée. Au départ donc, l’idée de la « task force anti-Daech » présente un double avantage : être à la fois une annonce de campagne populaire, et une promesse opérationnelle pour les services.

 


Lire la suite sur http://www.lejdd.fr

 


 

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.

4 thoughts to “Emmanuel Macron se nomme chef des services secrets”

  1. Bonjour,

    A mon avis l’objectif est de changer de maitre espion afin de changer tous les agents dépendants.
    Les vieux étaient naturellement patriote, c’était l’un des axes de la doctrine gaulienne… et je crois c’est normal dans un pays « libre » de croire en lui et en ses concitoyens, être patriote quoi.

    Un objectif reste inchangé, contre-terrorisme et l’autre est nouveau: contre-anti-européanisme.

    En 2005, ayant compris que les français de droite comme de gauche ne voulaient pas d’une europe centralisée, les élites ont décidé qu’il fallait mentir soit par omission soit en masquant les opérations effectuée par de crémeuses justifications.

    Ainsi, micron, elu grace à la presse ( qui a bien tambouriner la tête de tout le monde ) et par 25% de français, dans une élection où il y eut 500 000 bulletin dupliqués, va gouverner comme un dictateur. C’est tout, rien d’éclatant pour 75% de citoyens français qui ne sont pas dupes.

    Je ne crois pas que l’on enseigne à l’ena, à science po ou même à l’école de la guerre, comment structurer un service secret. J’en doute. A la limite créé des groupes pour faire des révolutions orange .. à la limite.

    Et pourtant je trouve le sujet très interessant. Je crois que l’avenir français passe par la structuration d’un service intérieur nouveau et non par le président, ni par les franmac mais par les citoyens de tous bords.
    Remarquez que ceci s’apparente à la création d’une résitance, qui deviendra le nouveau service par la suite, enfin peut être.

    Bref.

  2. l’arrogant petit Macron se nomme « dictateur « de la France , retour vers le passé et en marche vers la charia !

  3. Les rivalités entre les différents services qu’ils soient discrets ou officiels nuisent évidemment à l’efficience du renseignement lequel reste d’une importance capitale. La mutualisation est donc nécessaire mais l’esprit très français porte une tendance séculaire, celle de travailler pour « sa paroisse » essentiellement en ne livrant que des miettes aux camarades qui assument les mêmes missions. On connait d’ailleurs bien le processus sur le terrain de la sécurité entre la Police et la Gendarmerie, mais c’est plus souvent une guerre de chefs.

Les commentaires sont clos.