ENQUÊTE. Gauche : les copains d’abord

 

 Le 19 Février 2014 Par Gilles Gaetner
Le 19 Février 2014 Par Gilles Gaetner

 

Promotions. François Hollande place ses fidèles aux postes clés de la République. En offrant au passage des sinécures aux militants les plus zélés du PS et de la gauche . Enquête sur un bouleversement qui rappelle celui de mai 1981.

Un proche de Lionel Jospin à la tête du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) ; un ancien ministre de François Mitterrand (Jack Lang) président de l’Institut du monde arabe ; un haut fonctionnaire de gauche promu préfet de police… Ils sont des dizaines, depuis mai 2012, à avoir obtenu de beaux postes par la grâce du président de la République. Par voie de conséquence, ils sont des dizaines, promus sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, à avoir été poussés vers la sortie. Sortie tantôt humiliante, tantôt honorable. Rien n’aurait donc changé sous le soleil socialiste ? La “République exemplaire” promise par le candidat Hollande lors de la présidentielle ne serait-elle qu’un leurre ? La gauche reprochait, il n’y a pas si longtemps, à la droite d’avoir mis sur pied un “État RPR”…

Vingt et un mois après l’élection de François Hollande, n’est-on pas en train d’assister à une résurgence de l’État PS modèle 1981 ? Souvenez-vous : c’était l’époque où Paul Quilès, lors du congrès du parti, en octobre 1981, à Valence, lançait : « Il ne suffit pas de dire que des têtes doivent tomber, mais de dire lesquelles, et le faire rapidement. » Une phrase qui valut au futur ministre de la Défense le surnom de “Robespaul”. Effectivement, quelques semaines après l’élection de François Mitterrand eut lieu le grand chambardement, le nouveau pouvoir nommant des personnalités n’ayant parfois aucune compétence spécifique, leur principale vertu étant leur proximité avec le prince ou l’adhésion au Parti socialiste.

C’est ainsi qu’Antoine Blanca, proche de Pierre Mauroy, membre de l’appareil du Parti socialiste sera propulsé dans la carrière diplomatique. Avec les honneurs puisqu’il est nommé ambassadeur itinérant pour l’Amérique du Sud, l’Amérique centrale et les Caraïbes. Tout comme cet ancien inspecteur des impôts, candidat malheureux PS à la Mairie de Nancy en 1977, qui obtint un joli lot de consolation en étant promu préfet du Territoire-de-Belfort… On pourrait multiplier les exemples de ce style, qui firent tousser — le mot est faible — une bonne partie de la haute fonction publique.

C’est ainsi que, insensiblement, à partir de 1981, l’on vit poindre une pratique qui tordait le cou au sacro-saint principe de neutralité de la fonction publique au profit du spoils system, le “système des dépouilles” en vogue aux États-Unis (lire notre encadré page 24)… En clair, à chaque changement de régime, on promeut des fidèles. Petit à petit, la France a opté pour la politisation des nominations… mais sans le dire.

En mai 2012, lorsqu’il s’agit de secteurs sensibles — police, préfectorale, ambassades ou éducation notamment —, le changement de têtes arrive vite. Très vite. Prenons le cas de la police. Ses responsables, nommés sous la présidence de Nicolas Sarkozy, avaient à tort ou raison une étiquette jugée trop partisane par le nouveau pouvoir. Aussi les choses ne traînent-elles pas : trois semaines à peine après son élection, le président Hollande annonce le départ imminent d’un trio de haut rang. « Il y aura reclassement de ces policiers », assure-t-il. Est-ce si sûr ? Bernard Squarcini, le patron de la DCRI, est nommé préfet hors cadre, c’est-à-dire sans affectation ni primes. Son remplaçant, Patrick Calvar, il faut le reconnaître, n’a rien d’un militant. D’un naturel peu bavard, c’est d’abord un excellent professionnel.

Deuxième départ, celui de Frédéric Péchenard, directeur général de la police nationale. Il paie cher le fait d’avoir gravi à vitesse grand V les échelons de la hiérarchie, et d’être un ami d’enfance de Sarkozy. Où va-t-il ? À la Sécurité routière, comme délégué interministériel. Un poste qui ressemble à une mise au placard, encore que Péchenard conserve voiture et chauffeur… Pour le remplacer, le ministre de l’Intérieur fait appel à un préfet au profil classique, Claude Baland, peu marqué politiquement.

Depuis la mi-décembre 2013, l’ancien DGPN s’est mis en disponibilité pour figurer sur les listes de Nathalie Kosciusko-Morizet. En cas de victoire de celle-ci, Péchenard pourrait être promu adjoint au maire, chargé de la sécurité. Quant à Michel Gaudin, qui détenait le plus haut poste préfectoral — celui de préfet de police —, sa nouvelle affectation n’a rien d’exceptionnel : il rejoint le Conseil d’État… mais seulement comme conseiller en service extraordinaire. Son successeur s’appelle Bernard Boucault. Au contraire des deux précédents, ce préfet, plutôt bien traité sous la droite — Sarkozy l’avait placé à la tête de l’Ena —, reconnaît volontiers être « un fonctionnaire de gauche ». À preuve, il a servi trois ministres socialistes : Jacques Delors à l’Économie et aux Finances, Pierre Joxe et Daniel Vaillant à l’Intérieur… Lorsqu’il est préfet des Pays de la Loire à Nantes, il entretient des rapports courtois avec Jean-Marc Ayrault. Une proximité qui n’est pas étrangère à son arrivée à la Préfecture de police…

Incontestablement, depuis le mois de mai 2012, la sensibilité de gauche paraît être un atout. Nacer Meddah, secrétaire général de la campagne de François Hollande pour la présidentielle, a été vite récompensé : dès le 30mai 2012, un Conseil des ministres le nommait préfet de la région Lorraine.

Éric Delzant revient de loin. Le 21 juin 2003, alors qu’il est préfet de Haute-Corse, une manifestation empêche le premier ministre Jean- Pierre Raffarin et le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy de tenir un meeting pour prôner le oui au référendum sur le statut de l’île. Delzant présente sa démission. Une semaine plus tard, exit le préfet. Le 11 juillet 2012, cet ancien du cabinet de Daniel Vaillant retrouve un poste territorial. Enviable : le voici qui part pour la région Auvergne.

Tous les observateurs le constatent, la fonction de préfet est devenue de plus en plus politique…Lire la suite dans le numéro disponible en kiosque le jeudi 20 février…

 

Source : http://valeursactuelles.com/gauche-copains-d’abord

Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.