Enquête sur l’Islam de France

Par Jacques Monin, le 22 mai 2015

France Inter

Une excellente enquête très instructive. A lire donc. //RO

 

 

Secrets d’info enquête sur le financement des mosquées.

 

Il y a environ 2300 lieux de culte musulmans en France, mais le Phare de l’Islam dans notre pays est la Grande Mosquée de Paris.

Aussi étonnant que cela paraisse, son recteur – c’est-à-dire son responsable – Dalil Boubakeur, est directement nommé par Alger, et ce depuis 1956.

S’il se révélait stratégique pour le pouvoir algérien dans les années 70 de garder un œil sur les immigrés venus s’installer en France, le contrôle des immigrés change de nature par la suite.

Alger, dans les années 90, est aux prises avec des attentats islamistes. Le contrôle des mosquées françaises prend alors un aspect sécuritaire.

Alger et la Grande Mosquée : comment fonctionne ce « contrôle » à distance ?

Le recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur © MaxPPP/IP3/Christophe Morin – 2015

Le budget de la Grande Mosquée– environ 10 millions d’euros – est voté à Alger, par les députés de l’assemblée nationale populaire algérienne.

De plus, Alger détache et répartit sur le territoire français 120 Imamsqu’il rémunère 2400 euros par mois, avec logement de fonction.

Enfin, il existe des liens étroits entre le recteur de la Grande Mosquée de paris, Dalil Boubakeur, et le premier ministre algérien, Abdelmalek Sellal.

Tandis que beaucoup perçoivent la Grande Mosquée comme une annexe de l’ambassade d’Algérie, Dalil Boubakeur, lui, minimise ce lien, et se défend de toute allégeance envers le pouvoir algérien.

Le cas du Maroc

Le Maroc est lui aussi très présent dans les mosquées françaises et l’on retrouve le même type de configuration.

Le Maroc finance en effet le fonctionnement des Mosquées de Saint Etienne et de Strasbourg à hauteur d’un million et demi d’euros par an et il envoie en France 30 imams détachés.

L’influence de Rabah ne s’arrête pas là. Les lieux de culte qu’il finance – et même ceux qui sont pris en charge par la communauté française – sont d’avantage que des lieux de prière puisqu’ils serventparfois de bureaux de vote.

En Février dernier, à Armentières, dans le Nord, le président de la Mosquée a licencié son Imam,parce qu’il appartenait à une fédération marocaine différente de la sienne. Lorsque l’Imam s’est révolté, c’est le consul du Maroc qui a été appelé pour trancher le litige.

 
Les interférences politiques ne s’arrêtent  pas là

Lors des élections destinées à choisir les représentants des mosquées au CFCM – l’organisme qui représente l’Islam en France auprès des pouvoirs publics – ce ne sont ni les fidèles, ni les Imans, ni les associations de français musulmans qui décident de la composition des listes qui sontsoumises au vote. Selon l’Imam Abdelali Mamoun, c’est dans les consulats que s’organise l’islam de France, là où est rédigée la quasi-totalité des listes présentées ensuite aux élections.

Notre Etat, laïque, peut-il accepter que des pays étrangers se mêlent à ce point sur son propre territoire d’affaires religieuses ?

Plus problématique : le Maroc et l’Algérie importent aussi en France les tensions diplomatiques qui les opposent au Magheb

Carte Sahara Occidental © Radio France – 2015

Pour le comprendre, il faut refaire un peu d’histoire.

Les relations diplomatiques entre les deux pays ont commencé à se tendreautour de la question du Sahara Occidental.

Elles se sont ensuite aggravées en 1994,après l’attentat de Marakech. Depuis,rien ne bouge.

En attendant une éventuelle résolution de ce conflit, algériens et marocainscontinuent de s’opposer au sein duConseil  Français du Culte Musulman.

 
D’autres pays investissent dans les mosquées en France
  • Commençons par la Turquie.

C’est Ankara qui envoie le plus d’Imams détachés. C’est en effet le pays dont la communauté en France est la moins importante, donc la moins à même de se prendre en charge.

On compte 150 Imams turques au total, dont quasiment aucun ne parle le français. Ils se voient eux aussi allouer par leur pays d’origine un logement de fonction, avec une indemnité de 1600 eurospar mois.

  • Il y a également les pays du Golfe.

Le Sultan d’Oman a versé près de deux millions d’euros pour la construction de la Mosquée de Roissy en Brie, commune où lui-même possède une luxueuse propriété.

  • Il y a aussi l’Arabie saoudite.

l’Arabie saoudite a financé les mosquées de Lyon et d’Evry. Mais contrairement aux pays du Maghreb, elle serait très peu interventionniste.
Le pays souffre d’un problème d’image. Montrée du doigt pour avoir abrité la famille de Ben Laden,  il fait depuis très attention à ne pas apparaître en France comme le défenseur d’un Islam rigoriste.

Des pratiques qui posent questions

 

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Régis Ollivier

Officier supérieur (er). Officier de l'Ordre National du Mérite. Diplômé EMSST - Ecole Militaire Paris. Diplômé Langues Orientales - INALCO Paris.